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et de la confiance que l'Empereur lui a témoignées. C'est pour moi un vérilable bienfait que sa nomination; nous nous entendons à merveille, et c'est celui de tout le corps diplomatique avec lequel j'aime le mieux à parler d'affaires. Je n'en excepte pas même Colloredo, qui est toujours par trop officiel et avec lequel le laisser aller est presque impossible.
Je vous ai écrit longuement sur la question soulevée par les lettres patentes du roi de Danemark. A en juger par ce que vous m'en dites dans votre lettre, je pense que vous approuverez l'attitude que nous avons prise. Plus je me creuse la tète, plus je trouve que la question du Holstein est insoluble, et je ne sais, en vérité, ce que le roi de Danemark pourra nous proposer. En attendant, elle a terriblement agité le pays et nous a fait perdre votre collègue Reventlow' ; tandis que nous sommes complètement tombés en disgrâce auprès du duc d'Oldembourg, qui ne se lient pas pour battu et s'accroche aux sophismes de quelques publicistes allemands pour revendiquer des droits aussi bien sur le Schleswig que sur le Holstein. Comme il est aussi entêté qu'il est bête, il nous causera encore beaucoup d'ennuis dans cette affaire.
On aura reçu à Berlin les communications que le prince Metternich nous a adressées sur l'affaire de Cra-
1. Reventlow-(;riminil (Henri, comte de), homme politique danois, ministre des affaires étrangères (1845). Donna sa démission, lors du soulèvement des duchés (23 mars 1848) et reçut le titre de commissaire. Après la pacification générale, il accepta le ministère du llolstein-Lauenhourg, dont il se démit en 1855.
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covie. Je porte demain à Péterhof nos réponses que j'espère pouvoir vous communiquer mardi prochain par la poste; elles renfermeront, si l'Empereur les approuve, une adhésion complète aux propositions de Metternich. En attendant, vous aurez appris ce qui s'est passé au Parlement. Hier, j'ai reçu une expédition deBrunno^v; c'est du Palmerstori tout pur. Déjà, il a tenu sur cette question un langage presque menaçant à l'ambassadeur d'Autriche, qu'il renforcera par les instructions dont il munira lord Ponsonby. Son but est clair : il veut intimider l'Autriche et la Prusse; à nous, il n'ose encore se frotter. Votre tâche sera donc, mon cher baron, d'empêcher que le Roi et son cabinet se laissent intimider. Si, tous les trois, nous tenons bon, soyez sûr que tout se terminera de la part de la France et de l'Angleterre par beaucoup de déclamations aux Chambres et une feuille de papier appelée protestation. Ainsi soit-il! Et sur ce, très cher ami, je vous renouvelle mes plus sincères amitiés.
La comtesse Charles de Nesselrode à son mari.
Paris, 50 aoùL 1846.
Je n'ai pas voulu l'écrire, cher ami, dès mon arrivée ici, espérant, en la retardant un peu, pouvoir donner plus d'intérêt à ma lettre, mais c'était trop de prétcn-
tion, je ne puis que t'enlretenir de mon passe-temps et te parler du monde que je vois. J'ai cru, en partant, ne rencontrer ici que peu de personnes de connaissance, et il se trouve que j'en ai trop pour le peu de temps que j'ai à passer à Paris, d'autant plus que la plupart d'entre elles me sont sympathiques. Tu conçois la salisfaction que j'aie eue de revoir Mme Swetchine qui est immuable dans ses belles et hautes qualités, comme dans le charme de son esprit; sa santé est passable. Mme de Larochejaquelein a quitté son château pour venir passer quelques jours avec moi ; c'est aussi une vieille amitié qui persiste malgré la distance qui nous sépare et les années où nous sommes sans nous voir. Je l'ai trouvée très calme; l'âge, la ruine de ses rêves qu'elle n'espère plus voir se réaliser, ont contribué sans doute à l'apaiser. Toutes mes journées sont partagées entre ces deux amies, le peu d'heures qui.me restent est consacré aux visiteurs et je n'ai» en somme, pas le temps de lire les gazettes. La première personne que j'ai vue en arrivant est Kokochkin; il se dispose à partir et vous arrivera par mer. Kisselef, toujours gai et charmant est généralement bien vu. Je suis allée chez la princesse Lieven qui malgré le beau temps a pris ses quartiers d'hiver. Elle donne demain un grand dîner où seront l'ambassadeur d'Angleterre et nombre de hauts personnages; je crois que ma curiosité y trouvera de quoi se satisfaire.
M. de Barante n'a pas du tout changé; il attend avec impatience le retour du traité de commerce pour
rejoindre MmeBarante. Il serait trop long de te nommer toutes les personnes que je vois, d'autant plus que chaque jour m'apporte une surprise, c'est ainsi que j'ai rencontré Mme Flahaut et la comtesse Panin, que je ne m'attendais pas à trouver ici.
{^'Septembre. — Le dîner de la princesse Lieven a été très agréable; le couple Normanby*, M. Guizot que j'avais pour voisin de table, le duc de Broglie, le duc Pasquier, Barante, Kisselef, Pahlen y ont pris part ; il a été servi à la russe et était très bon ; depuis mes voyages, je suis plus à même que jamais d'apprécier un bon dîner.
J'ai rencontré Lagrené chez Mme Swetchine, il a beaucoup parlé de la Chine, mais en l'écoutant, je pensais à notre petit Lubimofqui a plus longtemps séjourné à Pékin et dont les récits sont autrement intéressants.
Le comte Bossi arrivera à la fin du\mois. J'aurais bien voulu savoir ce qu'il pense du nouveau Pape et de tous les changements qu'on projette, mais, hélas ! je ne serai plus à Paris et n'aurai pas le plaisir de le revoir.
\. NoRMANBï (Constantin-Henri-Philippe, marquis de), homme d'État et écrivain anglais, né en 1797, mort en 1865, ambassadeur à Paris (1846).
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