Consul de Pussie à Rostock
r.G2 AHCHIVES DU COMTE CIL DE NESSELRODE.
(l'une idée, comme il l'appelle : celle de faire suivre nos réponses aux protestations d'une déclaration générale des trois cours. Je n'ai rien contre; mais l'Empereur étant absent, je dois me réserver de me prononcer plus tard.
Notre ami Canitz veut à toute force faire de la haute politique; c'est, mon cher Meyendorff, un grand malheur. Rochow vient de me lire de longues dépêches sur la question des mariages espagnols qui n'ont vraiment ni queue ni tête. Dans la crainte du rétablissement de l'entente cordiale, il donne tête baissée dans la plus absurde des combinaisons et veut que nous l'adoptions et l'appuyions à Vienne. Faites-lui donc compi'endre que notre position est devenue, après l'affaire de Cracovie, la plus belle du monde. En nous prêtant aux propositions de l'Angleterre, nous la gâterions infailliblement et même très gratuitement, car nous n'obtiendrions rien en retour. Depuis 1840, la cordiale entente n'est plus qu'un vain mot; malgré les visites au château d'Eu, à Windsor, les deux intimes alliés ont manqué dix fois de se prendre aux cheveux, tantôt pour Pritchard, tantôt pour le Maroc, tantôt pour les nègres; c'est donc un véritable fantôme que se fait Canitz. Il en sera de même à l'avenir, car les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets. Nous n'avons donc pas besoin d'entrer dans la voie absurde et dangereuse dans laquelle Palmerston voudrait nous engager pour empêcher que l'alliance de l'Angleterre et de la France redevînt trop intime et, par conséquent
trop nuisible pour nous. D'ailleurs, qui sait où Palmerston peut nous mener? Aller à la remorque d'un tel pilote, n'est, certes, pas un rôle bien digne à jouer pour les trois puissances; le suivre dans toutes les entreprises que sa fougue et sa haine actuelle contre la France peuvent enfanter ne serait pas d'une bonne et sage politique. Quand on a dit A, on est forcé de dire B. N'en déplaise à Canitz, j'aime mieux notre attitude actuelle et je pense que le prince Metternich sera du môme avis. J'ignore encore ce que dira l'Empereur des dernières communications prussiennes; ce n'est que demain que je pourrai les lui soumettre. Ainsi, ne regardez encore tout ce que je viens de vous exposer que comme le reflet de mes impressions personnelles.
Vous aurez déjà appris que l'Empereur nous est revenu inopinément vendredi passé. L'accident qui l'a forcé de rétrograder aurait pu devenir fort grave ; heureusement que l'Empereur et Orlof en ont été quittes pour avoir eu les pieds mouillés et se portent h merveille l'un et l'autre'.
Tout à vous.
P. S. — La protestation française n'est pas arrivée encore.
1. La glace sur la Vistule s'était efTondn^e sous la calèche de l'Empereur.