‹ Lettres et pièces militaires [microforme]Chapitre 21 sur 94 · ARTICLE SIXIÈME · texte numérisé non relu

ARTICLE SIXIÈME

Attaquer Québec par la basse-ville.

Quel objet peut avoir l'ennemi en venant en Canada par le bas du fleuve Saint-Laurent ? 1° Faire diversion dans les pays d'en haut; 2° prendre Québec. Pour le faire, s’il établit sa descente dans un des endroits indiqués dans les articles ci-dessus, il lui reste à se rendre par des défilés et passages des rivières jusqu’à Québec et ensuite faire le siège de la place.

Il obvie à toutes ces difficultés en attaquant Québec par la basse-ville, Elle est défendue du côté du fleuve par un quai sur lequel il y a des batteries. (On y en placera d’autres du côté de l'embouchure de la rivière Saint-Charles. Il n’y a point de quai et l’eau bat au pied des maisons ; on y construira également des batteries.

L'embouchure de la dite rivière et la tade sont battues par une batterie au sommet de la haüteur derrière l'évêché.

De la basse-ville, on monte sans obstacles à la haute ; on y pourra en fermer la communication par des palissades qui seront flanquées par le château Saint-Louis et par le mur du jardin de l'évêché.

L’ennemi, voulant attaquer Québec par la basseville, embossera ses vaisseaux devant les batteries du quai ; elles seront forcées de succomber au nombre. De plus on a laissé bâtir les maisons trop proches des quais, les éclats tueront bien des canonniers, et peut-être même empêcheront de servir le canon,

La batterie derrière l'évêché, de quarante et quelques pièces de canon, par son élévation au-dessus de l’eau, ne peut produire d'autre effet que de couper des manœuvres, et je suis persuadé qu’elle n’empêchera pas les vaisseaux ennemis de s'embosser dans la rade,

Mais je suppose que nos batteries produisent tout l'effet qu’on peut désirer, l'ennemi pour lors reconnoîtra les mouillages et viendra y placer à l'entrée de la nuit quelques galiotes à bombes pour en jeter des combustibles qui incendieront bientôt la basse-ville et obligeront de l’abandonner entièrement.

On dira que le feu de nos canons empêchera les galiotes de tenir à l’ancre, j'en doute. Le canon dans la nuit n’est pas beaucoup à craindre, et je pense que de pareils bâtiments doivent être bastingués non seulement à l'abri de la mousqueterie, mais même par des câbles qui, étant suspendus jusqu’à fleur d’eau, doivent amortir l'effet du boulet,

La basse-ville brûlée, l'ennemi abordera dans tout son pourtour, C’estau commandant à faire tout son possible pour l'empêcher de metcre pied à terre et de s'établir dans les ruines. Si une fois son logement est fait, il seroit difficile de l'en chasser, nos troupes ne pouvant s’y porter que par la rampe de l'évêché et par la partie du faubourg de la canoterie,

Dans cette situation, nous aurons précédemment fermé la communication à la haute-ville par des palissades, ainsi qu’il est dit ci-dessus ; nous aurons même fait une seconde coupure entre l'angle du jardin de M. de Boishébert et celui de la maison de M. de Lanaudière, mis deux pièces de canon dans la dite maison qui

CA

et

enfileront la rampe ; mais peut-on espérer que ces précautions l’empêchent de monter et de se rendre maître de Québec ? Non; il mettra du canon sur la rampe, brisera la première palissade, et avec la même batterie renversera celle de chez M. de Lanaudière, d'où doit s’ensuivre la prise de la place ou une capitulation.

Il faut donc conclure que l'ennemi, attaquant par la basse-ville, on ne doit rien négliger pour l'empêcher d'y mettre pied à terre et de s’y établir, et, comme on sera subordonné à ses diverses manœuvres, qu'il en a plusieurs à faire, qu’il sera, s’il le tente, supérieur en troupes et artillerie, le salut de Québec dépendra de l'activité du général, de son coup d’œil ; il sera obligé de faire mouvoir ses troupes avec célérité et de jouer, pour ainsi dire, des gobelets avec, par la nécessité d’en faire montre en plus d’un endroit. Ainsi, il faut que rien n'arrête les mouvements du côté des vivres, et, quelque activité et intelligence qu'y mette le général, le bonheur lui est encore nécessaire par la diversion qu’il est obligé de faire, La flotte ennemie peut aussi éprouver des malheurs, mais sur lesquels on ne doit pas compter.

A Québec, le 16 janvier 1759,

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