‹ Lettres et pièces militaires [microforme]Chapitre 24 sur 94 · ET, NE · texte numérisé non relu

ET, NE

maître par des caponnières * qu’on y aura pratiquées et qui doivent être faites en manière de coffre, c’est-à-dire qu’on doit y être couvert par des madriers posés sur chevalets, sur lesquels on pourra mettre un pied et demi de terre, Cette méthode n’est plus en usage aujourd'hui à cause de l’incommodité de la fumée, mais les pierres et les grenades obligeront de renouveler icf cette précaution.

Si ces fourneaux font un bon effet, ce sera de tout le siège la plus belle occasion de faire une sortie et de se rétablir dans le chemin couvert; mais tout cela est fort beau dans la spéculation, mais n’est guère praticable par une garnison réduite au point de foiblesse où elle doit être pour lors. Cependant rien ne feroit plus d'honneur aux assiégés qu’une telle sortie qui sera la dernière, Les assiégeants se logeront très facilement sur l'effet des mines. L’obstination qu'ils auront reconnue à la garnison ne leur permettra pas de douter qu’il ne seroit nécessaire de faire brèche pour la réduire, Ils rétabliront donc leurs batteries tant contre la demi-lune que contre le bastion. Pour retarder l'effet de ces batteries, les pierres, les grenades à la main, doivent se succéder continuellement, de même que les bombes, les carcasses et autres artifices.

On doit avoir préparé dans ja demi-lune, dès le commencement au siège, un petit réduit de palissades + jointières, pour en rester maîtres tout le plus longtemps

* Les caponnières sont nécessaires, je crois, à Carillon ; mais il ne faut pas compter qu’elles subsistent longtemps. t Réduit de palissades, absolument nécessaire.

qu'on pourra, afin de se conserver l’usage des caponnières,

Comme l'ennemi pourroit négliger de renverser la contrescarpe ou de combler le fossé pour se faire un passage, il aura fallu se préparer à l’en faire repentir, en se mettant en état de soutenir un assaut, qui ne peut être poussé bien vivement, s’il est obligé de défiler par les degrés des contrescarpes. Ainsi, dès le moment qu'on lui aura vu pousser ses approches, on aura pu travailler à retrancher la gorge de chaque bastion le mieux qu'on pourra avec des pièces posées de la manière que nous avons dit-pour raccommoder les parapets *. On aura grand soin d’embarrasser les brèches de chevaux de frise, de chausse-trapes, de planches clouées, de les parsemer de sacs remplis de poudre, de barils foudroyants, et de lancer au moment de l'assaut une effroyable quantité de bombes, grenades, pierres, cercles d'artifices, balles à feu, etc., etc.

Le retranchement de la gorge doit être garni de hérissons de fer posés en fraise, et doit être défendu par des gens valeureux armés de piques, pertuisanes, faulx emmanéhées à revers et autres armes de longueur qui puissent atteindre de l’autre côté du parapet. Deurière ceux-ci doivent être postés ceux destinés aux armes de jet. On aura soin de distribuer du monde tout autour du rempart pour soutenir une insulte générale que les ennemis pourroient tenter pendant l'assaut. On aura

* Il seroit peut-être difficile de faire dans la gorge du bastion le retranchement qu'on propose, faute de bras. En ce cas une palissade peut remplir cet objet, ayant soin d’en avoir de préparées d'avance.

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mis aussi quelques hommes dans les caponnières du fossé, pour faire un feu continuel; mais il ne faut pas aouter que les assaillants ne se répandent dans tout le fossé et ne les en chassent bientôt, C’est pourquoi ceux d'en haut doivent avoir en main toutes surtes d'artifices, même des barils de poudre avec une fusée pour mettre le fossé en feu.

Si l'ennemi, plus circonspect, vient par une sape couverte percer la contrescarpe au niveau du rocher, il faudra envoyer la nuit quatre ou cinq hommes dans le fossé pour écouter où les assiégeants travaillent à percer le revêtement du fossé ; et, quand ils s’apercevront que ces derniers auront fait un trou, ils feront une décharge dedans et se retireront à côté pour recharger. Comme ils ne courent pas grand risque, ils pourront recommencer la même manœuvre jusqu'à ce que l'ennemi envoie du monde dans le fossé pour les chasser ; mais, comme il ne pourra y établir un logement que très difficilement, les fossés étant de roc, on pourra lui renouveler la même chicane tant qu’on voudra. L’ennemi pourroit encore prendre un autre parti, le plus lent et le plus susceptible de chicanes de tous, qui seroit de pousser ses logements dans le chemin couvert, jusque sur le bord de la contrescarpe, et, de là, chercher à combler le fossé, Il seroit obligé de le faire, s’il étoit resté au pied de la brèch: un escarpement de sept à huit pieds, comme il peut fort bien arriver, s’il est possible d'enlever les décombres, ou si le canon ennemi monté sur la crête du glacis, ne peut être pointé assez bas pour battre le pied du revêtement. Il ne faut rien épargner alors pour mettre le feu aux fascines, enlever et détourner les

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autres matériaux et assommer les travailleurs de toutes manières,

Je ne parle pas de la résistance à faire dans la demilune, parce que je suppose que la brèche de cette pièce de fortification étant faite en même temps que celle du bastion, les assaillants monteront à la fois à toutes les deux, et que la garnison trop affoiblie pour soutenir l’une et l’autre, se contentera d’avoir quelques hommes dans le petit réduit de palissades pour s’y maintenir jusqu’au moment de l'assaut, Si cependant la brèche de la demi-lune se trouvoit praticable beaucoup avant celle du bastion, on pourroit l’armer de la même manière que celle-ci, et se présenter au sommet pour la souteni corps-à-corps, ou se tenir derrière les palissades du réduit pour soutenir les efforts de l'ennemi et en sortir sur les travailleurs au moment qu’on les placeroit, au cas que le réduit n’eût point été forcé *,

Je ne doute nullement que la plus grande partie des conseils qui se trouvent répandus dans ce mémoire ne deviennent impraticables, si le siège est poussé vivement ; mais je n’ai rien voulu omettre de tout ce qu’une grande mollesse des assiégeants ou certaines circonstances peuvent rendre possitle, C’est au commandant de juger assez sainement de son état et de la disposition des ennemis pour ne se déterminer qu’aux choses faisables. L'essentiel pour l'état est qu’il tienne assez longtemps pour qu'on puisse rassembler toute la colo-

* De tous les préparatifs nécessaires pour un siège, les balles à feu ou artifices, ne sont pas les moins essentiels. Je crains que Carillon n’en ait point, ou fort peu si l'on n'y envoie d'avance, gens qui en sachent faire.

nie à son secours, Après quoi, si elle est repoussée, le surplus de la résistance, qui n'en doit pas diminuer de vivacité, causera bien moins de dommages aux ennemis qu’elle ne comblera de gloire les assiégés.

Fait à Montréal, le 10 février 1759,

16 mars 1759.

Mémoire sur les dispositions à prendre,

Faute de vivres et dans l'incertitude des opérations de l'ennemi, il n’y a dans ce moment aucun projet à faire. Cependant, si, après la nouvelle recherche de grains qui se fait actuellement, après avoir constaté ce que les dîmes et les moutures pourront produire, i] y avoit une réserve pour marcher dans une occasion pressante et inopinée, il en faudroit disposer, tant en vivres qu’en biscuits, partie à Saint-Jean et partie à la Chine, Même attention pour la disposition des bateaux.

Les forces de la colonie étant une fois connues à M. le marquis de Vaudreuil par les tableaux de recensement qu’il a fait faire, ne se propose-t-il pas d'avance de faire un tableau de la distribution de ses officiers, de la distribution de ses milices, de l’ordre dans lequel il les fera arriver lorsqu'il voudra les mettre en mouvements.

Peut-être, sans cet arrangement bon à faire d'avance, les commandements et dispositions se feront si vite,

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Re tirer tout le parti possible.

al |. Réflexions de M. le marquis | de Montcalm.

Les forces supérieures des Anglois, les nouvelles que nous avons eues de leurs préparatifs, tout nous annonce qu'ils se porteront en force pour envahir en entier, le Canada. Le seul côté où l’on peut avoir quelque espoir qu'ils ne se porteront pas en alt force, sans cependant oser

trop se flatter, c'est Québec.

Le La France peut, par une

flotte qui partiroit de bonne heure, garantir cette partie,

A Montréal, le 16 mars 1759.

dans un cas urgent, que tout arrivera avec une confusion capable de retarder les opérations ou d'empêcher d’en

(Sans signature.)

Mémoire sur la campagne prochaine.

21 mars 1759,

Réponse de M. le marquis de Vaudreuil.

Les réflexions de M. le marquis de Montcalm sur les risques où la colonie se trouve d’être attaquée cette année de toutes parts n’avoient! pas échappé au marquis de Vaudreuil. Les avis qu’il en a reçus tant par les sauvages qu’il entretient dans les intérêts du Roi aux Cinq-Nations, ses correspondances par l’Acadie, les comptes qui lui sont rendus de la Belle-Rivière, enfin les dépositions des différents prisonniers, tout l’engage à ne pas douter que les Anglois réuniront les forces qu'ils ont dans la Nouvelle-

Il seroit extraordinaire dans ces circonstances, que le marquis de Montcalm sur ce qu'il entend dire, ne fit pas part de ses réflexions à M. le marquis de Vaudreuil, quoiqu'il ne puisse pas faire un projet stable. N'étant pas instruit ni de la situation de la colonie en vivres, ni de ce qu'on peut mettre en campagne de Canadiens et de soldats de la marine, il ne peut donner que des avis vagues et généraux, qui cependant peuvent n'avoir pas échappé à M. le marquis de Vaudreuil, et ils se réduisent à ceux qui suivent.

Angleterre tant en vieilles troupes que par la levée des provinciaux, si ce n’est pour envahir en entier la colonie du moins pour lui porter les plus vives atteintes.

Le marquis de Vaudreuil est toujours sensible à l’attention de M. le marquis de Montcalm de lui remettre devant les yeux les différentes parties qui font l’objet de son mémoire, par les motifs qui le guident.

M. le marquis de Montcalm n’ignore pas les ordres qu'a donnés le marquis de Vaudreuil, et les soins qu'on s'est donnés pendant l'hiver pour un recensement général des

différentes forces de la colo- ”

nie et les différents moyens qu'a employés le marquis de Vaudreuil pour engager tous les états à commencer, depuis les curés jusqu'au dernier habitant, à ne réserver que l'indispensable pour les semences. Il n’a épargné pour y réussir aucun des moyens les plus puissants, et il estau moment de savoir la quantité de toutes choses qu'il aura à sa disposition, pour arrêter en conséquence les différents projets qu’il a formés et dont l'exécution ne pourra avoir lieu qu'à proportion des

1° S'assurer de l'état des vivres ;

2° Les disposer relativement à ce que l’on voudra faire ;

3° Même attention pour les bateaux et pour qu’ils soient prêts de bonne heure ;

4° Ne par compter pouvoir se soutenir vers la Belle- Rivière ;

5° Replier tout ce qui est vers la rivière Saint-Jean le plus tôt possible ;

6° Faire reconnoître par un homme de guerre les positions à prendre pour pouvoir défendre la tête des rapides, et lorsque les vivres le per-

moyens. Comme le marquis de Vaudreuil est toujours flatté de faire part à M. le marquis de Montcalm de ses opérations, il va répondre article par article à son mémoire.

1° Ce travail est bientôt fini ;

2° Ces dispositions dépendent de la quantité ; jusqu'à présent la balance s’y trouve ;

3° Tous les ouvriers y sont employés, et M. le marquis de Montcalm sait que ceux des Cèdres devant partir les premiers, on a commencé par eux en en laissant cependant à Saint-Jean et à Chambly ;

4° Sans oser se flatter de se soutenir à la Belle-Rivière, il convient d'y maintenir une diversion qui avec peu de monde occupera beaucoup d’ennemis ;

5° Les ordres que j'ai donnés au sieur de Boishébert, concernant l’Acadie et rivière Saint-Jean, tendent à nous en procurer tous les habitants et les sauvages, relativement et aux circonstances et aux intentions de la cour ;

6° J’envoyai l’automne dernier le sieur de Pontleroy à Frontenac et lui ordonnai de faire toutes les reconnoissances des rapides, sans en être

mettront, avoir un corps de mille hommes dans cette partie;

7° Faire un tableau général de la distribution des troupes de la colonie, de leurs offciers et des Canadiens, pour éviter le chaos inséparable d'un commandement que l'on fera dans un cas de presse ;

plus instruit. Les lumières que j'ai. prises moi-même de ces rapides ne me donnent aucune inquiétude pour une entreprise de certaine espèce contre la colonie.

Il n’en est pas de même pour les dépôts que nous avons actuellement de nos barques, vivres et munitions pour Niagara, et c’est conséquemment que jy ai fait passer des troupes et des sau- | vages successivement. Sans la consommation des vivres, j'aurois augmenté le détachement que je me dispose à faire partir incessamment sur les glaces. Je désire que M. Pouchot, capitaine au régiment de Béarn, que j'ai destiné à reprendre le commandement de Niagara, se rende avec ce même détachement à la Présentation, pour y faire les dispositions nécessaires à la défense la plus opiniâtre, si le cas l'exige, quoique dans le fond j'espère primer les Anglois par mes précautions et mon activité ;

7° Ce tableau sera une suite de mon projet arrêté ;

sans cela le grand nombre nuira plus qu'il ne servira ; 8° Regarder la partie de Carillon comme la plus sérieuse attaque ; compter un peu sur la bonne fortune, la difficulté de la rivière et des rapides pour les côtes de Québec et la Présentation ;

9° Etre persuadé que les ennemis seront devant Carillon au plus tard du 15 au 20 mai, et, s'ils y sont une fois avant nous, toutes les forces de la colonie ne leur en feront pas lever le siège.

Si le manque de vivres nous empêche d'y assembler une armée avant la leur, ce qui seroit un vrai malheur, il faudroit au moins avoir à la première navigation notre flotte en état, bien armée et bien montée. Elle pourroit servir à sauver la garnison à l’extrémité ou au moins à empêcher l'ennemi de mettre avec facilité des berges sur le lac Champlain.

Il faudroit laisser à Carillon la moins forte garnison qu'il fût possible. Il seroit bon qu'un officier supérieur et M.

Desandrouins y fussent à la première navigation pour y régler la défense, parler et encourager la garnison, faire

8° L'objet de Carillon est celui dont je serai entièrement occupé, aussitôt que la nayigation sera ouverte ;

9° Je doute que les ennemis puissent être à Carillon le 15 ou 20 de mai. Sur les avis que j'aurai de leurs mouvements, j'y ferai marcher de suite, afin deles prévenir. Mais le défaut de vivres fera que je ne prendrai ce parti qu’au dernier moment. Deux des chébecs seront prêts à Saint-Jean à la fonte des glaces ; le troisième ne tardera pas. Il y aura un officier général pour soutenir et commander l'armée de Carillon. J'ai même pensé que M. le marquis de Montcalm, qui connoît à fond cette partie sera bien aise de s’en charger.

I1 aura avéc lui tels officiers supérieurs qu’il souhaitera,

Je ferai partir en prime M.

Desandrouins, ingénieur.

J'ai ordonné à M. d'Hébecourt de faire mettre ses bateaux en état. S'il apprenoit l'ennemi au lac Saint- Sacrement, il auroit toujours le temps d’évacuer à Saint-

évacuer le dépôt de l'hôpital, une partie des vivres, en un mot tout ce qui ne seroit pas nécessaire pour la défense.

Il est bon d'observer que, suivant ce qui m'a été dit par M. Le Mercier, il restera à Carillon, au 1er mai, de quoi nourrir quatre mille hommes pendant un mois. Il en résulte que, si on laisse ces vivres dans Carillon et que l'ennemi l'assiège du 15 au 20 mai, le surplus de ce qui seroit nécessaire à. la garnison, jusqu’au 15 juin, seroit beaucoup mieux à Saint-Frédéric et même à Saint-Jean; car, sans cela, on ne sera plus à temps à le retirer et les ennemis s'en empareront ;

10° S’attendre que Saint- Frédéric ne tiendra pas quatre jours, s’il n’y a pas une armée.

Voir si on veut le laisser assiéger après la prise de Carillon et quelle garnison on y veut sacrifier ;

11° Reconnoître de bonne heure des positions à prendre pour défendre l'entrée de la rivière au-dessus du fort Saint- Jean ;

12° Etre bien persuadé que si Niagara est assiégé, il sera

Frédéric ce qu’il auroit d’excédant à Carillon.

M. Le Mercier avoit sans doute été mal informé, quand il a dit à M. le marquis de Montcalm qu'il y auroit au ler mai pour un mois de vivres à quatre mille hommes. Ily en aura au plus pour trois mille, en comprenant ce que nous aurons à Saint-Jean; ce qui nous servira pour le moment où l’armée se ressemblera ;

10° A moins que les Anglois ne viennent à Québec, je ne laisserai point assiéger Saint- Frédéric sans m'y être opposé avec le plus de forces qu'il me sera possible ;

11° Quelque succès que les Anglois aient à Carillon et à Saint-Frédéric, notre marine nous donnera toujours le temps de prendre les postes les plus avantageux à l'entrée de la rivière au - dessus de Saint-Frédéric ;

12° Les ordres que j'ai donnés à Niagara me font espérer

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pris. Il est ceperdant nécessaire d’en attendre le siège ; mais il ne faut pas sacrifier une trop forte garnison ;

- 13° Quoiqu'il faille donner à la bonne fortune pour la côte de Québec, il faut cependant faire quelques dispositions généraies, tirer le moins d'hommes qu'il se pourra de ce gouvernement, fermer la ville, établir des batteries et faire une disposition générale ou ordre de bataille, pour que, sur une alarme, chacun sache sa besogne, et manœuvres à faire depuis Kamouraska et Saint-Joachim jusqu’à Québec, soit officiers, soldats et Canadiens, tant ceux

que, si les secours que j'y destine avec M. Pouchot et la réunion des forces des pays d’en haut peuvent avoir lieu, l'on sera en état d'attaquer l'ennemi avant qu’il soit à ce fort et au moment de son débarquement, J'ai également donné des ordres pour que, dans le cas que nous y fussions battus, il ne restât à Niagara que la garnison nécessaire, et pour établirun camp de l’autre côté de la rivière qui, protégé et protégeant respectivement nos barques, faciliteroit la retraite de la garnison, lorsqu'elle seroit réduite à l'extrémité, J'ai pris pour cette partie les mesures qui m'ont paru les plus justes, dens la situation où nous nous trouvons ;

13° N'ayant point de vivres à Québec pour faire travailler extérieurement, je ne vois aucun inconvénient à tirer des habitants de ce gouvernement, étant assuré de les faire descendre promptement au besoin.

J'ai ordonné à M. de Pontleroy de toujours faire tra.

vailler à l’intérieur à fermer la ville.

Les officiers d'artillerie travailleront aussi toujours aux batteries dont ils se sont chargés.

qui seront destinés aux opérations par terre qu'à celles de la rivière, comme cajeux à conduire, chaloupes, brûlots, etc., etc., cte.

Tous ces détails bien faits et bien ordonnés rassureroient les esprits, empêcheroient les têtes de tourner à la première alarme, abrégeroient la besogne qui sera encore trop forte.

Si le cas arrive que l’ennemi vienne, on sera persuadé de deux choses, l’une que, du moment que les ennemis paroîtront dans le golfe, on aura toujours le temps, l’autre que tout homme est en état de faire ces dispositions ; et moi je dis que l’on peut n'avoir pas le temps, que l’eût-on, on aura encore dans ces moments de crise à songer à bien des choses qui auront été oubliées; que l'officier général le plus intelligent, le plus accoutumé aux détails et à savoir donner des ordres, ne seroit pas encore trop bon pour les régler avec l’état - major de Québec.

Il y en a de plus d’un genre et dont la seule prévoyance exige de l'attention.

Les autres précautions pour les campagnes depuis Saint- Barnabé et la Malbaie sont comprises dans le projet que j'arréterai pour cette partie.

Pour ce qui est des inquiétudes des esprits timides, l'assurance des chefs et des officiers qui mettront ces choses à exécution, leur fera promptement reprendre la gaiété si naturelle au François et au Canadien, quand il est question de soutenir la gloire des armes du Roi et de défendre leur patrie, leurs femmes, leurs enfants et leurs biens,

On ne parle pas des ouvrages extérieurs à pouvoir faire à Québec, parce que l'on suppose que, faute de vivres,on ne peut commencer à y faire travailler qu’autant qu'il en sera arrivé de France ; car, si le contraire étoit possible et qu'on eût assez de vivres, ce ne seroit point à négliger. Il faudroit même y mettre de la célérité.

Le marquis de Montcalm renouvelle encore à M. le marquis de Vaudreuil, qu'il est prêt, ainsi que M. le chevalier de Lévis et M. de Bourlamaque, de se charger de toute opération avec tel nombre de troupes qu'il jugera à propos, sauf à ne faire que des manœuvres proportionnées à leur nombre, qu'ils sont également prêts à se charger de tous les détails qu'on voudra leur confier, de toutes les reconnoissances qu'il peut y avoir à faire et de donner des ordres en exécution de ceux de M. le marquis de Vaudreuil partout où il ne peut être lui-même en per-

sonne.

Moxrcazx.

A Montréal, le 20 mars 1759.

Dans ce temps je serai personnellement à Québec, où, secondé par MM. le marquis de Montcalm, le chevalier de Lévis, de Bourlamaque, les officiers de l’état-major de nos places, dont je n'ai jamais douté du zèle et de la bonne volonté, non plus que de celle de toutes les différentes troupes qui sont dans la colonie et qui en font la force, me mettront à même de résister à l'attaque la plus opiniâtre (sic).

VAUDREUIL

A Montréal, ce 21 mars 1759.

LETTRES El PIÈCES MILITAIRES 153

Précis du plan d'opérations générales de la campagne de 1759, donné par M. le marquis de Vaudreuil en réponse à un mémoire de M. de Montcalm.

ler avril 1759.

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