Attaché payé de l'ambassade de Berlin
Le comte Dmitri de Nesselrode à sa mère.
Berlin, 12 février 1840.
J'ai fait le paresseux envers toi, chère maman, ces derniers temps, aussi vais-je tâcher de réparer mes torts par le feldjaeger qui va vous apporter des nouvelles de Brunnow. Je crains fort qu'elles ne soient mauvaises, car il ne nous écrit rien. En attendant, le carnaval a commencé à Berlin. Nous avons eu le fameux déjeuner chez le Boi. Figure-toi 300 personnes, se démenant dans un petit local ; puis une réception chez le Prince Boyal et le Prince Guillaume, tout cela pour ôter au corps diplomatique l'envie de se plaindre qu'il n'est pas admis à la Cour.
Le plus fameux a été le bal par souscription au Schauspielhaus. C'est un bal que la Cour honore de sa présence et où le corps diplomatique peut voir le Boi pour un écu et demi. A 7 h. 50, la Cour a fait son entrée, tous les princes étaient en frac et il n'y avait que 80 personnes dans la salle. On s'est mis à danser, tant bien que mal à 9 heures. La Cour est partie à ce moment et nous aussi. C'est certainement ce que j'ai vu au monde de plus burlesque.
Le comte Charles de Nesselrode au baron de Meyendorfj'.
Saint-Pétersbourg, 14 février 1840.
Je profite de cette occasion pour vous écrire une dépêche sur l'état de nos négociations à Londres et vous transmettre quelques pièces qui vous intéresseront. Je vous indique celles que vous pourrez lire à Werther; je voudrais seulement qu'il ne gardât pas copie de ma lettre particulière à Brunnow ; elle n'est pas de nature à circuler dans toutes les missions. Quant à Werther, je n'ai rien de caché pour lui.
Je vois avec plaisir, par vos dernières lettres, que la confiance envers vous augmente tous les jours. Je n'ai, en général, rien à vous dire sur votre propre gestion ; vous marchez à merveille, tout le monde vous aime à Berlin; cela nous revient de plus d'un côté et l'Empereur ne l'ignore pas. La dernière lettre que j'ai reçue de vous m'a été remise par Labanof, qui a complété les notions qu'elle renferme par les détails les plus satisfaisants sur vous et tous les vôtres.
Figurez-vous que jusqu'ici je n'ai pas reçu un mot de Catacazy*, sur la conspiration découverte en Grèce; il paraît que l'on s'en est un peu trop préoccupé à Yienne et à Berlin. Il est très possible que Lelly* ait commis
1. Gatacazy (Gabriel-Antonovitch), 1794-1867, diplomate et sénateur, Ministre de Russie en Grèce (1840).