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322 ARCHIVES DU COMTE Cil. DE NESSELHODE.
nos affaires fussent terminées. Il me semble que l'on a été saisi de celte perte à Rome, ce qu'on s'explique aisément, étant donné l'état moral du pays. 11 est à craindre que les gens remuants ne se fassent voir sous un jour quelconque, mais les troupes autrichiennes, dont le nombre est augmenté, sauront en imposer.
Je crois t'avoir parlé du plaisir que m'a fait la nomination de Rossi; en ce moment, on doit se féliciter de voir en place un homme d'autant de moyens et d'un caractère si calme et si sûr. Je crains que la carrière de Monseigneur Spada ne soit achevée. Il n'eût pas tardé à être cardinal ; reste à savoir si le pape élu sera, à son égard, dans les mômes dispositions que le défunt. Je regrette fort de ne point être à Rome ; que de belles cérémonies vont avoir lieu et comme il sera intéressant de suivre le conclave! Il est probable qu'il durera et que, vu l'état actuel du Saint-Siège, les cardinaux s'efforceront de choisir pour succéder à Grégoire XYI un homme énergique et moins âgé. Les temps sont bien changés et le prestige de la papauté a subi plus d'une atteinte.
Que fait Alexis Strogonof au milieu des turpitudes du Portugal? On frémit aux menaces de ces révolutionnaires qui rappellent ceux de la première révolution française. Je ne puis comprendre que les puissances prépondérantes permettent à l'Angleterre et à la France de donner asile aux révolutionnaires de tous les pays ; je ne m'explique pas davantage que les Français et les Anglais n'aient pas honte d'héberger et de caresser tous
ces reptiles. Que d'innocents, entraînés, que d'existences, détruites à cause de ces misérables de tous les pays, qui jouissent à Paris et à Londres d'une certaine considération ! C'est horriblement scandaleux. On les protège au nom de l'humanité et de la civilisation. Quelle dérision !
Le comte Charles de Nesselrode au baron de Meyendor/I.
Saint-Pétersbourg, 13 juin 1846.
Le pyroscaphe de Stettin m'a apporté, mon cher baron, vos deux bonnes lettres du 6 juin. Merci et mille fois merci pour les détails si intéressants qu'elles renferment; tout ce que vous me dites du mariage, de vos conversations à ce sujet avec le roi de Wurtemberg m'a touché jusqu'aux larmes. Dans deux jours, je vais donc revoir cette angéliquc Grande-Duchesse, entourée d'une auréole de bonheur.
Quant aux insinuations politiques que le Roi vous a faites, c'est une autre chose; elles m'embarrassent, et je ne sais, en vérité, qu'en faire; le mieux sera, je pense, de n'y donner aucune suite. Si cependant le Roi vous avait chargé expressément de mettre son idée en avant et d'en faire une proposition à l'Empereur, il faudrait que vous m'écrivissiez ad hoc une lettre ostensible, que je puisse mettre sous les yeux de Sa Majesté.
Je ne vous cacherai pas toutefois que je ne prévois aucune chance de succès; peut-être consentirait-on à une lettre de notification, mais le « monsieur mon frère » n'y figurerait point, et alors la démonstration produirait plutôt un mauvais effet, tout opposé à celui que désire le Roi; et quant à cette concession, l'Empereur ne l'accordera pas tant que Louis-Philippe vivra ; j'en ai la certitude. Beaucoup de généraux ont perdu des batailles parce qu'ils se croyaient plus battus qu'ils ne l'étaient en réalité; c'est un peu l'effet que me fait le roi de Wurtemberg, lorsqu'il désespère déjà à présent du salut de l'Allemagne et qu'il veut se jeter dans les bras de la France. Il faut qu'il ait bien vieilli pour se laisser aller à un tel découragement.
J'ai pris note de votre recommandation de flatter la vanité de Canitz. Nous nous entendrons très facilement sur ce point avecRochow.il regarde, lui aussi, la grande convocation des États pour le printemps prochain comme inévitable; il n'a pas une idée de ce qui a été arrêté dans la commission; il paraît qu'on en fait un secret à Berlin. Rochow sait seulement que les protocoles des séances ont été soumis au Roi et qu'il ne s'est pas prononcé encore entre l'opinion de la majorité et celle de la minorité. Petit à petit, vous parviendrez à y voir plus clair et à savoir précisément en quoi consistent l'une et l'autre opinion.
Quant à la censure, je suis charmé qu'on ait renforcé les instructions et les ordonnances; mais dans cette question, tout dépend de l'application, sans laquelle
les meilleurs principes ne sont rien. Entre les mains de censeurs et de juges imbéciles ou malveillants, les meilleurs règlements restent sans effet; voilà pourquoi je pense que Canitz ferait bien de demander l'admission comme juge du tribunal suprême d'un employé de son ministère, sur l'énergie et la sagacité duquel il puisse compter. Mieux vaudrait supprimer tout à fait ce tribunal; mais le Roi le voudra-t-il, lui qui en est l'inventeur?
La comtesse Charles de Nesselrode à son mari.
Baden, 25 juin 1846.
Les Polonais sont enthousiastes du roi de Prusse qui fait rassurer sous main les révolutionnaires enfermés et leurs parents; aussi disent-ils bien haut qu'ils ne feront rien contre lui.
Un lord anglais, catholique, arrivé ici depuis hier, a passé par Fribourg où il s'est entretenu avec les Jésuites au sujet du pape à élire et du choix qui semblait devoir prévaloir. Ces Jésuites n'ont pas hésité à lui nommer celui qui vient d'être élu. C'est curieux.
J'espère que l'on t'aura envoyé de Paris une lettre adressée par un gentilhomme polonais au prince Metternich. Elle est admirablement écrite et se termine par quelques pages nous concernant et sanctionnant.
pour ainsi dire, le seul moyen susceptible d'amener un changement heureux entre nous et les Polonais. C'est le Roi qui m'a prêté cet intéressant petit imprimé; je vais faire dire à Kisselef, pour le cas où tu ne l'aurais pas lu, de te l'envoyer.
Le comte Charles de ISesselrode au baron de Meyendorff.
Saint-Pétersbourg, 25 juillet 184G.
J'aurais, mon cher Meyendorff, beaucoup de choses à vous dire, mais je n'en ai malheureusement ni le temps ni les forces : les fêtes et les chaleurs m'ont abîmé. Je crois que ces dernières nous ont été apportées de Palerme par Serra di Falco*. Donc, si vous voulez avoir des détails sur nos fêtes, demandez-les à Menschikof ; quant à moi, je me bornerai à ajouter que tout s'est passé à merveille ; les jeunes mariés sont plus amoureux que jamais l'un de l'autre. Que cela dure, et nous n'aurons pas à regretter la part que nous avons pu prendre à cette bonne affaire.
Après avoir passé trois jours à Jelaguin, la cour est repartie hier pour Péterhof. Le prince de Prusse reste
1. Serra di Falco (Domenicode La Passa Pietrasanta, duc de), homme d'État et célèbre archéologue italien, né en 1780, mort en 1863.
encore ici aujourd'hui et je dînerai avec lui chez Hochow.
A Peterhof, j'ai eu avec lui une longue conversation, mais peu satisfaisante, comme vous le pensez bien. 11 m'a raconté au long tout ce qui s'est passé et tout ce que veut le Roi; tout ce qu'il a dit et fait en vain pour l'empêcher de se laisser aller à ses aberrations, dont il est difficile de tirer une conclusion. De mon côté, je n'ai eu à lui offrir que des doléances générales; cependant j'ai cru devoir le rendre attentif à une circonstance qui se rattache au changement de ministère en Angleterre, et sera probablement la première conséquence de la différence qu'il y a entre les vues et les principes d'Aberdeen et de Palmerston. Le premier est monarchique et déconseillait au roi de Prusse de donner une constitution à son pays, et aimait par tradition l'alliance des trois cours continentales; et malgré ses cajoleries envers Louis-Philippe, il cherchait à la maintenir et voyait en elle un appui pour l'Angleterre, pour de futurs contingents qu'il n'excluait jamais de ses prévisions. Avec Palmerston ce sera le contraire : il veut qu'il y ait des constitutions partout. Il se gardera donc bien de décourager les idées du Roi; filr ihn isl es ein f/efandenes Fressen; il les cajolera, les fortifiera et se servira à cet effet de Runsen, qui est l'homme tout trouvé pour cela. Par ce moyen, il se flattera de faire une trouée dans notre alliance orientale qui est pour lui une épine dans le pied. 11 sait bien que dans cette question, comme disait feu le maréchal Moellendorf, il
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n'y a rien à espérer de nous. Il attaquera donc le point faible et vulnérable de notre position, qui est la Prusse; notre lâche sera de contrecarrer cette tendance et ce travail. A bon entendeur, demi-mot suffit; vous saurez, mon cher Meyendorff, ce que vous aurez à faire et quel parti tirer de l'indication que je viens de vous offrir.
Vous devez avoir appris déjà que vous conservez Westmoreland*. Ce ne sera pas un antagoniste bien formidable. Son maintien dans le poste de Berlin est, dans tous les cas, une attention de Palmerston pour le roi et la cour de Prusse, faite pour nous confirmer dans les suppositions que je viens de vous énoncer.
Dans votre lettre du 15 juillet, vous m'informez des insinuations du comte Dzialynski'; j'attends votre rapport officiel pour en rendre compte à qui de droit ; il y avait dans votre lettre certains passages qui m'ont empêché d'en faire usage dès à présent.
\. Ministre d'Angleterre à Berlin.
2. DziALYNSKi (Adam-Titus, comte), historien et patriote polonais, né en 1795, mort en 1861.
La comtesse Charles de Nesselrode à son mari.
Baden, 26 juillet 1846.
Souvarof est de retour de Stuttgard et restera encore quelques jours ici; il m'a vivement intéressée en me donnant des détails sur ce qui se passe chez nous; il a beaucoup de sens. L'Empereur lui a parlé de ses griefs contre la Bavière et la Prusse, et l'a chargé d'en entretenir le roi de Wurtemberg. Ceci est un peu au-dessus de ses moyens. Il m'a dit avoir été frappé de la précision et de la justesse des réponses du roi. C'est le seul souverain qui ait acquis de l'expérience et qui conçoive qu'il faille faire des concessions à la marche du temps, mais il les fait de manière à ne rien compromettre et agit toujours avec une grande modération. Je regrette que depuis le rapprochement des familles, il n'ait pas vu l'Empereur; je crois que sa façon de juger les événements aurait pu avoir une heureuse influence sur l'esprit de notre souverain. Il m'est pénible de voir partout la prospérité, la richesse et de n'entendre parler chez nous que de misère, de famine, de mécontentement, alors qu'il n'y a pas un seul gouvernement qui fasse plus de sacrifices que le nôtre pour soulager les malheureux. On m'assure à propos de la richesse qui règne ei France qu'il n'a manqué cette année dans le
revenu de l'État que 40000 francs pour balancer les dépenses.
Le catholicisme devient un brandon et semble moins se soucier des principes de l'Évangile que des Polonais qui s'agitent à Paris, à Londres et à Bruxelles. Le roi de Wurtemberg prétend que si nous en finissions avec Louis-Philippe et étions avec lui en bonnes relations, il saurait mettre un frein à ces menées polonaises; je ne le pense pas. Le discours de Montalembert, si bien réfuté par l'Autriche, est mensonger depuis le commencement jusqu'à la fin, et cet homme croit être agréable à Dieu et passe pour un demi-saint. C'est hideux; à mes yeux, il est plus coupable que ceux qu'on conduit au gibet. Il se commet dans ces pays catholiques nombre d'atrocités qui passent inaperçues. Zénéide Lebzeltern a écrit à Hélène que son cœur se soulevait chaque fois qu'elle pensait au pape défunt. Elle dit que dès que sa maladie a présenté de la gravité, ses serviteurs l'ont dépouillé et n'ont plus laissé personne entrer chez lui, sous prétexte qu'il était trop faible ou qu'il dormait. Ce n'est qu'au moment de son agonie qu'ils ont averti le cardinal Lambruschini. Lorsque les médecins ont procédé à l'embaumement, ils se sont tous écrié, en constatant que les intestins étaient vides, qu'il était mort de faim. Le fait est qu'on ne lui a rien donné les derniei's jours, en prétendant le tenir au régime. Il devait succomber quand même, sans aucun doute, mais ces privations ont hâté sa fin. Dans les temps de barbarie on n'aurait pas été plus
cruel, et pour que Zénéide mande une telle nouvelle, il faut qu'elle soit vraie. On ne peut imaginer tout ce que font les Jésuites pour attirer à eux les jeunes personnes ayant une dot, et ce sont ces mêmes gens qui épluchent si scrupuleusement nos moindres actions. Je suis persuadée que maintenant il y aura plus de menées encore pour empêcher tout rapprochement entre nous et le Saint-Siège. Le seul moyen que nous aurions de confondre nos ennemis, ce serait de nous entendre sur nos différends avec le Pape.
Maintenant que je vois Gortschakof de près, je me convaincs qu'il ne doit occuper aucun poste important. Il a certainement des moyens, mais il est tellement agité qu'il gâte tout et ne se fait aimer ni par ses collègues ni par la société. En outre, il ne fait aucuns frais, ce qui n'est pas une très bonne note. Il fatigue le Roi. Je ne le crois pas bon pour Naples et il serait regrettable qu'on lui donnât ce poste auquel il aspire.
La même au même.
Baden, o août 1846.
Les affaires de Gallicie ont produit certainement, même parmi les Polonais, une réaction en notre faveur; cela me revient de sources différentes et pour peu qu'on
se radoucisse chez nous, qu'on sache profiter de cette heure intéressante et opportune, il nous sera facile de donner un autre cours à ces sentiments haineux ou tout au moins de les atténuer. L'Empereur pendant son dernier séjour à Varsovie s'est montré bienveillant;, on prétend même qu'il a reproché au maréchal d'avoir annulé la société par son excessive sévérité,. je dirai, moi, plutôt par son manque de tact. Cela a eu du retentissement et l'on fait des vœux pour qu'il persiste dans cette nouvelle voie. Les Autrichiens n'en sont rien moins que satisfaits et plusieurs en ont parlé avec dépit. Cette attitude nouvelle enlèverait une fière arme aux réfugiés, mais pour parvenir à un bien réel et obtenir de sérieux résultats, il faudrait que le maréchal, qui est bon au fond, fût moins défiant, mieux entouré et qu'il eût une autre femme. Je n'exige, tu le vois, que de légers changements. Il faudrait, en outre, faire un bon choix pour Kiev. Pour le rôle de pacificateur qui convient, vous trouverez à Pétersbourg des hommes d'esprit large et ferme. Il est urgent de prendre un parti, on ne peut passer sa vie à grincer des dents, d'un côté comme de l'autre.
Je reçois de bien mauvaises nouvelles de Rome; ce gouvernement éprouve des embarras de tout genre, notamment avec les nouveaux amnistiés qu'il faut placer et nourrir. On peut leur servir des ortolans si on veut, ils ne s'en feront pas moins emprisonner encore, pour la plupart. On assure qu'il n'y avait pas moyen de repousser cette amnistie. C'est possible, mais j'ignore
comment le Saint-Siège pourra se tirer de la situation difficile où il se trouve.
Le comte Charles de Nesselrode au baron de Meyendorff.
Saint-Pétersbourg, 15 août 184G.
Vous m'avez beaucoup écrit tous ces temps-ci, mon cher baron, et vos lettres, comme toujours, étaient pleines d'intérêt. Moi, par contre, je suis fort arriéré envers vous; mais aussi le moyen de rassembler ses idées et de les mettre par écrit quand on est condamné au mouvement perpétuel. D'ailleurs, que vous dire d'ici, que répondre à vos tropjusteslamentationssur les aberrations prussiennes? Comme nous ne pouvons rien y changer, j'ai pris le parti de ne plus m'en préoccuper et d'attendre avec calme ce que le temps amènera. Tout ce que je puis vous dire, c'est que le prince de Prusse, avec lequel j'ai eu plus d'une conversation sur ce triste sujet, est très découragé, et notre ami Rochowde même. Plus j'apprends à connaître ce brave homme, plus je l'aime, et j'espère qu'il sera à l'abri de tout revirement diplomatique que l'on voudra faire en Prusse; je lui voudrais seulement une meilleure santé.
En ce moment, tous ces messieurs sont aux manœuvres, qui dureront jusqu'au 19 août et me donnent un
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peu de répit; j'en profiterai pour mettre la dernière main aux instructions de Bloudof, qu'il me tarde de faire partir: j'espère qu'il pourra se mettre en route le 24 août, au plus tard. 11 a toujours l'intention de passer par Berlin ; mais comme il est de toute nécessité qu'il passe par Varsovie, je ne sais s'il lui sera possible de donner suite à ce projet. Cette affaire m'a donné beaucoup de fil à retordre. Grâce à Dieu, elle s'est encore assez bien terminée, et la cour de Rome obtient tout ce qu'elle peut raisonnablement demander.
Un mot encore sur les lettres patentes du roi de Danemark. Notre opinion est qu'il est parfaitement dans son droit quant au Schleswig; et comme il ne se prononce pas sur la question Holstein, nous n'avons eu aucun motif de nous opposer ou de protester contre cette déclaration ; il est, au contraire, de notre intérêt de la soutenir par des considérations politiques qui doivent nous faire désirer le maintien de l'intégrité de la monarchie danoise. Aussi avons-nous vivement reproché au duc d'Oldenbourg sa protestation et sa prétention ridicule de se poser en représentant de la maison de Holstein-Gottorp en .Allemagne. Sa renonciation aux droits qu'il avait sur le Schleswig est aussi formelle que celle de l'empereur Paul, et il n'oublie qu'une chose : c'est que ce n'est qu'en vertu de ces renonciations qu'il possède les duchés d'Oldenbourg et de Delmenhorst. Quant au Holstein, c'est une autre affaire, et je ne sais comment le roi de Danemark s'en tirera. Là, nos droits sont positifs : nous n'avons renoncé qu'en faveur de la
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descendance masculine, et mon opinion serait de n'en faire de sacrifice actuellement que dans le cas où le roi de Danemark parviendrait à s'entendre avec les Augustenbourg et les Glucksbourg, ce qui me paraît bien difficile et peu probable, car quelles indemnités leur offrir pour un si beau duché !
Vous voyez, mon cher Meyendorlf, que je me suis donné le plaisir d'étudier de près celle question si compliquée; et quoique nous ayons les tiroirs pleins de mémoires et de rapports, je ne refuse pas le travail que vous m'ofTrez. Je sais qu'il en existe un aux affaires étrangères, que Bulow a fait faire dans le temps ; il ne vous sera, je pense pas, difficile d'en obtenir une copie de l'obligeance de Canilz, ce qui épargnera la peine d'en faire confectionner un ad hoc.
Le prince de Metlernich n'accouche pas encore de son projet de communication aux cours maritimes sur l'affaire de Cracovie; il a vu le roi de Prusse. Il ne sera pas sorti grand'chose de leur entrelien. Vos prochaines dépèches nous apprendront ce qui se sera passé entre ces deux « antipodes ».
356 ARCHIVES DU COMTE Cil. DE NESSELRODE.
La comtesse Charles de Nesselrode à son mari.
Baden, 20 août 1846.
Le roi de Wurtemberg est venu me voir avant son départ et m'a confié les inquiétudes que lui cause son beau-fils, le prince d'Orange. On craint qu'il ne devienne fou ; il n'y aurait pas de mal à ce qu'il le devînt complètement; sa conduite est celle d'un franc libertin, il est d'une brutalité révoltante et fait le malheur de sa femme. On le méprise dans le pays et Ton dit hautement qu'il ne régnera jamais. Sa mère s'est aperçue de son état et a fait avertir sa belle-fille de se tenir sur ses gardes. Il effraye jusqu'à ses propres enfants. Le Roi ne s'explique pas que le roi de Hollande, qui a de l'esprit, ait si mal élevé ce fils.
D'après ce que disent ici les Messieurs des provinces, Pérowski, malgré les ordres de l'Empereui', va son petit train. On dit la Courlande menacée comme la Livonie; il n'est pas homme à s'arrêter, c'est d'autant plus triste que le mal qu'il fait est irréparable, he vent de folie souffle partout; il y a de quoi frémir, rien qu'en lisant la description de la fête nationale qui vient d'avoir lieu dans le canton de Vaud.
Le comte Charles de Nesselrode au baron de Meyendorff.
Saint-Pétersbourg, 29 août 1846.
Le dernier pyroscaphe de Stettin m'a apporté, mon cher baron, votre lettre du 21 août; je me hâte d'y répondre par le présent courrier, que j'envoie à Paris pour notre affaire commerciale. Malheureusement je n'ai pas beaucoup de temps à vous donner, je n'irai donc qu'au plus pressé. L'Empereur ne m'ayant donné aucun ordre de vous faire une réponse officielle sur l'affaire de Dzialynski, j'ai mieux aimé laisser tomber l'affaire; car je ne sais, en vérité, comment on pourrait faire d'une conversation un acte d'accusation devant les tribunaux et sans eux rien ne peut se faire en Prusse ; chez nous on ne ferait pas tant de façons. Il suffit que le Roi sache ce que c'est que ce gaillard pour lequel il mettrait sa main au feu, et ce but est atteint. Vous avez donc bien fait de vous refuser à la proposition de Bodelschwingh. Pour arrêter Dzialynski, on a laissé échapper le vrai moment : celui où on conspirait ouvertement sur ses terres à Posen, ce qui ne peut s'être fait entièrement à son insu.
Le Prince de Prusse nous a quittés mardi, très content de son séjour parmi nous. Plus on le voit et plus on l'aime. Le bon Rochow, qui a fait une longue station à Péterhof, nous est revenu enchanté et comblé des bontés