Ministre de Prusse à Pétersboarg
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Bciiiii. Lorsque vous saurez que le bul priueipal de celte mission n'est ni plus ni moins que d'amener le roi de Prusse à prononcer l'arrêt de mort de la république de Cracovie, qui n'est plus digne de vivre après ce qui vient de se passer, vous ne contesterez pas l'opportunité d'une telle détermination, et vous trouverez que notre bon Fonton n'est pas assez étoile, comme dirait le vieux Stackelbcrg, pour traiter une si grosse affaire. Puisque vous êtes à Naples, demandez à Lebzeltern l'histoire de cette épithète. Fasse le ciel seulement que Berg réussisse à faire exécuter le protocole de ïœplitz, que Bulow cherchait à désavouer.
Metternich a été parfait dans cette occasion et a mis la proposition en avant avec beaucoup de courage. A Berlin aussi on ne met plus de gants blancs; on a vu le danger de près. C'est un grand service qne les révoltés polonais ont rendu à la bonne cause, que de s'être rués sur Posen et la Gallicie. Cela ressemble un peu en petit au départ de Nqpoléon de l'île d'Elbe, en 1815; cela resserrera les rangs des trois puissances qui commençaient à s'élargir un peu trop.
Le choix de Berg me paraît le meilleur possible. Bochow me disait encore tout à l'heure : Meyendorff" l'aime et le Koi l'aime; il a été le camarade de Canitz sur les champs de bataille et tous nos généraux le connaissent. Et moi, j'ajoute qu'il a encore le mérite d'avoir vu de près l'Apollon du Belvédère et la Vénus Callipyge, (|u'il est, par conséquent, fort en état de suivre le Boi dans ses digressions artistiques et poé-
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tiques, avec lesquelles j'ai l'honneur, cher baron, de vous saluer, celles-ci n'étant à d'autres tins que de vous mettre au fait d'une détermination qui concerne une légation que vous présidez avec tant de gloire et de succès.
La co)utesse Charlen de Nesselrode à son fils le comte Dniitri de Nesselrode.
Rome, 25 mars 184G.
Ton pauvre père doil être à plaindre en ce moment ; il m'écrit que l'insurrection polonaise lui donne beaucoup de soucis et de travail, indépendamment des idées folles qu'il a à combattre. D'autre part, les affaires de Rome n'avancent pas ; on voit que l'Empereur n'y met pas de bonne volonté; il a envoyé tout ce qui concernait cette affaire à l'Héritier. Il faut espérer que celui-ci soutiendra mon mari, mais Pérowski a déjà su s'emparer de cette affaire, et ce qui est curieux, c'est que, depuis son arrivée, ton père ne l'ait pas encore vu.
Il y a une commission nommée pour les affaires de Livonie; Orlof, Pérowski, les délégués de la province, je ne sais qui encore, en font partie. Elle s'occupera, entre autres sujets délicats, du rapport des paysans avec les maîtres. Ce qu'elle décidera sur ce point aura un grand retentissement parmi nos sujets, pour peu, ce qui est probable, que les paysans soient favorisés.
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Ï/Aulriche en a l'ait rex])éiiencc en Gallicie; elle a eu le tort de pioléger les paysans et ceux-ci en ont prolilé pour tuer leurs maîtres. Voilà qui est tï'un bien bel exemple.
La comlessc Charles de Nesselrode à son mari.
Naples, 29 mars I8i(j.
En Angleterre, tout se passe bien. Si vous pouviez dans votre politique être sage et n'exiger que ce que la pure raison indique, comme tout tournerait en notre laveur. Voilà l'Autriche qu'on range à côté de la Russie pour la larder ni plus ni moins que celle-ci. Je me figure la surprise du prince de Metternich qui s'est cru infaillible aux yeux de l'Europe. La voilà de même en froid avec la Prusse, à cause des articles qu'ont publiés ses journaux. Tout ceci fumera longtemps jusqu'au moment où on se calmera. Si le principe n'en était pas triste, il y aurait de quoi rire sous cape. Je te plains, tu as de nouveau une rude besogne, celle d'apaiser les esprits, de faire voir les événements sous leur jour réel et de retenir les coups funestes. Ce rôle peut être beau, si nous nous bornons à être justes.
Toutes ces gazettes allemandes sont d'un libéralisme ellrayant et employent bien mal le grand mot de nationalité. Je n'aime pas le discours de Guizot, il se ter-
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mine bien, mais le commencemenl prouve ([u'il manque de sincérité. Tout ce qui se passe est de nature à faije rélléchir nos autorités au sujet des provinces allemandes. On devrait s'efforcer de dissiper l'iriùtation qui y règne. Les Livoniens ne demanderaient pas mieux que d'imiter les Galliciens dans leur conduite envers leurs maîtres.
Je viens de lire ce vilain Journal des Débals; je ne comprends pas que la censure laisse publier de tels articles. On dit qu'on fait dans toute la France une souscription en faveur des Polonais. Pour l'amour de Dieu, démontrez donc que l'histoire de la religieuse est fausse, d'une façon claire, et avec des détails, et vous désarmerez pour longtemps nos ennemis.
La comtesse Charles de Nesselrode à son fils le comte Dmilii de Nesselrode.
Saint-Pétersbourg, 0 avril 1840.
Le Journal des Débals m'a amusée, les discours des Chambres surtout. Ce n'est pas avec des paroles qu'on rétablira la nationalité polonaise et ce n'est pas avec la quête (|ui a produit un peu plus de six mille francs qu'on pourra former une armée invincible. Voici le prince de Metlernich mis sur le banc des accusés; ça doit lui paraître singulier. Que va-t-on dire encore h
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jiiopos du séquestre des biens de ce soi-disani, roi de Pologne? Je suis curieuse de voir si les zélés défenseurs de la Pologne aideront ce dernier de leurs deniers, car il ne lui restera pour vivre qu'à peine le strict nécessaire. Nous sommes à une époque intéressante et le plaisir que tu as d'être à même d'observer de près ce qui se passe dans les divers cabinets doit te consoler d'avoir quitté Rome que tu aimes.
Tu liras chez Kisselef une annexe à notre première réfutation, au sujet de cette infâme histoire de la religieuse. Si on ose y croire encore à présent, c'est que ce sera un parti pris.
En ce qui concerne les provinces allemandes, tout ira bien. L'Empereur a reçu la députation livonienne à laquelle s'étaient joints Pahlen, Lieven, MeyendorfT, l'aide de camp général ; il les a écoutés et a levé la séance en leur promettant solennellement, au nom de l'Héritier et au sien, de maintenir leurs privilèges et, le lendemain, il s'est entretenu pendant une heure et demie avec le délégué Lechleufeld.
La comtesse Charles de Nesselrode à son mari.
Naples, 8 avril 184C.
Les Chambres françaises sont en plein délire. Quoi
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qu'on en dise, c'est Boissy* qui a le mieux parlé sur celle histoire tragique que viennent de susciter les Polonais. Le discours de Villemain*, touten étant le mieux conçu, n'a rien prouvé en faveur de leur héros. Si ces malheureux veulent se nourrir de toutes les belles phrases dites dans les deux Chambres, ils pourront en avoir une indigestion. Que va-t-on dire lorsqu'on apprendra que les biens de ce roi de paille, qui, plus il vieillit, plus il se laisse traîner dans la boue, ont été mis sous séquestre? Guizotdoit parler contre ses convictions, car je le trouve très faible dans ses réponses. Je suppose qu'en ce qui touche l'avenir de Cracovie, les trois Puissances ont assez de poids dans la balance européenne pour faire accepter la décision qu'ils jugeront convenable.
Le Grand-Duc s'embarque aujourd'hui ; j'en ai le cœur tout gros, à la pensée qu'il se rend à Toulon où le prince de Joinville doit aller le rejoindre. Que diront les Français, de voir ce rustre de Lulke, toujours de mauvaise humeur, disant toujours non, traitant son élève comme on ne traiterait pas un simple lieutenant de marine, et grossier avec tous ceux qui sont placés auprès du Grand-Duc. Hier, en causant avec moi, il m'a témoigné la crainte qu'il avait qu'on en fît trop en France pour recevoir le Grand-Duc. Je lui ai
1. BoissY (Hilaire-Étienne-Octave Rouillé, marquis de), homme politique, né en 1798, mort en 1866. Pair de France (1859); sénateur (1853).
2. Villemain (Abel), littérateur français, ministre de l'instruction publique de 1839 à 1844, né en 1790, mort en 1870.
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répondu qu'il était tout naturel qu'on eût des égards pour le fils de l'Empereur. Oui, mais j'ai peur, a-t-il répliqué, que cela ne déplaise à l'Empereur. Je l'ai assuré que le Maître serait certainement très content de tout ce qu'on ferait pour son fils. Je ne te rapporte celte conversation que pour te prouver combien ce triste Mentor est peu digne de la mission qu'il a à remplir. A mon vif regret, le Grand-Duc ne connaît aucune forme de politesse, manque de tournure, questionne sans tact, n'a pas Tesprit de se gêner en quoi que ce soit et se comporte en gamin. L'Impératrice, en prévision d'un voyage qu'elle doit faire à Rome, garde auprès d'elle Grimm, le seul homme de l'entourage du Grand- Duc qni soit distingué et comprenne les convenances. Kisselef a écrit qu'il enverrait Ebling à Toulon, je regrette qu'il n'y vienne pas lui-môme.
I^ comte Charles de Nesselrode au baron de Meyendorff.
Saint-Pélersbourg, 10 avril 1840.
Veuillez, cher ami, prier notre adorable Impératrice de ne pas trouver mauvais que Médem n'aille pas la recevoir à Venise et ne l'accompagne pas à travers les Élats auhicbiens, ainsi qu'il l'a fait l'automne dernier.
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Il a <lo Irop gravos questions à traiter à Vienne pour pouvoii' s'ahsenler actuellement de son poste. 1/Empereur est, si convaincu du préjudice qui en résulterait pour les intérêts du service, qu'il lui donne l'ordre de ne pas bouger. D'ailleurs, m'a dit Sa Majesté : « L'Impératrice a Meyendorff auprès d'elle ; il connaît à fond l'Autriche et les Autrichiens ; elle n'a pas précisément besoin deMédem. » Faites, je vous prie, accueillir ces considérations à l'Impératrice; elle a l'esprit trop juste pour ne pas savoir les apprécier.
Notre pauvre Rochow a été bien souffrant du mal que vous lui connaissez. J'ai été le voir hier ; il va beaucoup mieux. Dieu merci, et espère pouvoir reparaître aux fêles de Pâques. Mais c'est son souverain et maître qui ne va pas bien et qui, au moral, est peut-être plus malade encore que son représentant ne l'est au physique. J'attends avec une vive anxiété ce que produira la double mission de Berg et de Ficquelmonl; jusqu'à présent, ce qu'elle a donné n'est guère satisfaisant. Quant à la question constitutionnelle, les délibérations des différents comités par lesquelles elle doit encore passer et où jusqu'à présent on est loin de s'entendre, les travaux préparatoires nous mèneront jusqu'à l'hiver. Vous arriverez donc assez à temps pour faire un peu de bien, si toutefois ce bien est faisable. Rochow ne peut assez déplorer votre ajjsence de Berlin.
Adieu, très cher baron, mille et mille fois merci pour vos charmantes lettres; si les miennes ne leur ressemblent pas, prenez-vous-en aux Polonais, aux
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iifTaires catholiques ol h cent mille autres tracas avec lesquels j'ai riionnenr d'être votre très dévoué.
Lo comtesse Charles de Nesselrode à son mari.
Rome, 16 avril 1846.
Je regrette infiniment que notre Impératrice ne soit pas venue ici, le Saint-Siège lui préparait une brillante réception comme pour une impératrice d'Autriche ; de heaux présents lui étaient réservés. Elle eût produit un ti'ès bon eflet sur la masse catholique, sans lui causer de plaisir toutefois. Le Pape et tous les cardinaux qui l'entourent en sont peines, ils espéraient en comblant d'égards notre souveraine loucher l'Empereur. Je crois, en effet, que cela aurait eu ce résultat ; on a eu tort en somme d'empêcher cette visite, c'est bête. L'Impératrice en a gros sur le cœur et m'en a parlé avec amertume.
Je n'ai pas encore vu Rossi, je n'ai pas voulu lui faire dire que j'étais arrivée, il l'apprendra. Ce pauvre Louis-Philippe, qui croyait ne plus servir de cible, vient encore de subir un attentat. Il a essuyé le feu de trois balles et en est quitte pour l'émotion. On ne croit pas que l'assassin ait de complices.
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Le comte Charles de ISesselrode au baron de Meyendorjf.
Saint-Pétersbourg-, o mai 1846.
Quoique vous m'ayez défendu de vous écrire, cher baron, il faut pourtant que vous receviez une lettre de moi avant de vous séparer de notre angéiique Impératrice. Je calcule que celle-ci pourra vous parvenir à Salzbourg dans un moment bien intéressant. Pourvu que le Roi* ne devienne pas trop amoureux de la Grande- Duchesse^ Quant au fils, il paraît que l'amour l'a changé du tout au tout ; les personnes qui étaient le plus prévenues contre lui le trouvent maintenant charmant. Voilà ce qui me revient de tous côtés, et je vous citerai entre autres la femme et la fille de votre ami Rochow qui dans leurs lettres de Stuttgard, ne tarissent pas en éloges sur son compte. Comme vous me l'écriviez un jour : c( der hat es faustdick hinter den Ohren » ; il tient plus qu'il ne promet à première vue. Cela vaut mieux que d'éblouir et de produire dès l'abord de ces grands effets dont il faut rabattre plus tard; c'est plus sûr, c'est plus solide. Et la conclusion que je tire de tout cela, c'est que notre 'délicieuse Grande-Duchesse sera heureuse. Mettez-moi, je vous prie, à ses pieds;