Ministre de Prusse à Vienne
264 ARCHIVES DU COMTE Cil. DE NESSELRODE.
Le même au même.
Saint-Pétersbourg, 28 janvier 1845.
La seule dépêche que j'ai trouvé moyen de faire rédiger pour vous, mon cher baron, se rapporte à la plus minime de toutes les questions, à celle de Kniphausen. Quelle preuve plus évidente que la haute politique est dans un état de calme parfait. La lutte parlementaire entre Mole et Guizot nous est à peu près indifférente ; quelle qu'en soit l'issue, elle ne changera rien à la marche générale des affaires. Que le roi de Prusse soit assez sage pour renoncer à ses rêves constitutionnels, et nous pourrons encore dormir tranquilles.
Le comte Michel Worontzof nous est arrivé vendredi, frais, très dispos, plein d'énergie et de bonne volonté, quoique ce soit une besogne pour un homme de 65 ans, qui se croyait à la fin de sa carrière. Enfin voilà un homme qui esta la hauteur de sa situation; il me donne par sa manière de voir et de juger cette affaire, qui n'est devenue grave que par l'ineptie de ses prédécesseurs, l'espoir certain qu'il en viendra à bout. Dieu le veuille, car c'était une bien mauvaise plaie dont nous avions à souffrir!
Le même au même,
Saint-Pétersbourg, 8 février 1845.
Je VOUS remercie, mon cher baron, pour les détails extraits de la lettre de Francfort, relatifs à la mort do la grande-duchesse Elisabeth'. Ceux que nous adonnés de vive voix le comte Boose auraient beaucoup laissé à désirer, si les lettres dont il était porteur n'y avaient pas suppléé; pour ma part je n'ai pu tirer de lui que fort peu de chose.
Depuis l'arrivée de Rauch, nous avons été très préoccupés des funestes projets que le Roi roule dans une tête si confuse et si mal organisée. Rauch m'a mis au fait de tout; l'Empereur m'a fait lire la lettre du Roi. J'avoue qu'elle est presque inintelligible et pleine des contradictions les plus frappantes, qui sauteraient aux yeux d'un enfant : il déclare de la manière la plus formelle que jamais il ne donnera de constitution à son pays, et il fait tout ce qu'il peut pour arriver à une situation où il lui sera impossible de la refuser; pour obtenir la faculté de contracter des emprunts dont il n'a pas besoin, il accorde aux Etats le droit de voter les nouveaux impôts; c'est un véritable non-sens. L'Empereur lui a fait une excellente réponse, tout entière rédigée par lui et écrite de sa main. Il a pensé