Diplomate napolitain
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nement d'en finir. La Russie ne peut pas, ad seternum, accorder aux autres ce qu'elle n'obtient pas d'eux. C'est une vérité que vous ne sauriez trop faire sentir aux ministres napolitains. Je serais charmé que, durant votre trop courte gestion, le prince Scilla se décidât à vous donner une réponse favorable.
Le baron de Meyendorff au comte Dmitri de Neaseirode.
^Berlin, -4/16 octobre 1843.
Je vous suis très reconnaissant, mon cher ami, de m'avoir donné de vos nouvelles, dès votre arrivée h Pétersbourg,et de les avoir complétées par votre seconde épître. J'envoie aujourd'hui Obolenski avec des détails sur le coup de fusil de Posen, qui est venu tout exprès pour gâter l'effet si satisfaisant de l'entrevue des deux souverains. Suez donc sang et eau pour mettre les affaires sur une bonne pente, priez l'un, grondez l'autre, prêchez tout le monde, soyez tour à tour raide ou coulant, faites tout ce que vous désireriez qu'un autre fît pour vous en pareille occurrence et tout cola pour, quand vous croyez toucher au terme, qu'un Polonais ivre tire derrière le coin d'une rue un coup de pistolet à deux scribes qui n'ont même pas le courage de le dénoncer à l'autorité, et que tout votre labeur soit inutile et s'en aille à vau-l'eau.
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Nous VOUS envoyons Mme Viardot, née Garcia, sœur de la Malibran. Elle est richement laide, mais elle chante l'espagnol et la fameuse romance de Contrabandista dans une perfection incomparable. Le « mid summer night dream », arrangé par Fieck et donné à Potsdam, avait tout à fait le mérite de l'à-propos. La scène se passe à Athénée et les invités, revenant par une nuit d'octobre à Berlin, ont pu faire des réllexions sur les plaisirs d'une nuit athénienne.
Les compatriotes donnent bien dans cette arrièresaison. Je ne m'en plains pas, quand leur passage ne coïncide pas avec les migraines.
Le comte Charles de Nesselrode an baron de Meyendorff,
Saiiit-Pôtersbourp, 7A) octobre 184.7)
Depuis l'arrivée de Dmitri, je n'ai guère eu d'occasion sûre, mon <*her baron, pour vous écrire et d'ailleurs, jusqu'au reloui- de l'Empereur, je n'aurais eu rien à vous dire si ce n'est pour vous féliciter d'avoir si bien supporté les fatigues et le tracas que vous ont causés le séjour de notre auguste monarque et de vous en être tiré d'une manière si brillante, telle à satisfaire tout le monde, ce qui ne laissait pas d'être difficile.
Moi, j'ai eu aussi ma part de satisfaction dans tout
cela par le cartel obtenu; vrai succès diplomatique, dû uniquement au zèle et à l'énergie avec lesquels vous avez attaqué et vaincu les obstacles qui, des deux côtés, se présentaient sur votre chemin. Aussi, comme il faut battre le fer pendant qu'il est chaud, je vous expédie de suite la réponse à votre dépêche du 17 octobre et aux deux questions que vous y avez posées, ainsi que le plein pouvoir. Maintenant je désire que les Prussiens se hâtent moins lentement et vous fassent connaître les modifications ultérieures, afin que nous puissions tout terminer pour le nouvel an, au plus tard.
Cela fait, et le grand-duc héritier ainsi que Mesdames la grande-duchesse héritière et la grande-duchesse Hélène expédiés, je tiendrais encore beaucoup à ce que vous donniez suite à votre projet de nous faire une petite visite. Deux mois passés avec nous vous feront, croyez-moi, beaucoup de bien et à nous beaucoup de plaisir. Vous oublierez les Geheim-rache et autres dromadaires, comme les appelle Dmitri, et vous rafraîchirez vos idées sur la manière de voir et déjuger les choses dans la cara patria. Pour vos jouissances intellectuelles et matérielles, je vous offre un charmant opéra . italien et une floraison de camélias qui, à en juger par les boutons, ne se mouchera pas du pied. Tout cela n'est pas de refus: tâchez donc de réaliser ce projet.
C'est à Barclay que je confie cette expédition qui, comme vous verrez, ne roule que sur le cartel. Un feldjaeger, que j'envoie après-demain à Londres, vous portera une dépêche sur les affaires de la Grèce. C'était un
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accouchement pénible, aussi a-l-il duré longtemps. Calacazy était inexcusable, aussi me fait-il beaucoup de peine. Jusqu'ici, je ne comprends rien à sa conduite et encore moins à la manière dont il en a rendu compte: il a tout fait pour se perdre, après avoir à ce qu'il paraît, complètement perdu la tête.
Je ne vous parle pas de l'affaire de Posen, par la très bonne raison que l'Empereur n'en parle plus et ne m'a pas dit un mot, hier, sur votre dépèche du 17 octobre, qui traite de cet incident. Ce qui est sûr, c'est que les autorités de Posen n'ont guère fait preuve de sagacité et d'énergie dans la manière dont elles ont conduit l'enquête.
Le même au même.
Saiiit-Pétersbours, 1" novembre 1845.
Barclay vous a porté, mon cher baron, les affaires du cartel ; celui-ci vous mettra au fait des décisions de l'Empereur sur celles de la Grèce. Vous pourrez aisément croire qu'elles ne m'ont pas mal tracassé. Si le bon Dieu ne m'avait pas doué d'une si heureuse constitution, elles auraient eu de quoi me faire faire une véritable maladie. Tout est détestable dans cet événement. Le pauvre Catacazy est bien cruellement puni ; à mes yeux, il est moins coupable que ceux qui, jusqu'au
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moment où la révolution a éclaté, ont donné au roi Othon les plus funestes conseils et ont contribué par là à sa chute. A leur tète, je place ce sot de Brassier qui, par vanité, a voulu à toute force jouer un rôle en Grèce, et s'est mêlé de choses et d'intrigues qui ne regardaient ni lui ni son gouvernement. Je vous avoue que je suis un peu choqué de l'empressement qu'on a mis à Berlin à publier la destitution de Catacazy; cela n'est pas délicat. En général, je suis scandalisé de la manière dont les gazettes allemandes se prononcent sur les affaires de la Grèce, surtout VAllgnieinn Zeituiifj ; aussi l'Empereur m'a-t-il ordonné hier d'en écrire vertement à Munich. A Berlin aussi on pourrait mettre un peu plus de sagacité dans le choix des articles qu'on permet d'imprimer. Quoi, par exemple, de plus injuste et de plus maladroit à la fois que d'attaquer continuellement les actes de la conférence de Londres? Si le roi Othon ' avait montré plus de déférence pour les conseils de la conférence; si, au lieu de tergiverser, de finasser, de suivre les avis de sa camarilla bavaroise et des pauvres ministres qu'il s'est obstiné à maintenir au pouvoir, il avait franchement adopté nos propositions, fait marcher de front les économies avec la réforme du Conseil d'État et un changement de ministère, rien ne serait arrivé et il régnerait encore paisiblement sur le peuple le plus facile à gouverner. Maintenant ce qui en arrivera, Dieu le sait; aussi l'Empereur ne veut-il pas se mêler, pour
1. Otuon I", lîls du roi de Bavière, Louis I", roi de Grèce en 1852; abdiqua en 1862, mourut en 1807, à l'âge de 52 ans.
le moment, du tripotage constitutionnel qui va agiter la Grèce.
Votre rôle, cher baron, comme celui de vos collègues, sera donc, pour le moment, très facile : vous n'aurez tous autre chose à faire qu'à observer la marche que suivront les autres cabinets et à nous en rendre compte. C'est tout ce que j'ai à vous dire et à vous recommander sur ces tristes affaires.
Je vous envoie encore une réponse que j'ai été obligé de faire à Liebermann sur la question des bateaux à vapeur. Si on trouve à Berlin cette réponse un peu sèche, qu'on veuille relire les notes qui l'ont provoquée et qui, certes, n'étaient pas rédigées dans un esprit bien conciliant.
Adieu, mon cher baron, débarrassez-vous de vos migraines et venez nous voir au mois de janvier.
Tout à vous.
Le comte Charles de Nesselrode au comte 3Iic}iel Chreptowitch.
Saint-Pétersbourg, 20 novembre 1843.
Vous voilà donc, mon cher Michel, à la fin de votre gestion. Je regrette qu'elle n'ait pas duré plus longtemps. Je ne puis qu'approuver tout ce que vous avez dit et fait, et si vous n'avez pas réussi à terminer la négociation commerciale, où nous avons dix fois raison et les
Napolitains cent fois tort, la faute n'en est pas à vous. Maintenant il faudra voir s'il conviendra d'attendre encore que Naples s'arrange avec la France et l'Espagne ou si, dès le printemps prochain, nous devons en venir aux représailles. Ce qui m'empêche de le proposer, car mon collègue au masque de fer ne demanderait pas mieux, c'est la crainte que le jeu ne vaille pas la chandelle. Enfin nous verrons.
Vous n'avez pas en ce moment un Opéi'a aussi hon que le nôtre. Nous possédons Rubini, Tamburini et, ce qui aujourd'hui leur est supérieur, la Viardot, prima donna de premier ordre. Elle a une étendue de voix, comme jamais je n'en avais entendu. Nous l'avons déjà vue dans Rosine et dans Desdemona; Rubini, luimême, a été tout surpris des progrès qu'elle a faits depuis quatre ans et de la hauteur à laquelle elle s'est élevée. Si elle va de ce train, et elle n'a que 21 ans, el, par conséquent, une voix toute fraîche, elle ne tardera pas à atteindre sa sœur. Ceux qui ont entendu la Malibran trouvent qu'elle a le même timbre de voix et qu'elle la rappelle beaucoup. Enfin, elle est délicieuse.
ARCHIVES DU COMTE Cil. DE NESSELRODE.
Le comte Charles de Nesselrode au baron de Meyendor/f.
Saint-Pôtersbourg, 27 novembre 1843.
L'expédition que je vous adresse aujourd'hui, mon cher baron, vous intéressera ; ma dépêche à Kisseleff expose tous les motifs qui ont porté l'Empereur à se rendre au vœu de l'Angleterre. Vous pourrez montrer cette dépêche au baron de Werther, mais je ne voudrais pas que les Français en eussent connaissance. Si donc Werther vous demandait une copie de la dépêche, pour la mettre sous les yeux du Roi, priez-le de n'en pas faire un autre usage. Elle nous apprend que Brunnow va retourner à Londres.
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt et de plaisir les détails que renferme votre lettre du 10 novembre sur votre attitude à Berlin. Ils sont on ne peut plus satisfaisants et me sont journellement confirmés par tout ce qu'on écrit à Liebermann et à Rauch. Tout cela prouve, mon cher ami, que vous avez été créé pour Berlin, comme le nez pour le milieu du visage. Lorsque l'occasion s'en présente, je ne manque pas d'insinuer aux deux diplomates ci-dessus nommés que vous cherchez dans vos rapports à démontrer que les Prussiens ne sont pas aussi Français que beaucoup de personnes le croient chez nous. J'espère que ce petit commérage réagira favorablement sur leurs rapports avec vous. Ils ont tort
de s'inquiéter sur nos relations avec l'Autriche. Si le diable donc ne s'en mêle point, il y aura sûrement une transaction entre la Russie, l'Angleterre et l'Autriche, à laquelle vous n'aurez, certes, pas de peine à faire accéder la Prusse, attendu qu'un appui moral n'a encore jamais fait sortir un écu d'un trésor et n'empêchera pas le Roi de suivre ses douces et paisibles habitudes. Quant à la France, vous saurez avant moi ce qu'elle pensera et ce qu'elle fera. J'ai toujours le pressentiment qu'elle ne s'isolera pas.
Je suis heureux de pouvoir vous donner de bonnes nouvelles sur l'état de santé de la famille impériale; quant aux détails, je me réfère à ceux que vous portera le prince Albert qui part cette nuit et qui précédera peut-être mon feldjaeger, car il aime à aller comme le vent.
Le même au même.
Saint-Pétersbourg, 5 décembre 1843.
Nos affaires à Londres se sont bien terminées : nous avons enterré la conférence grecque sans nous brouiller avec personne. A Berlin, on déraisonne un peu chaque fois qu'on s'occupe de cette affaire, et, à mon avis, le cabinet de Berlin en parle et s'agite un peu trop dans cette question.
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Les infâmes articles de VAUgmeinn Zeitung si sollement tolérés par la cour de Bavière ont manqué exciter une nouvelle émeute en Grèce et faire chasser le roi Othon; et ces articles, la Gazette de Berlin les répète. Brassier, croyez-moi, fait beaucoup do mal avec sa correspondance, et le meilleur service que le roi eût pu rendre au roi Othon, auquel il s'intéresse tant, était de le rappeler. L'Empereur ne m'a pas montré ce que le Roi lui a écrit par Rauch, et je soupçonne que ce sont des mensonges et des calomnies sur le pauvre Catacazy.
Adieu, mon cher baron, arrivez-nous en bonne santé et comptez sur le plaisir extrême que vous me ferez en me procurant la douce satisfaction de passer quelques bons moments avec vous.
Le même au même.
Saint-Pétersbourg, 12 décembre 1845.
Merci, mon cher Meyendorff, pour votre lettre du 5 décembre, que le prince Souvarof m'a remise. Moi aussi, je suis un des adorateurs du Grand-Duc Héritier; aussi les détails si touchants et si satisfaisants que vous me donnez sur lui m'ont-ils été droit au cœur.
D'ici, je n'ai, pour le moment, rien à vous dire; nous nous préparons aux noces et festins et, moi, je
m'occupe des contrats de mariage. Celui de la grandeduchesse Alexandra me mettra dans le cas d'envoyer après-demain un courrier à Copenhague, qui passera également par Berlin et par lequel je vous écrirai plus au long.
L'attitude que l'Empereur a prise dans l'affaire grecque rend notre rôle très commode ; et tandis que les autres s'agitent beaucoup, nous restons dans l'inaction et observons ce qui se passe dans ce malheureux pays. Les dernières nouvelles que j'en reçois par Vienne semblent un peu plus favorables au roi Olhon, qui aurait regagné de la popularité et un peu de terrain, que l'arrivée du prince Wallerstein lui ferait bien vite reperdre, si la Bavière persiste à l'y envoyer. 11 faut espérer que sur les instances du roi Othon, lui-même, elle y aura renoncé. Notre mission en Grèce se tait complètement ; le pauvre Catacazy venait de recevoir la nouvelle de sa destitution ; il écrit ici des lettres déchirantes. J'espère que l'Empereur prendra pitié de lui, de sa femme et de ses sept enfants, réduits à la misère.
Adieu, mon cher baron, j'attends le cartel ; vous ne sauriez m'envoyer de plus agréable étrenne, et vous renouvelle mes plus sincères amitiés.
Le même au même,
Saint-Pétersbourg, 25 décembre 1845.
Pour le moment, la politique dort complètement chez nous; je ne suis occupé que des contrats de mariage, travail très doux et très facile lorsqu'on ne fait que donner et qu'on n'exige rien en retour. Nos promis se font encore attendre; malgré cela les fiançailles de la grande-duchesse Alexandra sont fixées à après-demain ; celles de la grande-duchesse Elisabeth, au premier de Tan; les noces au 16 et au 20 janvier. On ne saurait commencer l'année plus gaiement. Dieu veuille qu'elle finisse de même !
Ce serait le cas si nous pouvions trouver un mari pour la divine grande-duchesse Olga qui tous les jours devient plus belle, mais qui aussi dans peu d'années atteindra son apogée. Quand je me prends à y songer, je deviens perplexe. Depuis que tout espoir d'avoir l'archiduc Etienne est perdu, nous ne savons, à la lettre, à quel saint nous vouer, car le prince royal de Wurtemberg est de huit mois plus jeune que la grandeduchesse Olga, et le grand-duc de Mecklembourg- Schwerin est cousin germain. Pour le reste, l'almanach de Gotha ne fournit âme qui vive; c'est très triste.
Le prince de Hesse est arrivé hier, à 4 heures du soir et avec lui le gros feldjaeger Belaoussof. Celui-ci ne m'ayant apporté de votre part qu'une petite dépêche,
je n'ai rien à ajouter, pour le moment, à ma lettre. Le paquet de Brunnow renfermait des protocoles grecs signés; c'est donc une affaire linie. 11 ne sera pas aussi facile de terminer celle de la constitution grecque, et je crains que les influences étrangères n'y fassent plus de mal que de bien. Si à Athènes il n'y avait de représentant d'aucune puissance, je serais plus tranquille.
Adieu, très cher baron, j'attends le cartel, mais avec plus d'impatience encore votre personne. Mille et mille amitiés.
Le même au même.
Saint-Pétersbourg, 29 janvier 1844.
Krusenstern*, qui vous remettra la présente, est envoyé à Copenhague pour annoncer la célébration du mariage qui a eu lieu hier avec toute la pompe et les solennités d'usage. Après-demain a lieu celui de la grande-duchesse Elisabeth; demain félicitations. Voilà les programmes qui vous prouveront que nous ne sortons pas des fêtes.
La politique dort en attendant, ou, pour mieux dire, il n'y a, en ce moment, aucune question grave sur le