‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 4)Chapitre 36 sur 69 · BouTENiEF, ministre de Russie à Constantinople · texte numérisé non relu

BouTENiEF, ministre de Russie à Constantinople

3. Général, baron Lieven, envoyé en mission spéciale à Constantinople pour l'affaire de Servie.

La comtesse Charles de Nesselrode à son fils le comte Dmitri de Nesselrode.

Saint-Pétersbourg, 7 février 1845.

Le ministre de l'intérieur se distingue par son activité; il a organisé une police à lui et d'accord avec Kawelin, sans mettre Kokochkin dans la confidence, il obtient des résultats fort utiles. Ils ont un second Yidocqqui les aide à saisir les voleurs. Le fait est qu'ils en ont pris cent cinquante, dont le chef, élégamment habillé, avait un équipage et cinq logements dans la ville pour se cacher. Parmi tous ces gens arrêtés, il n'y en avait que sept ayant des passeports.

Le public en masse, comme aussi individuellement, ou s'attache à l'Impératrice ou admire sa douceur constante et sa tenue devant cette Nélidof qu'elle a constamment sous les yeux et dont l'Empereur continue à être amoureux, sans l'avoir encore comme maîtresse, ce qui ne laisse pas de vous paraître singulier lorsqu'on se dit qu'il va chez elle à toute heure du jour. Au bal, à la face du monde, sans se préoccuper du qu'en dirat-on, il l'aborde souvent et soupe à côté d'elle, avec une autre dame de son choix, Rauch et Orlof. Notre Maître n'a pas manqué un seul bal masqué ; il y restait jusqu'à trois heures du matin et s'y promenait avec ce qu'il y a de plus commun. L'une de ces personnes, avec lesquelles il ne craint pas de s'entretenir familièrement, a dit à

ton oncle qu'on ne pouvait s'imaginer le grivois de ses propos. On le raconte et voilà comment, cela joint à autre chose, il perd de sa considération.

Je ne sais si tu as lu la brochure que vient de publier le bancal Dolgorouki. C'est un ouvrage rempli de fiel et des plus mauvais. Quelle tristesse de voir des Russes se complaire à dénigrer leur pays ! C'est la maladie du moment.

La même au même.

Saint-Pétersbourg, 17 mars 1845.

Nous recevrons dans un mois, selon toute probabilité, la réponse de la Porte. Les puissances étrangères, dans le rôle qu'elles ont joué, ne paraissent pas avoir été très aimables pour nous. Je vois souvent Titof ; il me plaît ; c'est un homme qui joint à la profondeur du jugement une grande fermeté de caractère. S'il avait été à Constantinople, peut-être aurait-il déployé plus d'énergie que le bon Boutenief.

Il y a à la forteresse plus de cent cinquante voleurs qui en feront découvrir beaucoup d'autres. Perowski et Kawelin sont d'accord pour faire sauter Kokochkin que l'Empereur protège toujours beaucoup, malgré les preuves accablantes qui sont contre lui.

Dolgorouki, l'auteur de la fameuse brochure, a quitté

Paris, il risquait d'être expulsé par le gouvernement pour les raisons que voici : après la publication de l'article dans les Débats, Guizot a fait venir le principal rédacteur de ce journal et lui a reproché vivement de l'avoir inséré. Celui-ci, tout en exprimant ses regrets, a déclaré que c'était le Prince lui-même qui le lui avait remis et qu'il n'avait eu que le tort de céder à ses pressantes sollicitations. D'autre part, ledit Prince a écrit à Kisselef qu'il ne connaissait pas l'auteur de cet article, qu'il avait été peiné en le lisant et qu'il craignait qu'on ne lui en fit grief. Enfin, à quelques jours de là, Guizot disait à Kisselef que ce même Prince s'étant permis d'écrire à des rédacteurs de différents journaux, notamment à Londres, et ayant ainsi manqué à tous ses devoirs envers le gouvernement, il se verrait dans la nécessité de l'expulser, s'il ne partait pas immédiatement. Cette menace a hâté son départ. Peut-on aussi bénévolement et plus bêtement se mettre dans une situation aussi grave? Ce qu'il fera ici, à son retour, ou ce qu'on lui fera faire, je l'ignore complètement.

Le comte Charles de Nesselrode au baron de Meyendorff.

Saint-Pétersbourg, 30 mars 1845.

Mon expédition était prête avant-hier, mon cher

baron, il ne me restait qu'à la compléter par une lettre particulière, lorsque, dans la nuit de lundi à mardi, j'ai été saisi par un violent accès de goutte qui depuis deux jours m'a fait beaucoup souffrir. Les douleurs ayant un peu diminué ce matin, je ne veux pas différer davantage le départ du prince Obolenski. Ce qu'il vous porte ne satisfera les Prussiens qu'à demi ; mais eux aussi, dans leur édit sur le transit, ne nous ont accordé que le quart de ce que nous donnait la convention de Mohrenheim : leurs diminutions ne portent que sur les céréales. C'est certainement un point capital, mais il y en a d'autres encore d'un haut intérêt pour le royaume de Pologne, tels que le zinc et toute l'importation. Voilà ce qu'on n'a pas manqué de relever lorsque j'ai négocié avec Cancrine. Il soutient, et non sans raison, que depuis presque un an nous ne faisons que des concessions à la Prusse; qu'elle devrait, en conscience, s'arrêter à la fin dans ses prétentions et être contente de ce que nous faisons pour elle. Dans cette circonstance, ce n'est pas même sans difficulté réelle que nous avons pu faire quelque chose pour la Prusse. Étendre les réductions au Zollverein, sans les accorder aussi à l'Angleterre, était vraiment impossible après la signature du traité de navigation, qui est tout à notre avantage, et que dans la négociation nous avons eu beaucoup de peine à séparer de la question du tarif. L'Angleterre exporte de chez nous annuellement plus de 100 millions de denrées brutes et ne peut importer chez nous d'après notre tarif que pour environ 25 millions de ses

productions. Vous voyez combien sont puissantes les considérations que nous avons à ménager dans tout ce que nous voudrions faire pour d'autres États. Sur ce point, je suis complètement de l'avis de Cancrine ; ce que j'aurais seulement voulu, c'est qu'il eût adopté le taux accordé à la Prusse à tout le monde; mais il m'objecte que cela ferait trop de tort à nos fabriques et causerait une diminution trop sensible dans le revenu des douanes. Je n'ai donc rien pu obtenir et dois vous transmettre notre proposition telle qu'elle a été arrêtée par lui et approuvée par l'Empereur. Voyez, cher baron, ce que vous pourrez en faire.

Depuis deux mois, les dispositions réciproques se sont sensiblement améliorées; petit à petit, nous finirons par les rendre excellentes. Je ne puis assez vous dire combien l'Empereur a été content de votre dernière expédition, transmise par Vai-sovie. Il y a surtout une de vos dépêches, où vous lui tracez ce qui se passe en Prusse, qui l'a frappé par la justesse de vos aperçus et l'exactitude des informations qu'elle renferme. La réponse aux États de Posen a produit un excellent effet; aussitôt que je serai rétabli, je vous ferai sur cela une dépêche ostensible qui pourra vous être envoyée par la poste.

Dites, je vous prie, à Dmitri que je lui écrirai mardi par le courrier anglais; d'ailleurs, ma femme lui écrit aujourd'hui une longue épilre. Il saura donc ce qui se passe dans notre sainte famille et l'enthousiasme que produit le divin Rubini. 11 se fait non seulement admirer,

mais aimer ici par sa complaisance et gagne un argent fou. Demain, il part pour Moscou.

Adieu, etc.

Le même au même.

Saint-Pétersbourg, 4 avril 1843.

La goutte m'a empêché jusqu'ici de faire la connaissance du baron de Haxthausen '. Sa conversation, j'en suis sûr, m'intéressera beaucoup, mais, à vous dire franchement, je suis fâché qu'on l'ait fait venir.

Montrer à des étrangers nos parties honteuses ne saurait aboutir à rien de bien. S'il venait dans cinquante ans, peut-être pourrait-il nous être utile; la Russie pour le moment n'est pas mûre encore. Une meilleure organisation de la justice doit précéder l'émancipation. Tous ces projets d'émancipation dont nous menace Kisselef ne peuvent mener pour l'instant qu'à des émeutes de paysans et à la ruine de la noblesse. A l'heure présente, ce que je préférerais, c'est que l'on se bornât à améliorer l'état du paysan ; à le garantir,

1. Haxthausen (François-Louis-Marie-Auguste, baron de), né en 1792, mort en 1866, économiste allemand, fut chargé par le gouvernement prussien d'étudier l'organisation agricole du pays, et, en 1843, par l'empereur de Russie, de venir étudier dans son empire la situation respective des propriétaires et des serfs. En 1847 et 1848, il devint membre des diètes réunies, et fit ensuite, pendant un assez long intervalle, partie de la première chambre prussienne.

par de fortes mesures administratives contre les vexations illégales des propriétaires ; à lui assurer la propriété de ses biens meubles. Cela lui serait à lui-même plus utile qu'une liberté dont il ne ferait, vu l'état peu avancé de sa moralité et de sa civilisation, que le plus mauvais usage. Le dernier ukase est un véritable coup d'épée dans l'eau : à Texception du comte Michel Woronzof qui a fait un arrangement avec ses 300 paysans de Murina, personne n'a essayé d'en appliquer les principes à ses terres.

La comtesse Charles de Nesselrode à son fils le comte Dmitri de Nesselrode.

Saint-Pétersbourg, 10 avril 1845.

On m'a assuré que le dernier courrier expédié par Brunnow disait que le cabinet anglais ne nous reconnaissait aucun droit en Servie et que Canning était contre nous à Constantinople. On est plus content de l'Autriche; nous n'avons aucune nouvelle encore de Boutenief ; peut-être en recevrons-nous aujourd'hui ou demain.

Le maréchal Paskéwitch est ici ; il traite Hahn aussi bien que par le passé et lui a parlé de sa mission au Caucase en d'excellents termes, mais il n'aura jamais le courage de le défendre ouvertement.

L'Empereur se plaint d'éprouver des vertiges et

s'inquiète beaucoup de sa santé. A la vérité, il doit être troublé de ne plus être dans la bonne voie, il commence à s'apercevoir que rien ne va, que tout cloche, et il s'irrite, au lieu de faire de bonnes réflexions et de s'amender.

Je ne sais ce qu'on fait dans les provinces allemandes, mais ce qu'il y a de certain, c'est que le baron Pahlen est un démagogue, conduit par des avocats et par toute cette ambitieuse engeance qui se montre hostile à l'aristocratie, et aspire à prendre sa place. Hahn est le seul qui défende les privilèges avec acharnement, il gagne à sa cause nombre de gens et les Provinces lui doivent beaucoup.

Kawelin avait supplié l'Empereur de ne point le nommer à la fonction de gouverneur militaire, mais le Maître a tant insisté qu'il, a dû accepter. Dans l'état maladif où il se trouvait, cette charge était trop lourde. Impatient de détruire les abus, il s'est mis au travail avec une telle ardeur et s'est surmené cérébralement au point que ses nerfs sont devenus malades et qu'on craint aujourd'hui pour lui un égarement complet. Il ne cesse de discourir et tient des propos incohérents. C'est tout à la fois navrant et déplorable, car ce brave homme ne déguisait pas la vérité à l'Empereur et s'employait avec Perowski à combattre et à réfréner les horreurs qui se commettent. On n'a pas su apprécier tout de suite les nobles intentions de ces deux administrateurs; ils ont eu de nombreux dénigreurs et en ont encore. Perowski est étonnant de savoir-faire; il stupéfait la gendarmerie en

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découvrant, en poursuivant et en attrapant les voleurs à sa barbe, démasquant du même coup de grandes iniquités qu'on ne soupçonnait pas.

Si tu es curieux de savoir ce qu'a fait Dolgorouki, apprends qu'il loge dans l'hôtel deBenkendorf et qu'aux questions (ju'on lui a posées, il a répondu en homme retors, avec une certaine adresse et de façon à plaire à l'Empereur, mais il me semble qu'il n'a dupé personne. Je crois qu'on l'enverra servir en Sibérie et suis charmée qu'on n'ait pas usé envers lui de rigueurs excessives qui rendent toujours les coupables quelque peu intéressants.

En somme, Dolgorouki, avec tout son esprit, a agi méchamment et bêtement.

Benkendorf prendra les bains de mer à Dieppe, mais n'ira pas à Paris, parce qu'on ne lui permet pas de se présenter à Louis-Philippe.

Le comte Cliarles de Nesselrode au baron de Meyendor/f.

Saint-Pétersbourg, 22 avril 1845.

Il faut, cher baron, que je vous dise encore un mot sur les vœux et les projets de la grande-duchesse Hélène. Comme vous pouvez bien le penser, je n'ai pas manqué de placer sous ses yeux la lettre du général

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Bothe. Celle lellre lui a causé une pelile déceplion ; néanmoins elle persiste dans son dessein de parlir immédiatement après la fêle de l'Impératrice qui, comme vous le savez, a lieu le 21 avril de notre style, et veut, malgré ce que dit Bothe, courir les chances d'une entrevue à l'étranger. A vous dire vrai, le fin mol de tout cela est que la grande-duchesse Hélène craint un peu, et non sans raison, la comparaison entre les grandes-duchesses, ses filles et celles de l'Empereur. Voilà pourquoi elle préfère qu'on se voie, qu'on se convienne et qu'on se décide à l'étranger et non à Pélersbourg. Quoique un mariage entre le grand-duc de Mecklembourg et l'une des grandes-duchesses, filles de l'Empereur, soit chose impossible, la vue de ces deux angéliques grandes-duchesses, Olga et Alexandrine, resplendissantes de beauté, pourrait facilement exercer sur le cœur et l'esprit du grand-duc de Mecklembourg une influence qui ne tournerait pas à l'avantage des filles de la grandeduchesse Hélène.

Cette considération, cher baron, est pour vous seul; n'en faites confidence à personne. J'ai cru devoir ne pas vous la laisser ignorer pour que vous puissiez bien vous expliquer la véritable raison qui porte la grande-duchesse Hélène à ne rien changer à l'époque fixée pour son départ ni à son désir d'avoir avec le grand-duc une entrevue à Dresde. C'est donc à engager celui-ci à se rendre à Dresde, lorsque la grande-duchesse y sera, que je vous invite, cher baron, à vouer tous vos soins et tous vos efl'orls. Pour le moment, c'est tout ce que

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j'ai à vous dire sur cette affaire délicate. Mille amitiés.

Le même au même.

Saint-Pétersbourg, '25 avril 1845.

Je ne vous dirai que deux mots par ce courrier, mon cher baron, et ceux-là je suis encore forcé de vous les adresser de mon lit, oii un nouvel accès de goutte me retient depuis deux jours. J'espère que cela ne sera pas long, mais ces rechutes réitérées sont toujours fort ennuyeuses. Celle-ci surtout me contrarie, car elle tombe au milieu des fêtes de Pâques et des sorties, des courriers reçus et des courriers expédiés. Le plus intéressant, cependant, celui de Constantinople, n'est pas arrivé encore. Nous sommes donc toujours in statu quo, quant à l'affaire Servienne, la seule qui me préoccupe pour le moment.

Liebermann m'a fait part du nouvel expédient proposé par Bulow. Mon accès de goutte m'ayant empêché de voir Cancrine, ces jours-ci, je ne puis vous en rien dire pour le moment. Mais ne voilà-l-il pas qu'il survient un incident qui, je le crains bien, ne nous facilitera pas les moyens de satisfaire la Prusse : c'est que l'Autriche réclame pour elle les mêmes avantages, et cela, en vertu d'une convention qui lui en donne le droit. Nous aurons encore à étudier cette question.

En attendant, comme elle vous a donné beaucoup de tracas et de travail et que chaque peine mérite sa récompense, l'Empereur a daigné vous accorder l'Aigle blanc. La patente est déjà signée. Permettez-moi, cher baron, de vous féliciter ; vous savez que tout ce qui vous arrive d'heureux et d'agréable en ce bas monde me va droit au cœur. On verra à Berlin que l'Empereur est content de vous. Je suis charmé de pouvoir ajouter que c'est con amore qu'il vous a accordé ce témoignage de sa haute bienveillance. Tout à vous.

Le même au nième^

Saint-Pétersbourg, 'i mai 1845.

Voici, mon cher Meyendorff, une lettre de la grandeduchesse Hélène, qui vous confirme, elle-même, tout ce que je vous ai mandé dans ma ^dernière lettre sur ses projets et ses vœux. Voyez maintenant par quels moyens vous pourrez les réaliser.

J'ai appris d'elle que la grande-duchesse deMecklembourg se propose de faire, à peu près à la même époque, une cure à Marienbad. Quoi de plus naturel que son fils l'y accompagne ou qu'il aille lui faire une visite, s'il répugnait trop à aller trouver la grande-duchesse Hélène à Dresde. Elle part d'ici le iO mai et compte arriver à Dresde du 24 au 28 mai. Veuillez donc vous

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arranger en conséquence pour aller l'y rejoindre; en chemin de fer, c'est vite fait.

Nous sommes ici dans la joie de nos coeurs, à cause de l'heureux et je puis dire du brillant dénouement de l'affaireServienne; c'est pour moi un gros souci de moins et un grand soulagement. Vous ne sauriez croire quels tracas cette affaire m'a donnés, durant l'hiver. Nous autres Russes, qui portons un nom allemand, nous avons quelquefois une position difficile, et dans cette question tout le sentiment national s'est réveillé beaucoup plus que ne le méritent ces brigands de Serviens.

Il faut absolument que vous veniez passer l'hiver avec nous, ainsi que vous en aviez le projet. Il est indispensable qu'après une absence de quelques années vous nous voyiez de près ; cela vous donnera des éclaircissements sur bien des choses.

Il paraît aussi que le soleil du printemps commence à éclairer Tami Cancrine ; à l'heure où je vous écris, il est occupé à rédiger un certificat d'origine, qui puisse satisfaire les Prussiens et qui — d'après ce qu'il m'a dit — répondra pour le fond à celui qu'ils nous ont eux-mêmes proposé.

Ce que les Prussiens ont proposé ne lui paraît pas bien correct. Voyons comment il s'en tirera. En tout cas, l'affaire me paraît en meilleur train ; c'est tout ce que je puis vous en dire pour le moment.

Cancrine a appris, je ne sais d'où, qu'il était question de lui donner l'Aigle noir; il est venu m'en parler et me témoigner très vivement le désir que cela ne se

lasse pas, en ce moment du moins. Il ne voudrait pas que cette distinction se rattachât aux facilités commerciales que nous avons données et pourrons encore accorder à la Prusse, et je le conçois. Si effectivement on avait cette intention à Berlin, tâchez d'obtenir un ajournement. Vous pourrez vous en ouvrir à Rauch et me citer, si vous le jugiez nécessaire.

Le même au même.

Saint-Pétersbourp:, 2 mai 1845.

Gancrine vient d'accoucher de son certificat d'origine. Je ne doute pas qu'il ne convienne aux Prussiens, car il dit, en d'autres termes, la môme chose que celui qu'ils avaient rédigé. Je vais le montrer à Liebermann et, s'il n'a rien à objecter, nous pourrons considérer cette fastidieuse affaire comme terminée.

Voici, cher baron, une lettre de l'Empereur au colonel de son régiment. Veuillez la lui faire remettre et agréer mes nmihés.

Le même au même.

Saint-Pétersbourg, 5 juin IMT).

Le ministère des finances m'a prié de faire parvenir à Berlin, par voie sûre et voie de terre, une partie des inscriptions du nouvel emprunt. Devant envoyer Sollohub à son poste, à Vienne, je n'ai trouvé rien de mieux à combiner que de le faire passer par Berlin. 11 vous portera donc ce paquet d'inscriptions, à peu près le seul officiel que je puisse lui confier, car nous sommes, cher baron, dans un calme complet. Je n'ai absolument rien de nouveau à vous dire ni en politique ni en commerce. Tout ce qui concerne celui-ci, nous l'avons, grâce à Dieu, bien réglé avec la Prusse ; aussi Liebermann va-t-il nous quitter, ces jours-ci, tout à fait content. Cancrine va en faire autant après-demain, et vous aurez le plaisir de le rencontrer à Gastein. Cette fois-ci, il passera par Hambourg.

Le duc de Leuchtemberg nous est arrivé hier et m'a remis votre lettre du 26 mai, qui roule principalement sur des affaires matrimoniales. Elle me prouve malheureusement que le mariage avec le duc de Mecklembourg est encore très éloigné et je regrette beaucoup que l'entrevue entre lui et Madame la grande-duchesse Hélène n'ait pas pu avoir lieu avant son voyage en Russie. Pour les autres chances, j'accepte avec plaisir ce que votre lettre renferme en fait de données rassurantes, et d'après

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lesquelles il me paraît que la grande-duchesse a pris un parti fort sage en allant s'établir pour l'été en Allemagne, dans l'intention d'y voir venir.

Ce que vous avez combiné pour le rétablissement du cartel me paraît aussi fort bien imaginé, et je souhaite de tout mon cœur que cela réussisse, car sans cartel nous aurons toujours beaucoup de déboires à la frontière. Je suis charmé qu'Adelson* vous ait plu; c'est un homme d'esprit, plein de zèle.

Maintenant que vous avez tout mis en si bon train et que probablement pendant l'été il y aura absence d'affaires à Berlin, comme ailleurs, rien ne s'oppose à ce que vous alliez à Gastein. Je vais au travail de demain en demander la permission à l'Empereur.

Le même au même.

Saint-Pétersbourg-, 17 juin 1845.

Vous avez, mon cher baron, sans doute connu à la Chancellerie le pauvre Blanckenhagen, sourd et muet; il va aux eaux et passera par Berlin pour y consulter des médecins spécialistes. Accueillez-le comme un ancien camarade et donnez-lui les meilleurs conseils que vous pourrez.

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