‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 4)Chapitre 2 sur 69 · Neumainn (Philippe, baron de), diplomate autrichien · texte numérisé non relu

Neumainn (Philippe, baron de), diplomate autrichien

ont été plutôt satisfaisantes et nous font espérer que notre expédition contre le Khiva n'influera pas défavorablement sur la négociation orientale. C'est là l'essentiel pour le moment.

Le même au même.

Saint-Pétersbourg, 7 janvier 1840.

La dépêche que je vous adresse aujourd'hui, mon cher baron, vous fera connaître avec plus de détails le but de l'expédition que j'ai envoyée avant-hier à La Haye. Je pense que notre ami Maltitz* s'est un peu trop eflVayé et que notre bon prince d'Orange a tiré trop tôt le canon d'alarme. Sa lettre à l'Empereur m'a paru bien noire. Ceci tout à fait entre nous. Je ne sais si les nouvelles qu'on a reçues à Berlin par le prince Albert sont aussi effrayantes. Vous nous le direz. Il me paraît difficile que les choses se passent en Hollande comme elles se sont passées ailleurs où il y a des révolutions. La précipitation et la violence ne sont pas dans le caractère hollandais. Vous savez cela aussi bien que moi. Ce

1. Maltitz (François-Frédéric, baron de), poète allemand, né en 1794, mort en 1857. Fils d'un diplomatft allemand au service de la Russie, il suivit lui-même la carrière diplomatique et devint successivement chargé d'affaires de Russie aux Élats-Unis, à la cour de Berlin, enfin Ministre plénipotentiaire à La Haye. C'est ce poste qu'il occupait en 1840.

n'est pas par des émeutes qu'on procédera, mais par une force d'inertie légale qu'on opposera à tout ce que le Roi demandera aux États-Généraux, jusqu'à ce qu'à la fin il se trouve réduit ou à céder ou à abdiquer. Tout cela marchera à pas lents et mesurés, mais le dénouement n'en sera pas moins déplorable. Pour moi, il n'aura rien qui puisse me surprendre. Je le prévois depuis le séjour que nous avons fait ensemble àBaden, où mes vieux amis orangistes m'ont parlé avec terreur de l'avenir de leur pays, redoutant le moment où, bon gré mal gré, on serait obligé d'en venir à une revision de la loi fondamentale et à demander compte des opérations financières du syndicat d'amortissement.

La comtesse Charles de Nesselrode à son fils le comte Dmitri de Nesselrode.

Saint-Pétersbourg, 18 janvier 1840.

Ton père est enchanté du discours de Thiers, parce que celui-ci a compris et rendu justice à la politique du cabinet russe, mais il craint que ce môme discours ne fasse tort à la négociation de Brunnow. 11 est très content de ce dernier qui, dit-il, montre une activité et un savoir-faire tout à fait surprenants.

Ce courrier est porteur d'un cadeau pour le maréchal Soult, en remerciement de ce qu'il a dit à la tribune.

6 ARCHIVES DU COMTE Cil. DE NESSELRODE.

à propos de ramendement polonais. L'Empereur ne peut se décider à laisser partir Pahlen, cependant mon mari espère que cela ne tardera plus. L'ambassadeur aspire à ce moment; il a pris goût à sa place, ce qui se conçoit.

Pahlen est encore ici ; je le plains ; il est désagréable, j'en conviens, de loger dans une petite auberge lorsqu'un somptueux hôtel est prêt à vous recevoir. Certains diplomates d'ici prétendent que Barante partira si Pahlen prolonge son séjour. Lady Clanricarde affecte d'être liée avec Mme de Barante.

Depuis hier, je suis tourmentée à cause de Barante que j'aime. Son fils a eu, il y a un mois, un duel avec un officier de hussards. Ce n'est que depuis cinq jours qu'on le sait. L'Empereur a dit à mon mari que, l'officier allant être jugé, son adversaire ne pouvait rester. Cela va troubler cette famille et c'est pénible pour ton père. Barante a eu tort de ne pas lui en parler tout de suite, il lui aurait donné le conseil de faire partir son fils.

Hahn a fini sa grande affaire; tous les ministres ont signé son plan, presque tel quel. Il doit s'applaudir de la belle conduite qu'il a tenue et que le maître a appréciée en termes flatteurs. Il désire être nommé au Conseil, je souhaite de grand cœur qu'il le soit.

La même au même.

Saint-Pétersbourg, 28 février 1840.

La bonne Mme Hahn ira dans ses terres et Dieu sait si son mari passera l'hiver prochain ici. Il a été averti qu'il serait possible qu'on l'envoyât procéder lui-même à l'exécution de son plan de réorganisation de la Géorgie. Il est même question de séparer l'administration militaire de l'administration civile; dans ce cas, ton ancien chef partirait avec plaisir, persuadé de l'utilité de sa mission et assuré du bien qu'il ferait à ces populations. Avec la plus grande droiture, une fermeté soutenue, et sans blesser personne, il est parvenu à se relever et à l'emporter sur toutes les questions. Ce qui me fait grand plaisir, c'est que l'Empereur, l'ayant rencontré chez la grande-duchesse Hélène, l'a comblé de bontés, l'a remercié des peines qu'il se donnait et s'est longuement entretenu avec lui sur cette affaire, témoignant d'un réel intérêt pour le pays.

Ton père est accablé de travail et ne parvient à aucun résultat, à cause du cabinet anglais qui paraît être très irrésolu. Quant à Brunnow, il donne pleine satisfaction et a l'air de captiver son monde.

Je t'ai mandé le duel de Barante. L'officier, Lementief, est sous jugement ; son second, qui s'est dénoncé lui-même, est aux arrêts. On espère que les punitions ne seront pas sévères. L'Empereur a été plein d'égards

pour la famille Barante, à laquelle tout le monde a témoigné la plus grande sympathie. Le fils va s'absenter pour quelques mois.

Le comte Charles de Nesselrode au baron de Meyendorff-

Saint-Pétersbourg, 31 janvier 1840.

Les paroles fort imprudentes que le maréchal Soult a prononcées à la Chambre des pairs, à l'occasion de l'amendement polonais, nous met dans l'obligation, mon "cher Meyendorff, d'envoyer le présent courrier à Paris. Il a été impossible de passer sous silence cette absurde protestation du président du Conseil et de ne pas faire connaître au cabinet des Tuileries l'impression qu'elle a dû nécessairement produire sur l'esprit de l'Empereur. J'adresse donc, à ce sujet, une dépêche un peu vive à notre ami Medem*. Pour le moment, je ne compte pas donner communication de cette pièce aux autres cours ; je ne vous en envoie donc pas de copie, et il est inutile que vous parliez de cet incident au baron de Werther, jusqu'à ce qu'il vous en revienne quelque chose de Paris.

La nouvelle répandue de là sur un soi-disant rejet

i . Chargé d'affaires de Russie à Paris.

des propositions de Brunnow ne s'est pas confirmée encore; j'ai eu des nouvelles de Londres, du 17, où rien n'était définitivement décidé, car je me garderai de chanter victoire avant que la convention ne soit signée. Ce qui m'est prouvé, c'est qu'il y a eu de nouvelles hésitations; cela ne me surprend nullement. Palmerston doit être nécessairement fort embarrassé : car, ou bien il devra adopter nos propositions, donner suite à ses propres combinaisons et, par conséquent, exposer l'Angleterre à une rupture avec la France ; ou bien reculer devant celle-ci et retirer toutes les propositions qu'il a soutenues depuis six mois envers elle, avec tant de chaleur et de violence.

Les bavards, dans les Chambres françaises, ont beau dire, le combat aujourd'hui n'est pas entre la Russie et la France, mais entre la France et l'Angleterre. Nous en sortirons pour notre part toujours très honorablement, quel que soit le dénouement de la mission de Brunnow. Aussi l'attendrons-nous avec un calme parfait, et je vous engage, mon cher baron, à ne pas trop vous affliger s'il n'était pas entièrement conforme à nos vœux.

La mort de ce pauvre lasnofski' me fait de la peine, quoique, certes, ce ne soit pas une perte pour le service.

Tout à vous.

Page 1