‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 4)Chapitre 57 sur 69 · I.e comte Charles de Nesselrode au baron de Meyemlorfj · texte numérisé non relu

I.e comte Charles de Nesselrode au baron de Meyemlorfj

Saint-Pétersbourg, 7 septembre 1846.

Cette lettre n'est à d'autres fins que de vous recommander l'incluse que vous voudrez bien garder jusqu'à l'arrivée de ma femme à Berlin pour la lui remettre à elle-même. Entre mari et femme, on aime à bavarder à son aise, et l'idée d'une perlustration vous gêne toujours plus ou moins.

Notre ami Lieven', qui est porteur de mon épître, vous mettra au fait de tout ce qui pourra vous intéresser chez nous. Il est à même de répondre à toutes vos questions, surtout en ce qui touche à ces malheureuses affaires de Livonie, qui sont loin encore d'être rentrées dans l'état normal d'où on a eu le tort de les faire sortir.

Je me réfère donc à ce qu'il vous dira et me borne aujourd'hui, cher baron, aux assurances renouvelées de mon plus sincère attachement.

P. S. — Pour l'amour de Dieu, qu'on ne se laisse pas intimider à Vienne et à Berlin, surtout par les discours tenus au Parlement anglais sur l'affaire de Cracovie. C'est évidemment la tactique de Palmerston : il veut nous faire reculer et nous tourmentera beaucoup

1 . Baron Guillaume Lieven, aide-de-camp général de l'empereur do Tlnssie.

ARCHIVES DU COMTE Ciï. DE NESSELRODE. 540

dans ce but. Mais si nous tenons bon, il en sera pour ses peines et ses écritures, et tout finira par une feuille de papier, appelée protestation. C'est également la conviction de Brunnow.

Le même au même.

Saint-l*étersbourg, -15 septembre 1846.

Vous savez certainement déjà que Palmerston, avec son ardeur habituelle, s'occupe beaucoup de notre affaire de Gracovie. Il était déjà tombé à bras raccourcis sur Dietrichstein* et Bunsen; dernièrement le tour de Brunnow est venu. Je vous envoie le résumé de sa conversation avec Palmerston ; il vous prouvera que notre représentant ne s'est pas mal tiré d'affaire et qu'il n'en dit ni trop ni trop peu. Je vous avoue que toutes ses menaces ne m'inquiètent pas beaucoup, si on tient bon et si on ne recule pas à Berlin et à Vienne. C'est sur cela que compte Palmerston; voilà pourquoi il attaque avec tant de vigueur ce qu'il regarde comme le côté faible de notre position. La protestation, nous ne

1. DiETRicHSTEiN (Mauricc, comte de), diplomate autrichien, né en 1806, mort en 1852, conseiller intime et chambellan de l'Empereur, fut jusqu'au mois d'août 1848 ambassadeur à Londres. Il remplit à Paris, en 1851, une mission extraordinaire, relativement à l'incorporation de l'Autriche et des provinces qui lui appartiennent.

l'éviterons pas; il faudra en prendre notre parti et ne pas nous laisser arrêter par elle. Le seul inconvénient que nous aurons à supporter pendant quelque temps, c'est de voir l'entente cordiale se resserrer et la plaie que vient de lui faire le double mariage de l'Espagne se cicatriser. Heureusement, cela ne sera pas long ; Palmerston trouvera toujours de quoi se quereller avec Guizot; le monde est assez grand et renferme assez d'éléments pour cela.

Ce bateau vous amènera Struve'. N'attachez à son apparition aucune importance politique; il va tout uniment chercher sa femme et faire connaissance avec son nouveau gendre. Je l'ai autorisé à vous mettre au fait de ce qui s'est passé et a été arrêté dans notre comité catholique, dont il était le rapporteur.

Je ne vous parle pas de l'affaire du Holstein; elle devient très mauvaise, et je ne sais comment le Roi s'en tirera. La retraite du comte Reventlow-Criminil, si dévoué au Roi et si populaire dans le pays, est un bien fâcheux symptôme ; on nous avait annoncé son frère, le ministre des affaires étrangères*, mais il paraît que son arrivée est ajournée. Nous ne désirons pas cette mission et chercherons à en dissuader le Roi, dans son propre intérêt; car envoyer, en quelque sorte, prendre le mot d'ordre à Saint-Pétersbourg, ne saurait lui faire aucun bien dans l'opinion publique déjà si irritée contre lui.

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