IV
la stagnation dans cette branche de son commerce.
Depuis que les ordres du Conseil subsistent, il n'y a plus en Europe de neutralité légalement avouée. L'accès des côtes et des ports que les décrets français n'ont pas pu atteindre, n'a point été compromis par les ordres du Conseil, et le commerce indirect et clandestin qui a eu lieu, en dépit des décrets, a été plutôt favorisé que contrarié par ces ordres. En soutenant que les mesures de représailles du gouvernement anglais n'ont rien ajouté aux mauvais effets que les décrets de l'ennemi ont eu pour les rapports de commerce avec l'Europe, je ne puis, ni ne désire même beaucoup pouvoir aborder dans la discussion, les avantages positifs que plusieurs défenseurs des ordres du Conseil leur ont attribués sous ce même point de vue. Mais quelles que soient la nature et la valeur de ces avantages (vivement contestés par d'autres) je n'y comprendrais jamais l'extension donnée, en dernier lieu, au système des licences. Si ce système a fait du bien au commerce anglais, il me semble que l'on ne peut point en réclamer le mérite pour les ordres du Conseil, mais, par la même raison, je trouverais extrêmement injuste de les rendre responsables des inconvénients et aes abus qui ont accompagné le système des licences. Jusqu'ici nous n'avons fixé notre attention que sur les changements que la révocation des ordres du Conseil opérerait dans les rapports directs entre l'Angleterre et les États-Unis de l'Amérique.
On est accoutumé à regarder les ordres du Conseil
comme la cause principale du méconlenlement qui d'abord a produit tous ces malheureux actes prohibitifs par lesquels tout commerce légal entre l'Amérique et l'Angleterre se trouve suspendu, qui a dérangé toutes les relations politiques, envenimé toutes les discussions entre les deux États, et s'est enfin développé au point de les menacer d'une rupture ouverte. Il me paraît bien plus juste de considérer les ordres du Conseil comme un des prétextes, que comme la cause de ce mécontentement.
En suivant la conduite du gouvernement américain dans chaque époque de ces dernières guerres, il est impossible de n'y pas reconnaître la partialité la plus prononcée et la plus soutenue pour la cause de la France. Je ne prends pas sur moi de décider par quels motifs le parti qui, depuis la mort de Washington' et la retraite de M. Adams*, s'est emparé de toutes les fonctions publiques, a été guidé dans cette partialité, si c'était l'amertume que les anciens ressentiments contre l'Angleterre avaient laissée dans les esprits, ou la jalousie de sa supériorité actuelle, ou la crainte chimérique de quelque projet hostile de sa part, ou le dépit d'un gouvernement populaire particulièrement susceptible d'être blessé par tout ce qui ressemble à un manque de procédés ou de ménagement, ou l'irritation contre le parti
1. Washington (George), un des fondateurs de la république des États-Unis. Président de l'Union de 1789 à 1797. Né en 1752, mort en 1799.
2. Adams (John), deuxième président des États-Unis» né en 1755, mort en 1826.
opposé accusé de trop d'indulgence pour l'Angleterre, et dont le tort réel n'est peut-être que celui d'aspirer à son tour aux places et au pouvoir', ou si c'était, enfin, l'effet réuni de toutes ces causes, ou d'autres encore qu'il est plus difficile de pénétrer. Mais quelle que soit la clef de l'énigme, le fait ne saurait être contesté. La France les a vexés de toutes les manières, les a dépouillés, maltraités dans toutes les occasions; le récit des avanies qu'ils ont essuyées de sa part depuis vingt ans remplirait des volumes; ils ont tout dissimulé, tout excusé. Mais aussitôt qu'il a été question d'un différend quelconque avec l'Angleterre, ces hommes si doux, si tolérants, si pacifiques pour son ennemi, se sont montrés sévères, exigeants, pointilleux à l'excès. Dans les mesures qu'une nécessité impérieuse et l'intérêt direct de sa conservation prescrivaient au gouvernement anglais, ils n'ont vu que l'intention d'opprimer l'Amérique, d'entraver son commerce, d'étouffer son industrie naissante, à une époque où tout le commerce des colonies françaises, espagnoles, hollandaises passait par leurs mains, où tous les ports de l'Europe étaient remplis de leurs vaisseaux, où on n'apercevait presque plus sur l'Océan que le pavillon britannique et le leur, et où l'Angleterre observait à leur égard des principes d'une libéralité extrême, il ne ftillait que ({uelque acte de rigueur exercé contre des abus trop choquants par un tribunal notoirement incapable d'un procédé injuste, il ne fallait que quelque désagrément momentané, amené par le hasard ou par la faute d'un individu pour les faire crier au
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meurtre et à la tyrannie, i.es motions hostiles contre l'Angleterre, les embargos, les actes de non-importalion, précurseurs des actes de non-intercourse, étaient à Tordre du jour longtemps avant les ordres du Conseil, et comme la liste de leurs griefs était inépuisable, on est bien autorisé h croire que, quand même ces ordres du Conseil n'auraient jamais paru, ils seraient arrivés, d'aigreur en aigreur, de disputes en disputes, au point où nous les voyons aujourd'hui.
Ce qui prouve surtout que, dans cette longue carrière de prédilection pour la France et d'acharnement contre l'Angleterre, que le gouvernement américain vient de parcourir, les sentiments personnels doivent l'avoir emporté sur les calculs politiques, c'est que tous les principes honorables et tous les intérêts bien entendus auraient dû engager ce gouvernement dans une route diamétralement opposée. La cause de l'Angleterre était la sienne, sans compter tant de liens plus ou moins sacrés qui subsistaient entre l'Amérique et son ancienne mère patrie; celle-ci combattait pour l'indépendance générale, pour les peuples autant que pour les monarchies contre une puissance qui avait hautement annoncé le projet de tout dominer ou de tout écraser autour d'elle. La victoire la plus décisive que l'Angleterre eût pu remporter dans cette lutte, ne pouvait jamais efTrayer les Américains, mais si elle succombait, l'univers appartenait à la France, et il eût fallu un délire d'aveuglement ou d'orgueil pour faire imaginer à l'Amérique qu'elle se soutiendrait toute seule dans ces
vastes ruines. En admettant que pendant les premières époques de la révolution, malgré l'horreur que sa marche et son caractère devaient inspirer à tout ami éclairé de la liberté, le nom de République et l'affectation de quelques formes républicaines aient pu en imposer aux Américains, on aurait cru au moins qu'ils changeraient de sentiment et de système lorsque tout cet échafaudage républicain fut réduit en poussière, et l'anarchie la plus féroce remplacée par un despotisme sans bornes. Mais on s'aperçut avec étonnement que leurs affections, leurs procédés, leurs ménagements, restaient les mêmes, tandis que leurs craintes, leurs jalousies, leurs antipathies planaient exclusivement sur ceux qui arrêtaient les progrès de ce despotisme. Cet étonnement augmenta encore lorsqu'on vit leur profonde indifférence aux attentats cruels commis contre le peuple espagnol, et cette absence totale d'intérêt pour l'héroïsme soutenu avec lequel ce peuple défendait sa liberté, et ce silence d'une neutralité morale plus choquante que toute neutralité politique qu'ils gardaient au milieu des vicissitudes d'un spectacle aussi lugubre et aussi majestueux. Le dévouement magnanime avec lequel la nation britannique avait épousé la cause des Espagnols, loin d'arracher à ces imperturbables égoïstes un seul témoignage de satisfaction ou d'admiration, les encourageait plutôt à poursuivre avec d'autant plus de ténacité les froides chicanes dont ils accablaient le gouvernement anglais. Enfin, voyant que l'incendie gagnait cette vaste partie de la monarchie espagnole
dont ils sont voisins, ils parurent sur la scène, mais ce ne fut que pour s'assurer, par des coups portés dans les ténèbres, la possession de quelques provinces détachées de cette monarchie et pour favoriser dans les autres la rébellion et la guerre civile.
Mais ce n'est pas tout encore que cet abandon des principes généraux, et cette persévérance dans un système si peu analogue au caractère d'un gouvernement républicain, il n'y a pas même d'intérêt direct et prochain, pas de considération d'avanlages ou de perte positive, qui ait pu engager les chefs des États-Unis à changer de marche politique. Il est clair que, dans l'état actuel des choses, ils ont comparativement peu à gagner par l'amitié de la France, et peu à perdre en risquant sa disgrâce, tandis qu'ils ont beaucoup à conserver, à espérer et à craindre du côté de l'Angleterre. Leur commerce seul avec les Iles Britanniques était infiniment supérieur à celui qu'ils faisaient avec la France, et plus important pour eux que celui de tout le continent européen. Leurs entreprises dans les autres parties du globe, leurs expéditions mercantiles dans les grandes Indes, leurs rapports avec tout l'Archipel des Antilles, leurs spéculations sur l'Amérique méridionale, tout cela ne leur est assuré que par leur bonne intelligence avec le gouvernement anglais, tout cela peut s'évanouir au premier choc d'une rupture. Mais plutôt que de déplaire à la France, ils ont actuellement ou sacrifié, ou grièvement compromis ces immenses avantages. Ils ont fermé leurs ports aux vaisseaux anglais, et défendu
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à leurs sujets, par un vrai acte de suicide politique, toute communication avec l'Angleterre. Non contents de ces mesures rigoureuses après lesquelles on aurait cru au moins leurs comptes avec l'Angleterre plus que soldés, ils ont continué à crier contre le gouvernement britannique, à lui demander réparation pour toutes sortes d'oiïenses imaginaires, à annoncer, dans leurs assemblées législatives, que la guerre était inévitable, à en préparer les moyens autant que leurs faibles l'cssources le permettaient. Comment expliquer une conduite aussi extraordinaire, sans admettre que ce gouvernement est entraîné par quelque impulsion secrète, plus puissante que tous les principes et tous les calculs, par un esprit d'animosité et d'obstination qui lui feraient embrasser les mesures les plus contraires à ses propres intérêts, pourvu que ce ne fussent pas celles qui les mettraient d'accord avec l'Angleterre? Les discussions sur les ordres du Conseil qui ont eu lieu entre les deux gouvernements depuis l'arrivée de M. Foster en Amérique, confirment malheureusement cette conjoncture. Chaque pièce sortie des bureaux américains porte le cachet de ces dispositions hostiles et si les chefs des États-Unis avaient sincèrement désiré l'amitié de l'Angleterre ils n'auraient jamais entamé cette dispute. Ils savaient parfaitement bien que la simple modification de quelques clauses des décrets de Berlin et de Milan en faveur d'une nation que la France avait tant d'intérêt à ménager ne déciderait pas le gouvernement anglais à une démarche aussi éclatante
que la révocation des ordres du Conseil, et ils pouvaient d'autant moins s'y attendre que le fait même de celte prétendue modification ne reposait sur aucun fondement solide, sur aucun document présentable, et que le langage et les actions du gouvernement français le démentaient d'un jour à l'autre. Les chefs des États- Unis ne sont pas assez égarés par les malheureuses préventions qui les guident, ils sont encore trop clairvoyants, ils connaissent trop ce qu'un gouvernement libre doit à l'opinion publique et à l'honneur national, ils sont trop instruits sur l'étal des choses en Angleterre, et sur ce qu'un ministère britannique peut ou ne peut pas faire sans compromettre ses premiers intérêts, pour qu'ils aient pu tomber dans une erreur pareille. Leur manière de traiter ces objets peut les rendre suspects d'un manque de bonne foi, mais non pas de jugement et d'intelligence. Il y a bien loin des déclamations furieuses du Moniteur aux sophismes adroits de M. Monroë. Or, si les ministres américains n'ont pas pu se dissimuler qu'ils exigeaient du gouvernement anglais ce que celui-ci n'accorderait jamais et ne pouvait pas accorder, il est clair que toutes leurs négociations ne doivent être considérées que comme des moyens habilement choisis pour perpétuer la querelle et comme des préludes à de nouvelles hostilités.
On paraît généralement persuadé que cet état de crise finira par une guerre ouverte. Cette opinion a peut-être été adoptée avec trop de précipitation. La situation respective des deux Gouvernements est telle que, malgré
tout ce qui s'est passé au Congrès américain, et toutes les résolutions qu'il a prises, et tous les armements qu'il a ordonnés, il est difficile de comprendre de quelle manière, sous quelle forme et de quel côté cette guerre pourrait éclater. En fermant ses ports à l'Angleterre, et en se refusant à toute communication avec elle, les États-Unis ont fait ce qui était en leur pouvoir pour se venger des ordres du Conseil. L'Angleterre, comme de raison, a protesté et ne cessera de protester contre ces mesures, mais elle n'a jamais annoncé l'intention d'aller plus loin et de rompre la paix avec l'Amérique au cas où celle-ci ne consentirait pas à changer de système. Ce ne sera donc pas, selon toute apparence, le gouvernement anglais qui déclarera la guerre. De l'autre côté, les États-Unis ne peuvent plus se regarder comme partie purement et simplement souffrante; en admettant même que les ordres du Conseil aient été, comme ils le prétendent, une mesure attentatoire à leurs droits, ils ne sont pas restés en arrière, ils ont amplement riposté par l'acte de non intercourse; on ne conçoit pas sous quels titres et prétexte, ils en viendraient à une déclaration de guerre, lorsque ce sont eux qui ont frappé les derniers coups dans ce démêlé. Et quand ensuite on réfléchit sur la situation des États-Unis, sur la disproportion extrême entre leurs moyens et ceux de la puissance qu'ils provoqueraient, sur les sacrifices énormes par lesquels ils commenceraient cette guerre, sur les pertes incalculables qu'elle leur ferait essuyer, sur la destruction de toutes les branches de leur prospérité
actuelle qui en serait probablement le résultat final, on a de la peine à imaginer que, sans nécessité évidente, et sans espoir d'arriver par là à un meilleur ordre de choses, un gouvernement responsable de ses démarches se portât h un tel excès de démence.
Cependant il s'en faut de beaucoup que le danger d'une guerre entre l'Angleterre et l'Amérique soit le seul motif pour désirer vivement de voir cesser leur mésintelligence actuelle. Considérée en grand, cette guerre serait certainement funeste à l'un et à l'autre pays. Car quoi qu'en disent les calculs rétrécis d'une cupidité mal entendue, ou d'une jalousie aveugle, les vrais intérêts, les intérêts durables de l'Angleterre ne sont point et ne peuvent pas être en opposition avec ceux des Américains; et il est impossible que ce qui appauvrirait l'Amérique ne fût pas, en dernier résultat, un mal très réel pour l'Angleterre*.
1. Il n'y a pas un homme d'État en Angleterre qui ne soit convaincu de cette vérité, et si on y trouve quelques esprits bornés qui la méconnaissent, il est fort injuste de rendre le gouvernement et la partie éclairée de la nation responsables des erreurs de quelques individus. C'est sous ce rapport-là que j'ai toujours été choqué de certains passages dans les dépêches de M. Pinkney où il peint les dispositions générales de l'Angleterre envers ses compatriotes. Il est dit par exemple (dans une lettre à M. Madison du 20 septembre 1768 imprimée dans le Moniteur du 5 décembre 1800) : « L'esprit de monopole s'est emparé du peuple et du gouvernement anglais. Nous ne serons dans aucun cas tolérés comme rivaux en commerce et en navigation par la Grande-Bretagne. On espérerait en vain qu'elle consentît à laisser se développer les ressources navales des États-Unis. Tous ces préjugés, tous ces calculs tendent à un but contraire. Comme alliés même nous serions exposés à sa jalousie, M. Pinkney a été vanté comme un homme éclairé et modéré ; ce que je viens de citer
Mais les inconvénients de cette guerre seraient au moins mêlés de quelques avantages momentanés, et les revers mêmes qu'elle ferait éprouver aux Américains conduiraient peut-être à quelques changements heureux, tandis que le système de prohibition exercé aujourd'hui contre le commerce britannique est un mal sans contrepoids et sans compensation. Il est certain que la suspension du commerce avec les États-Unis est non seulement une privation de plus ajoutée à celles que le système continental a infligées à l'Angleterre, mais qu'elle est par elle-même plus fatale aux intérêts de son industrie, de ses manufactures, et de ses rapports pécuniaires avec les autres pays, que tout ce qu'elle a pu souffrir de l'exclusion de ses marchandises des ports et marchés du continent européen.
Mais quel remède proposer contre ce mal? La révocation des ordres du Conseil sans la révocation préalable des décrets de Berlin et de Milan est une mesure à laquelle le gouvernement anglais ne se prêtera jamais, ne peut, ne doit pas se prêter. La dignité nationale est supérieure à toute autre considération, et si on voulait
de lui n'en paraîtra que plus surprenant. Il serait curieux de savoir où M. Pinkney pourrait avoir recueilli les preuves de cet esprit de monopole et de jalousie qui selon lui doit s'être emparé du peuple et du gouvernement anglais. Ce n'est pas à coup sûr dans les conférences qu'à l'époque de sa lettre il a pu avoir avec M. , qu'il aura puisé ses notions. Et on peut hardiment ajouter que ce n'est pas non plus dans les actes et déclarations du gouvernement anglais, ni dans les discours prononcés au Parlement par les orateurs de quelque parti que ce soit ni dans aucun ouvrage tant soit peu estimé et accrédité en Angleterre.
h sacrifier ici, ce serait même un grand sacrifice en pure perte, car nous avons vu que, d'après les déclarations du gouvernement français, la révocation des ordres du Conseil ne suffirait pas pour faire cesser les décrets et quant à l'espoir que la France pût se décider à les abolir purement et simplement, soit avant, soit après la révocation des ordres, on doit le regarder comme tout à fait nul.
Le vrai bienfaiteur commun de l'Angleterre et de l'Amérique serait celui qui découvrirait le moyen d'aplanir leurs différends, sans la révocation des ordres du Conseil. Il faudrait beaucoup de courage, de talent et de bonheur pour amener un dénouement pareil, mais c'est le seul qui concilierait tout, et qui répondrait à tout, et, par cette raison même, je ne puis pas me résoudre à le regarder comme absolument impossible. Je suppose et crois pouvoir supposer que, pour obtenir un si grand bien, le gouvernement anglais ne s'arrêterait à aucune question accessoire, consentirait à tout sacrifice qui ne serait pas incompatible avec sa dignité, se prêterait avec cette facilité (|ui ne peut jamais compromettre le fort, lorsqu'elle est employée vis-à-vis du faible à l'arrangement de tous ces objets secondaires que les Américains jugeraient essentiels à l'intérêt ou môme au point d'honneur de leur pays, et leur accorderait enfin chaque modification des ordres du Conseil, qui n'en altérerait pas le principe et la substance. Après cela il s'agirait de faire comprendre au gouvernement des États-Unis, combien il serait plus
avantageux pour ses intérêts présents et futurs d'accejw ter les propositions de l'Angleterre que d'insister sur la révocation des ordres, en s'exposant à la durée indéfinie d'un état de choses aussi pénible pour les Américains que pour l'Angleterre, ou aux dangers incalculables d'une guerre, dans laquelle toutes les chances seraient contre eux.
En résumant ce qui a été dit dans cet article, il me paraît qu'il y a d'assez bonnes raisons pour ne pas se livrer à des regrets excessifs sur les obstacles qui combattent la révocation des ordres du Conseil. Cette mesure accompagnée même de l'abolition des décrets de la France ne ferait rien, ou presque rien, pour le rétablissement du commerce de l'Angleterre avec la partie du continent européen qui est aujourd'hui fermée à ses vaisseaux. Il est très incertain qu'elle puisse amener un changement efficace dans ses relations avec les États-Unis, et surtout dans les sentiments et les dispositions du gouvernement américain. Et enfin, si un tel changement n'est pas devenu impossible, il doit y avoir pour l'atteindre une route moins opposée aux premiers intérêts de l'Angleterre, plus honorable, plus sûre, plus directe et plus satisfaisante que celle qui partirait de la révocation des ordres du Conseil.
Le prince Czartoryski à r empereur Alexandre ?