Ministre de la justice
surtout sensible pour Metternich lui-même, qui avait dans Clam un appui aussi sincère qu'intelligent contre le parti Kolowrat*.
Adieu, mon cher Meyendorff, je vous renouvelle, comme toujours, mes plus sincères et mes plus invariables amitiés.
Le comte Dmitri de Nesselrode à sa mère.
Londres, 25 février 1840.
Après une excellente traversée, je suis arrivé, hier, à Londres où j'ai remis mes dépêches et paquets au cher baron qui aussitôt a fait inviter toute l'ambassade à dîner pour fêter mon arrivée. Vraiment la transition de Berlin à Londres est par trop forte et, pour ma part, j'en suis tout étourdi. C'est la seconde fois que je vois cette capitale et toujours elle produit la même impression. C'est d'un grandiose, d'une immensité qui vous écrasent. On se sent comme perdu, et plusieurs semaines se passent avant qu'on ne se retrouve. A peine arrivé, j'ai déjà un bal ce soir, grâce à lady Palmerston, qui m'a envoyé une invitation.
1, KoLowRAT-LiEBSTEiNSKY (François-Aiîloine, comte de), homme d'État autrichien, né en 1778, mort en 1861. Ministre d'État et de Cabinet (1826). Se retira des affaires après les événements de mars 1848 et vécut dans la retraite jusqu'à la fin de sa vie.
Comme le bateau à vapeur partait de Scheveningen, j'ai passé par la Haye et j'ai vu Maltitz. Il est très joliment installé et m'a parlé des affaires de Hollande. Figure-toi que le Roi persiste à épouser la comtesse d'Oultremont, ce qui ne manquera pas de compliquer les affaires. Les États généraux se rassemblent le mois prochain ; ils persisteront dans leurs demandes et vraisemblablement le Roi sera forcé de céder. S'il avait cédé d'abord, le mal n'eût pas été si grand pour lui qu'il le devient par sa résistance. Il est bien triste de voir un souverain gâter sa position de gaîté de cœur et préparer en même temps de grands embarras à son fils qui, toute sa vie, a dû souffrir des fautes de son père.
Adieu, chère maman, je t'écrirai plus longuement quand je serai casé à Ashburnham House.
Le comte Charles de Nesselrode au baron de Meyendorff.
Saint-Pétersbourg, 9 mars 1840.
Ce courrier, mon cher baron, est principalement destiné à annoncer à Brunnow sa nomination définitive en qualité de ministre. Les affaires y sont trop graves en ce moment; nos relations avec l'Angleterre en trop bon train d'amélioration pour que nous puissions retirer
Brunnow, même momentanément, sans inconvénient, sans nous donner, en quelque sorte, l'apparence d'abandonner le terrain. D'ailleurs, la présence de Brunnow à Darmstadt n'est plus aussi nécessaire, puisque le comte Orlof accompagne le Grand-Duc. Son départ est définitivement fixé au mardi 17 mars. 11 arrivera à Potsdam le 2 avril et y passera trois jours. C'est de Dresde qu'il vous arrivera. Vous voilà, cher baron, prévenu assez d'avance pour prendre vos mesures en conséquence.
Je n'écris presque rien aujourd'hui à Médem sur la question turco-égyptienne. Je serais même fort embarrassé de Ini donner une nouvelle instruction quelconque, au milieu de toutes les incertitudes dans lesquelles s'agite le cabinet anglais. On m'annonce un grand travail de lord Palmerston, destiné à fixer ces incertitudes et à nous faire connaître ce que veut définitivement, non seulement lord Palmerston, mais le cabinet tout entier. Ce ne sera que lorsque ce travail nous sera parvenu que nous pourrons prendre une détermination quelconque. Je regrette qu'il se fasse attendre, car ces retards sont vraiment honteux et très préjudiciables à la Porte. Ainsi ne soyez pas surpris si vous ne recevez pas de dépêche à ce sujet. En revanche, je vous communique ma correspondance avec Médem sur notre discussion avec la France. La dépêche que je lui ai écrite mettra fin, je l'espère, à cet incident et le comte PahlenS qui part dans le courant de la semaine, en