I. La noraiiialion do chancelier
cela pour de l'argent comptant et je suis étonnée que la police ait assez de pouvoir pour faire ouvrir tant de bouches et leur faire crier le contraire de ce que pensent les cœurs. Cela vaut toujours mieux qu'une attitude qui l'aurait irrité.
Le département des lois dans le conseil de l'Empire vient de se réunir pour la première fois afin de prendre connaissance des lois de la Baltique. Boutourlin a parlé, comme à son habitude, contre les privilèges et ne s'est pas fait faute de répéter que cet état de choses était offensant pour la Russie; on craignait Paul Gagarin qui paraissait être de l'avis de Boutourlin, mais il s'est contenu. Pourvu que l'on arrive à une solution avant la fermeture du Conseil, il y a lieu d'espérer que cette affaire si urgente se terminera à la satisfaction des Provinces.
Golovine tient un langage conciliant h Riga, mais ce qui n'est point agréable pour les employés, c'est qu'on lui a donné d'ici un Monsieur qui, outre qu'il porte un nom allemand, ne jouit d'aucune considération et qui do catholique s'est fait grec. De pareils choix irritent l'opinion, parce qu'on suppose qu'ils sont intentionnels, tandis qu'ils ne sont dictés que par la simple maladresse.
Comme les moindres choses font effet sur l'Empereur, cette discussion que Michel a eue avec le nonce du Pape, au sujet de notre chapelle, l'a vivement impressionné. Il en a parlé autrefois à Pierre Pahlen (pii nous l'a dit, ces jours-ci. Il se passe ici nombre d'actes
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arbitraires que nous apprenons par hasard. C'est ainsi qu'on a enlevé aux pasteurs protestants les terres qui leur appartenaient dans le gouvernement d'ingrie. L'Empereur, pour justifier cette mesure, allègue que notre clergé n'a pas de terres. C'est vrai, mai^ au lieu d'en venir à ces vexations, ne vaudrait-il pas mieux donner à notre clergé le bien-être qui lui manque, de façon à ce qu'il n'ait rien à envier aux autres? Je reproche à Perowski de ne pas contrarier des mesures oppressives qui ne cessent de nous susciter des ennemis au sein de l'Empire. C'est un grand malheur que de donner si aisément des ordonnances pareilles, sans souci des réactions qu'elles amènent et de traiter les hommes comme des pierres que l'on peut tourner et retourner sans leur faire le moindre mal.
Le comte Charles de Nesselrode au baron de Meyendorjf.
Saint-Pétersbourg, 7 juin 1845.
Je reviens, mon cher MeyendorfT, à vos lettres de Varsovie ; elles me prouvent par des faits que l'Empereur ne pouvait pas avoir de plus heureuse inspiration que celle de vous y faire venir. Aussi lorsqu'il m'en a parlé, j'en ai saisi l'idée des deux mains, bien persuadé du bien que lui feraient quelques bonnes conversations
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avec vous. Il était parti d'ici, beaucoup trop monte' contre la Prusse et tout prêt à prendre des mesures qui auraient accéléré le mal au lieu de l'ajourner; vous l'avez calmé, en lui prouvant que même une révolution en Prusse, si elle éclatait, ne pourrait avoir pour la Russie les conséquences immédiates qu'il semblait redouter. En effet, je ne sais trop quelles mesures nous pourrions prendre pour nous garantir de ce danger plus moral que matériel. Je ne vois, pour ma part, d'autre attitude à prendre que de rester tranquille et de voir venir, en faisant constamment des vœux pour que le bon Dieu éclaire notre bon roi de Prusse et amène des incidents qui lui fassent voir et sentir la nécessité de renoncer aux projets insensés qu'il médite pour le malheur de son pays et de l'FAirope. C'est dans ce sens que j'en parlerai à l'Empereur à son retour et ne lui tiendrai pas d'autre langage.
Pour le moment, la seule affaire un peu délicate dont j'aurai à l'entretenir, est la dernière proposition du prince de Metternich, qui ne veut pas de conférence proprement dite à Paris, mais un centre d'entente sur la question Suisse, comme si, dans le fait, ce n'était pas la même chose; je vous avoue que cela m'embarrasse. Notre bon prince Metternich, dans tout ce qui concerne les relations avec la France, passe sa vie à se mettre en contradiction avec lui-même; il commence par tonner, par nous ameuter tous contre elle, et finit par faire ce qu'elle veut, croyant avoir tout gagné, en inventant de nouvelles dénominations. L'Empereur a l'esprit
beaucoup trop positif pour se laisser séduire par de pareilles subtilités; je doute donc très fort qu'il consente à entrer dans la voie que le prince Metternich nous a tracée. Comme nous serons probablement les seuls à objecter contre cette combinaison, l'odieux du refus retombera tout en entier sur nous, aux yeux de Guizot, et nos rapports avec la France ne s'en aigriront que davantage. C'est ainsi que Metternich gâte et embrouille les affaires les plus simples; car quoi de mieux que la proposition du cabinet prussien : d'établir le centre d'entente en Suisse même, et de le composer de nos représentants auxquels chaque gouvernement aurait donné des instructions fondées sur les deux bases posées dans les communications précédentes du cabinet autrichien. J'aviserai au moyen de nous tirer de ce mauvais pas.
Je vous remercie pour les deux bonnes nouvelles que vous m'avez données, savoir : le renvoi des députés badois et l'ordre du Cabinet sur la question catholique. Si le Roi pouvait ne prendre que des mesures pareilles, 'e l'aimerais encore plus que je ne l'ai aimé autrefois.
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La comtesse Charles de Nesselrode à son fils le comte Dmitri de Nesselrode.
Saint-Pétersbourg, M juin 1845.
Le grand-duc Michel, pendant un exercice, s'est laissé aller, sans aucun motif, à des paroles d'une extrême violence, envers le duc de Leuchtemberg dont on passait la brigade en revue, lui répétant sur tous les tonsqu'il négligeait ses troupes, qu'il se levait tard et ne s'occupait qu'à faire le damoiseau. Une fois la revue terminée, il rassembla les généraux, les officiers, et, devant eux, se livra à un véritable accès de délire, disant au duc de Leuchtemberg, qu'il appelait toujours Yotre Altesse Impériale, le contraire de ce qu'il venait de lui dire, à savoir que ses soldats étaient abîmés de fatigue, qu'il ne se préoccupait guère d'eux, qu'il perdait son temps dans son laboratoire à des travaux de galvanoplastie. Ce fut enfin Un déluge de réprimandes dont tous ceux qui l'entouraient étaient consternés. Le duc écouta en subordonné et ne prit la parole que pour défendre le colonel que le grand-duc venait de mettre aux arrêts; il fit valoir que cet officier avait perdu, la veille, sa femme et n'en était pas moins venu à la revue parce que c'était son devoir, et ajouta des choses touchantes qui n'impressionnèrent nullement le grand-duc. Après le départ de ce chef courroucé, le duc déclara à la troupe qu'il allait se retirer du commandement, puis-
que sa personne attirait de tels désagréments. Revenu chez lui, il a raconté cette scène à sa femme qui, malgré qu'il s'opposât à ce qu'elle en parlai à l'Empereur, s'est empressée d'aller l'en instruire. Le Maître en fut fort irrité et voici la noble vengeance qu'il en tira. A la revue du régiment de Semenofski que son frère protège en ce moment, il arriva en colère, s'accrocha à la moindre vétille, malmena soldats et officiers et finit en termes énergiques par les renvoyer ignominieusement chez eux. Oue doit penser la troupe de se voir ainsi le jouet des sentiments intimes des princes? On m'assure que jusqu'à présent l'héritier tient une conduite très prudente devant la troupe; puisse-l-il soutenir ce rcMe! Il paraît que l'Allemagne est dans un état pitoyable, et, pour ainsi dire, à la veille d'avoir les épisodes de la guerre de trente ans. Seebach a écrit à sa femme une lettre très intéressante à ce sujet; il est effrayé de voir la situation empirer, de jour en jour, depuis un an. Rochow dit de même que la Prusse subit une crise épouvantable. Quant à nous, de gaîté de cœur, nous bouleversons la Russie et donnons beau jeu au mauvais esprit par l'incohérence de notre administration.
L'Empereur tient son monde dans une fièvre continuelle. On dirait d'un enfant gâté et terrible qui ne sait et ne veut rien supporter. Il prétend qu'il ne résidera ni au Palais d'hiver ni à celui d'Anitchkof ; il dressera probablement sa tente sur la grand'place. Ce qui l'a mis en humeur et non sans raison, c'est un nouveau livre de Golovine, que celui-ci a eu l'audace de lui
envoyer par la poste, et qui est, paraît-il, pire que celui de Custine. Dans ce libelle, l'auteur met à nu tous les personnages de la cour, dénonce tous les abus, présente Mlle Nélidof comme la maîtresse de l'Empereur et Kleine Michel comme l'entremetteur. Le Maître a dit à ton père tout le chagrin qu'il éprouvait de voir perdre de réputation cette personne à qui il portait certainement de l'intérêt et avec qui il aimait à passer quelques heures, mais qui n'était pas sa maîtresse, il le jurait devant Dieu. Il est si inconcevable en tout, que cela n'est pas impossible. Je compte sur ta discrétion pour ne pas me compromettre vis-à-vis de ton père. Cette nouvelle commence à se répandre dans un petit cercle et finira par être dans la bouche de tout le monde.
La comtenae Charles de Nesselrodc à son mari.
Rerlin, Ifi octobre 1843.
Je t'envoie un aperçu de ce qui se passe dans les provinces allemandes, avec les annexes copiées textuellement de tout ce qui émane du synode. Tu frémiras, je pense, à cette lecture. Quant h moi qui ai traversé ces provinces, je ne saurais te dire combien j'ai soufferl de voir la Livonie, sens dessus dessous, et la Courlandc lerrifiée. On appelle convertis des malheureux qu'on a
attirés, en profitant de la disette complète on ils se trouvent, et qu'on a égarés par des promesses irréalisables, fiolovinc agit contre ses convictions, mais n'en sanctionne pas moins les machinations de Perowski et de Protassof. Les paysans se laissent duper, mais pas leurs femmes. Aussi peux-tu t'imaginer les scènes d'intérieur désolantes qui résultent de ce désaccord. Le fait est que les propriétaires de la Livonie sont ruinés ; ils n'ont plus aucun droit sur les paysans et sont menacés par eux qui prétendent que la terre leur appartient.
En quittant Dorpat, j'ai rencontré Walonief qui est attaché à Golovine. Il m'a dit avoir été envoyé par ce dernier avec un aide de camp à Dorpat, parce qu'on s'y attendait à de graves désordres. Le fait est qu'il y règne la plus grande perturbation. Ce que j'ai admiré, c'est ratlitudc des gens, appartenant à toutes les classes, à la noblesse même. Ils ne disent rien d'offensant contre l'Empereur, mais se demandent pour quel motif on les traite en sujets rebelles, eux qui se sont montrés toujours soumis envers le Souverain. Il est impossible que ces plaintes ne parviennent pas jusqu'à l'Empereur, mais, de si loin, il se peut qu'il n'y prête pas toute l'attention nécessaire; il n'est plus temps de rien faire, d'ailleurs. Figure-toi que Berg, qui a accompagné l'Empereur, apprendra h son retour que presque tous
1. Protassof (Nicolas-AIoxandrowitch, comte), 1799-1855, général de cavalerie, membre du Conseil de l'Empire et procureur général du Saint-Svnode.
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ses sujets sont devenus catholiques grecs. Les journaux allemands déclament contre ce qui se passe. Dans ces provinces, c'est un véritable triomphe pour les ennemis de la Russie. Quoique j'aie vu tout cela de mes propres yeux, je ne puis y croire et me dis quelquefois que j'ai eu le cauchemar. Mayendorff, l'aide de camp général, nommé chef du consistoire protestant, a été, durant ce temps, à Dorpat et à Riga et s'y est conduit en homme d'honneur avec la plus grande fermeté. Reste à savoir s'il aura le courage de faire un rapport direct à l'Empereur. Il est certain qu'il ne sera pas facile, si c'est possible encore, de calmer ces innocentes victimes de Perowski, d'Ouvarof et de Protassof. Il leur est interdit, par ordre du synode, de conserver leurs églises et d'en bâtir de nouvelles sans autorisation. Celles qu'on leur permettra d'édifier devront être construites dans le style de nos églises. Enfin, ce sont des vexations à n'en pas tinir et cela est bien triste.
Les seigneurs livoniens se sont réunis; ils sont tellement effrayés qu'ils déserteront leurs terres et naturellement ne pourront se procurer du pain. La mesure de blé se vendait dix roubles argent et encore était-il difficile d'en trouver, l'avoine avait haussé en proportion. La vache se vendait trois roubles argent et on s'eslimait heureux de pouvoir s'en défaire à ce prix. On était réduit à tuer le bélail, ne pouvant plus le nourrir.
Perowski avait fait venir pour la Russie blanche quarante mille mesures, mais il a exigé dételles garanties pour le livrer et a attendu si longtemps qu'il était
ARCIin'ES DU COMTE CH. DE NESSELRODE. 28.-
pourri lorsqu'il a ordonné d'en faire la distribution, malsain pour la consommation, ne pouvant servir à ensemencer et n'était plus bon qu'à jeter.
Le comte Charles de Nesselrode au baron de Meyendor/f.
Rome, 17 janvier 1840.
Par le dernier courrier de Pétersbourg, Médem m'a donné encore quelques détails sur le séjour de l'Empereur à Vienne. Entre nous soit dit, ils ne m'ont pas satisfait et j'aurai, à mon passage, de fâcheuses impressions à effacer, afin que l'irritation que l'Empereur a montrée un peu trop ouvertement n'envenime pas nos relations politiques au grand détriment de nos intérêts ; arrivé à Saint-Pétersbourg j'aurai encore à calmer cette même irritation, qui jamais ne peut faire de bien aux affaires. Que l'Empereur ait éprouvé un vif ressenliment, je le comprends; mais il eût été d'une bonne politique de moins le faire paraître. En dernière analyse, il faut pourtant convenir que le cabinet autrichien, par sa manière stupide et peu loyale d'agir, nous a plutôt servi que nui : il a rendu possible et facile un mariage qui vaut mieux que le sien. Si de Venise l'Empereur a écrit de ne rien décider à Palerme, de Vienne il aura, je pense, conseillé de hâter un dénouement. Pour ma
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part, je ne saurais assez désirer que les choses y soient du moins assez avancées pour que, départ et d'autre, on ne puisse plus reculer, et que ce dernier parti ne nous échappe pas. Après ce qui s'est passé à Vienne, cela nous est indispensable, non seulement pour le bonheur et l'avenir de notre adorable Grande-Duchesse, mais pour notre considération en Europe.
Je vois avec un bien grand plaisir par votre lettre du iO janvier, que je reçois dans l'instant par la poste, que l'espèce de quarantaine qu'on voulait si gratuitement faire subir au Prince Royal à Naples a été réduite à de plus convenables proportions et qu'il vous arrivera juste pour le nouvel an. C'est, sans contredit, la meilleure étrenne que le bon Dieu pouvait envoyer aux illustres habitants de l'Oliruzza. Le cœur me dit que tout ira bien.
Merci pour les deux numéros de VAllgemeine Zeitumj : l'un de Paris, l'autre de Londres. Le tout a été livré au feu ; précaution que je prends également avec toutes vos lellres, en vous priant d'en faire autant des miennes.
Vous ferez ici la connaissance de monsignor Spada ; illuslre épée, à laquelle le Pape a confié son ministère de la guerre. Ses talents militaires sont pourtant encore sujets à contestation ; mais ce qui ne l'est pas, c'est son goût pour les arts et : es connaissances en minéralogie. Voilà pourquoi je vous le recommande ; les Schouvalof, avec lesquels il a fait ses études à Pise, vous en parleront. C'est d'ailleurs un homme du monde, fort agréable,
qui, chose nullement facile, a eu le bonheur de plaire à ma femme.
Une autre spécialité artistique, que je vous engage de même à cultiver, c'est Kaestner, le ministre de Hanovre; on le dit fils de la fameuse Charlotte de Werther, il est ici, depuis trente ans, et on le dit tiès instruit.
Adieu, très cher baron, je prends congé de vous pour longtemps; si je le puis, je vous écrirai quehjues mots de Vienne.
Le même au même.
Varsovie, 9 février 184(i.
En voyage, rien de plus difficile, mon cher Meyendorff, que de trouver un moment pour écrire, surtout lorsqu'on est, comme moi, obligé de se presser et qu'on se voit, quand on s'arrête dans une ville, comme moi à Vienne, tourmenté, tiraillé de tous les côtés, un peu comme Figaro : tutti mi vogliono, tutti mi chiedano. A Pétersbourg, à mon arrivée, ce sera pire encore, au moins pendant huit ou dix jours. Cependant je ne veux pas quitter Varsovie, où je suis depuis avant-hier et d'où je repars demain, sans vous remercier de votre lettre du 28 janvier, si palpitante d'intérêt, ou, si vous voulez, d'actualité, comme dirait Victor Hugo ou Alexandre Dumas, que m'a remise hier le courrier de Palerme.
Grâce en soit mille fois rendue à Dieu, nous voilà
enfin arrivés à un magnifique dénouement. Puisque l'amour s'est également mis de la partie, il ne reste plus rien à désirer : tout y est. Dans ce mariage, qui est évidemment l'œuvre de la Providence, car les hommes n'y pensaient guère lorsque la première proposition nous est tombée comme une bombe à Palerme. Cela étant, il est impossible que notre adorable Grande- Duchesse n'y trouve tout le bonheur qu'elle mérite. Mettez, je vous prie, à ses pieds l'hommage de mes plus sincères félicitations, et dites à l'Impératrice combien je partage la joie que son cœur maternel doit éprouver dans ce moment. Sa Majesté ne saurait en douter, car personne ne sait mieux qu'elle que l'avenir de sa fille était depuis des années l'objet de mes plus fortes préoccupations.
Far un courrier qui a passé ici la veille de mon arrivée, le Maréchal a reçu un mot d'Orlof, par lequel celui-ci lui mande que le consentement définitif ayant été donné par l'Empereur, l'annonce du mariage a été publiée à Saint-Pétersbourg. Un second feldjaeger a traversé Varsovie le même jour, portant à Stuttgardt une lettre de l'Empereur au Roi ; si j'avais déjà été ici, j'en aurais certainement profité pour écrire à Spitzemberg. Je trouverai donc mon cher Pétersbourg, nageant dans la joie et le bonheur, et l'Empereur de bonne humeur ; ce qui ne sera pas de trop pour les atlaires assez délicates dont j'aurai à l'entretenir, à la suite de mon séjour à Rome. Ce sera tout juste l'opposé de ce que j'ai trouvé à Vienne : Metlernich complètement à
ARCHIVES DU COMTE Cl!. DE ISESSELRODE. '287
bas, cherchant, sans toujours y réussir, à faire bonne mine à mauvais jeu; Mélanie* anéantie sous le coup, pleurant, à la lettre, toutes les larmes de son corps, et tout le public, qui, dans le siècle où nous vivons, n'est guère bienveillant envers les gouvernants, leur jetant la pierre d'avoir si sottement mené cette affaire ^ On aurait voulu profiter de mon passage pour la renouer. Comme vous le pensez bien, je m'en suis bien gardé et j'ai répondu à tout le monde : Ce qui est arrivé est arrivé. D'ailleurs, je me suis encore convaincu à cette occasion de la vérité d'un autre proverbe : Tout ce qui brille n'est pas or. Chez l'archiduc Etienne, l'espri/ vaut décidément mieux que le cœur; er hàngt immer den Mantelnach dein Wind ; il n'a aucune opinion à lui; il est toujours de l'avis de tout le monde et court, avant tout, après la popularité. Je ne sais donc pas si le gouvernement autrichien aura un jour en lui un représentant bien fidèle en Hongrie ; je crains que ce ne soit un second volume de papa. Plusieurs personnes, à même d'en juger, m'ont assuré que si le père et le fils avaient montré dans cette circonstance une ombre de caractère, ils l'auraient emporté et seraient venus à bout des obstacles suscités par le fanatisme des Impératrices.