‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 4)Chapitre 44 sur 69 · Mariée au duc de Nassau · texte numérisé non relu

Mariée au duc de Nassau

266 ARCHIVES DU COMTE Cil. DE NESSELRODE.

que le langage franc et positif de l'amitié, parlant d'un cœur chand et sincèrement dévoué au Roi, feraient peut-être sur lui un meilleur effet qu'un mémoire soigneusement élaboré, dans lequel on entrerait dans le fond de la question et réfuterait en détail et, un à un, tous les faibles arguments sur lesquels se fonde la déteimination bien funeste du Roi. Dieu veuille que cette dernière tentative ne soit pas infructueuse ! I/Empereur, qui connaît son beau-frère, espère peu, et Rauch est malheureusement du môme avis; il ne nous reste donc qu'il nous résigner et à supporter encore cette catastrophe politique, qui, comme l'a fort bien définie le roi de Wurtemberg, est un plus grand malheur que la révolution de Juillet.

/y même au même.

Sainl-Pétersbourg, 12 février 1845.

Que l'envoi de ce courrier à Paris ne vous intrigue pas, mon cher baron; ce qu'il y porte, en fait de dédépêches et de communications politiques, est moins que rien : il a fallu pourvoir Kisselef d'un feldjaeger ; voilà le véritable objet de cette expédition. D'ailleurs, nous n'avions rien à dire à la France. Les derniers débats parlementaires font vraiment pitié; tant de bruit et même une crise ministérielle pour si peu de chose !

Ah! cher baron, les grands hommes de noire époque sont bien petits. Je n'aime pas Guizot et je ne l'estime pas; son outrecuidance passe souvent toutes les bornes. Malgré cela, je suis plutôt content qu'il se soit maintenu au pouvoir; sa fermelé est une garantie d'ordre et de tranquillité en France; il veut sincèrement la paix, c'esl là l'essentiel. De si grands résultais valent bien la peine que l'on passe sur les inconvénients d'un ordre inférieur.

Adlung m'est arrivé dimanche à Vienne. Médem me (race un résumé de la réponse de Metternich au Roi ; elle est parfaile, mais arrèter,i-t-elle celui-ci? That is the question. Tous ceux qui ont été appelés à énoncer une opinion sur ce sallo mortale, que le Roi veut tenter, l'ont fait avec force et conscience. Après cela, il en sera ce que Dieu voudra.

Je viens de recevoir, à l'instant, votre lettre du 5 février. Vous conservez encore une lueur d'espoir; puisse-t-il se réaliser! Nous sommes dans la position des noyés qui s'accrochent à chaque branche, quelque faible qu'elle soit.

Je fais passer ce courrier par Stuttgardt. 11 porte à la princesse Auguste, fille cadette du Roi, le grand cordon de Sainte-Catherine. Cette démonstration fera, je suppose, un bon effet, sur l'esprit du Roi qui, quoi qu'on en dise, est un des meilleurs et des plus sages souverains des temps actuels, et ne vous sera pas non plus désagréable, à vous qui l'aimez et l'estimez tant.

Nous attendons le maréchal Paskéwitch. Je profiterai

de son séjour pour régler avec lui l'affaire de votre dotation en Pologne. Ce serait une injustice criante, mon cher Meyendorff, si vous restiez seul, avec les mains vides, après la conclusion du cartel.

Le comte Michel Wqrontzof nous quitte dans dix jours. Il est in high spirits; il se conduit ici avec tact et' fermeté et on ne peut que hien auguter de la manière dont il mènera nos importantes affaires du Caucase. — Mes plus tendres compliments, très cher baron.

Le même au même.

Saint-Pétersbourg, 25 février 1845.

Je vous avais promis, par Tetlenborn, une longue dissertation sur la question constitutionnelle, en réponse à votre lettre du 8 février. Hélas ! cher baron, l'homme propose etDieu dispose. Pour l'expiation de mes péchés, il m'a envoyé en plein carnaval, et dès le lendemain du départ de Tettenborn, un accès de goutte des mieux conditionnés, qui me fait beaucoup souffrir. Pendant cette maladie, l'estomac ne peut digérer que de la nourriture légère et ne saurait venir à bout d'un morceau aussi indigeste que la constitution prussienne ou, pour parler correctement, du projet pour les étals généraux. Permettez donc, cher baron, (jue je traite cette question vitale une autre fois. Je le ferai bien plutôt

pas acquit de conscience que dans l'espoir d'arriver à un bon résultat ; je crains que nous y perdions notre latin. Je me bornerai seulement à vous prévenir que jamais l'Empereur n'a touché cette question avec Colleredo*; c'est par Médem que le prince Metternich nous fait tenir au courant de sa correspondance avec le roi de Prusse, en nous recommandant chaque fois de lui en garder le secret.

Le comte Michel Worontzof est parti, ce matin, tout à fait in high spirits; que Dieu accorde à cet excellent homme tous les succès qu'il mérite. Le Maréchal est ici depuis vendredi.

Le même au même.

Saint-Pétersbourg, '21 mars 1845.

Je profite, mon cher baron, du départ de notre nouveau consul général à Londres pour vous adresser quelques mots d'amitié. En fait d'affaires, je n'ai heureusement rien de nouveau à vous dire ; aussi ne recevrez-vous pas une seule dépèche et ce que Krehmer emporte à liondres se réduit à bien peu de chose. II n'y a au fond sur le tapis qu'une seule question en Europe qui vaille la peine que l'on s'en occupe. Nous avons dit

Page 1