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3° Ce n'est pas ici le lieu de fixer les approvisionnements de guerre et de bouche, ni la force de la garnison, parce que toutes ces choses doivent être remises à la prudence du général, qui connoît ses moyens et ses nécessités. Je supposerois que l'on n’est pas dans la disette des munitions de bouche, que rien ne manque en fait de munitions de guerre, que la garnison est de quatre cents hommes, non compris les canonniers ni les maîtres ouvriers, Ce sera la plus petite possible pour peu qu’on désire une défense raisonnable ; si elle étoit de sept cents hommes, on seroit en état de soutenir l'attaque du chemin couvert et de faire des sorties sur le glacis ;
4° On ne sauroit trop avoir de palissades, gabions, fascines, etc., ete, en réserve avec bon nombre de pièces équarries propres à remplacer celles que les ennemis détruiroient par leur artillerie dans les parapets, et l’on préparera d'avance de grandes chevilles de fer ébarbelées et des étriers de fer pour les joindre aux autres, mettre au moins deux pieds de terre bien épierrée sur toute la place du fort, pour qu’on puisse en trouver sous la main quand on voudra raccommoder les parapets, ou sinon on sera obligé d'en prendre partout où on en trouvera sans rien dégrader d’essentiel ;
5° Faire faire des chevaux de frise de fer, des planches remplies de pointes de clous, des clous à quatre pointes et autres ingrédients propres à armer des brèches, assurer des logements, embrasser les chemins couverts, rendre l'approche difficile des glacis, etc., etc. ;
6° Préparer d'avance les fusées à bombes et à grenades et toutes sortes d'artifices ;
7° Mettre en état toutes les plates-formes et les affûts ; faire des barbettes dans les demi-lunes, seulement pour les premiers jours d'investissement ; car, après l'établissement des batteries, elles ne seroient pas soutenables ; faire des caponnières dans les fossés pour leur défense ; fermer les embrasures vides de canon, etc., etc. ;
8° Il seroit à désirer qu’on pût préparer un rang de caissons enterrés de cinq à six pieds, et un autre de fougasses enterrées de dix à douze pieds sous le parapet du chemin couvert tout le long de ses branches, et qu'on pût communiquer le feu au premier, quand le logement des ennemis sur la crête du glacis seroit achevé, et au second au moment que les batteries de brèche seroient prêtes à tirer sans que les saucissons courussent risque d’être arrachés par les ennemis, Aucune défense n’exige moins d'hommes et n'est plus redoutable que celle-là. On objectera la consommation des poudres et la foiblesse de la place, qui ne résistera point jusqu'au point d’obliger l'ennemi d’en venir là. Je répondrai que quatre à cinq milliers de poudre seront plus que suflisants pour trois ou quatre branches du chemin couvert, tant elles sont courtes, et que si la place est perfectionnée et que les vasemates et les blindages soient bien à labri des bombes, la défense peut aller au delà de la prise du chemin couvert. On ajoutera que l'ennemi, craignant l'effet de ces mines, prendra le parti de les éventer ou bien qu’il tiendra la conduite qu’il semble avoir suivie dans les deux sièges de Louisbourg, c’est-à-dire qu'il redoublera le feu de son artillerie et de ses bombes
pour réduire les assiégés par ce moyen, en se tenant éloigné du corps de la place. Je réponds à la première objection (sans me prévaloir de l'avantage des assiégés dans la guerre sous terre, supposant nos mineurs trop ignorants pour s’en prévaloir), que l'ennemi perdra beaucoup de temps à chercher tous ces fourneaux et ces caissons les uns après les autres, ce qui le tiendra sur le glacis longtemps exposé au feu des grenades, bombes, etc., ete. A la seconde objection, je réponds que le glacis étant fort élevé, empêche qu’on ne puisse faire brèche de loin, et que c’est justement ce que les assiégés demandent que de tenir les assiégeants éloignés de leur ouvrage. En un mot, je regarde comme une erreur de penser qu'avec des bombes on puisse obliger une garnison opiniâtre à se rendre, si les blindages et les casemates sont à l'épreuve; j'apporterai par exemple le petit château de Traerbach qui résista dix-huit jours de tranchée ouverte contre le feu de huit batteries de plusieurs pièces de canon chacune et de six batteries de bombes, dont deux étaient des bombes de ciuq cents, et qui ne se rendit que lorsqu'il y eut brèche au rempart, et qu’on eut emporté les dehors. On ne soupconnera M. le chevalier de Bell:-Isle, qui commandoit ce siège, d’avoir tâtonné ;
9° Il faut construire un certain nombre de palissades assemblées de quatre en quatre ou de six en six sur une sole, et soutenues par des patins et deux petites guettes, On y ajoute des crochets pour lier ces
quartiers les uns aux autres. Rien n’est plus commode pour remplacer une file de palissades brisées par le canon ou pour faire un logement dans le chemin couvert, chose nécessaire, parce que, sitôt que l’ennemi se scra logé sur les saillants, il faut, si l’on peut, rester maître des rentrants, ne fût-ce que pour douze heures ; et lorsqu'il aura couronné tout le front d'attaque, il est bon de pouvoir jouir du reste du chemin couvert sur les autres fronts. Si la garnison étoit en état de soutenir l'attaque du chemin couvert, rien ne seroit plus utile que ces quartiers de palissades pour le rendre susceptible de défense.
Conduite à tenir dès la nouvelle de la marche des ennemis et pendant le siège.
1° Faire remplir d’eau * toutes les barriques qu'on pourra trouver dans le fort, cependant n’y pas toucher que l'ennemi n'ait interdit toute communication à l’eau. Si elle ne sert pas toute à boire, elle servira pour les
* Eau.—Cette précaution est de toutes la plus intéressante. Il faut absolument trouver le moyen d'en conserver la communication jusqu’à ce que le fort soit aux abois. L'on peut assurer, je crois, cette communication par le rocher où est bâti le nouvel hôpital, qui fait face à la baie, Il faudroit y construire un retranchement qui ne pourroit être battu que par l’autre côté de la rivière et l’on iroit à l’eau pendant la nuit.
Les barriques que l'on propose ne peuvent être une ressource que pour quatre ou cinq jours au plus. Cinq cents hommes en consommeront dix par jour, et, quand on auroit de la place pour en mettre le nombre suftisant pour une défense un peu longue, cette eau serait bientôt gâtée. L'eau de la citerne, quoique mauvaise à boire, seroit toujours bonne pour les incendies ; il faut une pompe pour qu'elle s’épuise promptement.
et
incendies de conséquence ; car il n’y a pas à compter sur la citerne ;
2° Ce seroit une grande incommodité de moins dans le fort que de raser tous les bâtiments, en jeter tous les matériaux dans la basse-ville, hormis les bois utiles qu'on pourroit mettre en réserve; mais c’est une entreprise difficile, à laquelle on se déterminera d'autant plus à regret qu’on croiroit par là rendre le fort inhabitable en cas que l'ennemi ne le prit pas; *
3° Il ne faudra pas balancer à raser le hangar extérieur, en conserver les bois et mettre les munitions de bouche dans les casemates, si cela est possible ;
4° Il faut avoir du biscuit en réserve pour plusieurs jours, pour les cas où on manqueroïit d’eau, de bois ou qu'on y fût trop pressé pour songer à faire Uu pain ;
5° Préparer un lieu sûr pour servir d'hôpital, avec toutes les choses nécessaires aux malades et aux blessés ;
6° Tâcher de mettre en lieu de sûreté un ou deux petits canots d’écorce pour pouvoir tenter de faire parvenir des nouvelles de l’état de la place dans lé courant du siège par la rivière, au moyen d’une lettre chiffrée
7° Raser la redoute en pierres sèches et même la redoute en terre et la courtine attenante, en comblant
* Raser tous les bâtiments de Carillon et en ôter tous les décombres, est chose indispensable pour un siège.
Si l’on attend que le canon et les bombes les détruisent, le fort ne sera qu’un monceau de ruines meurtrières pour ceux qui seront sur les remparts. D'ailleurs toute communication en sera interdite parce qu'ils sont fort étroits, et ces bâtiments ne peuvent servir à rien quand l’assiégeant aura des batteries établies. Tout au plus pourroit-on conserver le rez-de-
chaussée, supposé qu’en l'étançonnant il pût résister à la bombe, ce dont je doute.
leurs fossés, parce que cela est contraire à la place et peut servir de couvert à l'ennemi. Il est vrai qu'il en trouve de si commode sur le front le plus étroit que vraisemblablement il se déterminera à les prendre de préférence, Cependant, si le chemin couvert du front: de la grande demi-lune n’étoit pas plus avancé qu’il ne l’est actuellement et que le rocher fût bien pelé, comme il l’est déjà en grande partie au pied des glacis du petit front, l’attaque pourroit peut-être paroître plus avantageuse contre le grand front que contre le petit. observé pourtant que la grande différence vient uniquement de la défectuosité ou de la perfection du chemin couvert ; 8° Faire monter deux forges sous les blindages, dont l’une destinée à raccommoder les armes et l’autre à fournir les ferrures de l'artillerie et autres, suivant le besoin ; avoir du charbon en conséquence ; 9° On ne doit négliger aucune des précautions indiquées contre l'attaque de vive force, comme artifices et munitions distribuées le long du rempart, avec des armes de longueur, des grenades, etc. ; car il faut se mettre en état de ne rien craindre de cette espèce d'attaque dans tout le courant du siège ; 10° Garnir tout le pourtour des parapets de sacs à terre disposés en créneaux, si on en a suffisamment, ou sinon on se servira de paniers plus larges par l’ouverture que par le fond ; 11° Le commandant doit se faire donner des états exacts de toutes les munitions de guerre et de bouche, matériaux, outils; charger sous peine de la vie les gardes-magasins et autres préposés à cet effet de leur exacte distribution et économie, mettre un certain
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nombre de toutes ces choses en réserve pour n’y toucher qu’à l'extrémité, et se faire rendre compte de la consommation de chaque jour. 11 faut garder le secret sur l'état au vrai des munitions et vivres et ne le confier qu'à des gens sûrs. Si l’on ne prend garde à la diminution de la subsistance €, des munitions pour les morts et blessés, il y a toujours abus dans cette partie ;
12° Il faut partager la poudre en deux parties, dont l’une uniquement destinée à la mousqueterie, qui est toujours la dernière et la meilleure défense des places, l’autre à l’artillerie, aux artifices et aux mines, choisir le temps de la journée que la vivacité des bombes des assiégeants se ralentit le plus, pour en tirer du magasin et en faire de petits dépôts pour vingt-quatre heures ;
13° Ménager avec soin les pierres à fusil. Pour bien faire, il faudroit en avoir assez pour en donner une à chaque soldat qui descend, et une à chaque soldat qui monte la garde. On sera obligé de diviser le tout en autant de parties qu’on présume que la place pourra tenir de jours, et d’en avoir en outre un bon nombre en réserve ;
14° Ilfaut faire le dispositif des gardes telles qu’elles doivent se monter dans tout le cours du siège, Ordinairement on divise la garnison en trois, le premier tiers monte la garde pendant les premières vingt-quatre heures, travaille les vingt-quatre heures suivantes et se repose les vingt-quatre autres; puis son tour revient, ainsi de suite, Ou bien la division des temps se fait par douze heures et même par six. La plus convenable pour le corps de l’homme seroit par huit heures; maïs les mêmes se retreuveroient toujours de servic2 dans
les mêmes heures. Dans les grandes places où on ‘er perdroit trop de temps à relever tous les postes, on choisit les longues durées. Au siège de Lille où les 1: temps avoient été réglés à vingt-quatre heures, le Tr tenaillon qui jusque-là s'était défendu si glorieusement, fut emporté en plein jour, parce que les soldats qui le
| | ju gardoient s’endormoient accablés par la fatigue. Ici on Hs peut choisir telle durée qu’on veut.
|] | Mon sentiment seroit de partager seulement la garni-
EL son en deux, Les deux tiers de ceux qui monteroient,
LE borderoient les remparts et chemins couverts; l’autre fe, tiers auroit ses armes à portée et travailleroit. Dans ceux qui descendroient, un tiers seulement seroit commandé pour se tenir prêt à marcher au premier mot ; les deux autres tiers ne sortiroient qu’en cas d'assaut, Je fixerois alors la durée des gardes à huit heures. Il n’y auroit constamment que la moitié de la garnison ho. exposée, et, les intervalles de travail et de repos n'étant dl | | pas longs, les forces se soutiendroient mieux. Cette
| division d'hommes ne seroit pas mauvaise ; mais celle du temps par huit heures ne vaut rien, Il faut bien | se garder de relever les gardes pendant la nuit. Je L fixerois les gardes à douze heures et elles monteroient à six heures du matin et six heures du soir.
Parmi la garnison, que je suppose de quatre cents soldats, je choisirois une vingtaine d’hommes des meil- | leurs pour attacher à l'artillerie, qui ne feroient point
d’autres services, Retranchez-en encore une vingtaine pour aider les charpentiers, forgerons et autres ouvriers, | elle se trouve réduite à trois cent soixante. Pour peu qu’il y ait une quarantaine de malades ou de blessés,
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reste à trois cent vingt, que je réduirois à trois cents, pour en tirer vingt volontaires, dont un sergent et un caporal, qui n’auroient point de service réglé avec le reste, Je les emploierois avec discrétion dans les occasions délicates pour donner de fausses alertes à l'ennemi, aller, ventre à terre reconnoître de nuit et tirailler de nuit ou à la pointe du jour derrière quelques rochers ou escarpements suivant les occurences. Ces vingt hommes devroient être toujours prêts à se porter partout; j'en ferois des grenadiers; ils auroient pour commission de lancer des bombes, grenades, balles à feu, etc., en cas d'attaque,
Parmi les cent cinquante hommes de garde, cinquante ne doivent être occupés qu’à déblayer les encombrements des fossés, réparer les revêtements et parapets, traîner le canon, porter les munitions, etc. J'en prendrois ensuite vingt, dont douze, avec la moitié des canonniers et soldats attachés à l’artillerie, borderoient le rempart du côté attaqué. Les huit autres seroient distribués sur les autres fronts comme sentinelles. Les quatre-vingts restant borderoïent les branches de chemin couvert du front attaqué et feroient un feu continuel de mousqueterie, le mieux dirigé et le plus égal qu'il seroit possible. Ils fourniroient des sentinelles aux saillants des autres parties du chemin couvert et du côté des deux escarpements. On sera peut-être surpris du peu d'hommes employés à la fois à faire du mal à l'ennemi; mais il faut ménager la garnison : on ne trouvera que trop d'occasions de l’excéder dans la suite par des travaux considérables et de fausses alertes. Un plus grand
nombre d'hommes ne retarderoit pas les premiers progrès des ennemis ;
15° Dans tout le cours du siège, il faut avoir la plus grande attention à la conservation des hommes ; car la garnison est si foible que pour peu qu'on l'expose mal à propos, on ne se trouveroit plus en état de montrer de la vigueur vers la fin du siège. M. de Vauban conseille de faire cabaner * les soldats derrière le parapet des pièces attaquées pour les mettre à couvert des pierres et même des bombes par des couverts triangulaires de gros bois ronds ou carrés de huit à dix pouces de diamètre. Je ne sache pas que cette pratique ait jamais été mise en usage. Comme ces espèces de guérites ne doivent pas déborder le parapet pour n'être pas en prise au canon, elles doivent être placées au pied de la banquette. Elles sont sujettes à l’inconvénient d'offrir un lieu de repos trop sûr au soldat pour qu'il n’en profite pas plus longtemps ou plus souvent qu’il ne devroit ; mais j'ai assez bonne opinion de la valeur de nos soldats pour les croire incapables d’en abuser ; c'est pourquoi rien ne saurait être plus utile ni mieux imaginé, si le terre-plein des remparts de Carillon n’étoit si étroit qu’on ne pourroit plus y retourner, La chose ne seroit guère praticable que dans les chemins couverts, et quelques-unes dans les demi-lunes, Ce n’est pas une chose à négliger; il est d’autant plus
* Je crois qu'il seroit imprudent de faire cabaner les soldats dans les chemins couverts et demi-lunes. Ne comptons pas plus qu’il ne faut sur leur valeur; on en tireroit peu de service. D'ailleurs cela n’est bon que dans des ouvrages spacieux et dans des chemins couverts étendus.
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utile de s’en pourvoir qu'on sera écrasé de pierres et grenades, lorsque l’ennemi sera sur le glacis ;
16° A moins qu'on ne soit dans le cas de ménager la poudre, on doit faire un feu vif d'artillerie placée à toutes les embrasures du front attaqué qui pourroient voir l'ennemi, dans les demi-lunes et même dans les chemins couverts, jusqu’à ce que les batteries de canon des assiégeants soient établies, de manière à prendre bientôt la supériorité qu’elles ont d'ordinaire sur celles des assiégés ; alors il faudra doucement retirer le canon, excepté celui des flancs, fermer la plupart des embrasures et se contenter de s’en servir la nuit ou dans le cas d'attaque ou délogement sur le glacis. On remarquera les endroits du chemin couvert du côté desquels aucune des embrasures des ennemis ne soit tournée, afin d'y faire paroître de temps en temps quelques pièces * pour tirer sur la tête de la tranchée, On en retireroit un grand service, si quelque boyau en étoit enfilé, Aussitôt qu’on verra plusieurs boulets passer au travers d’une embrasure, il faudra en retirer le canon et la fermer avec soin ; :
17° Il faudroit que le feu des grosses et petites bombes pût continuer avec la dernière vivacité pendant cout le cours du siège ; mais, si elles sont rares, il faut
* Il faut s'attacher à avoir de petites pièces dans les chemins couverts et demi-lunes, dont on ne tireroit que la nuit, en les alignant avec de la craie sur la fin du jour.
Je pense que la manière de barbette que propose M. de Saxe, pourroit être employée utilement, même de jour, avant que l'ennemi fût logé sur le glacis. Il faut faire usage des pierriers dans les demi-lunes et chemins couverts. Cette arme est fort bonne quand on est exercé à s’en servir,
les réserver pour le temps où l'ennemi cheminera sur le rocher, où elles feront un merveilleux effet, et sur le glacis, où on sera à même de les jeter comme avec la main, Il faut en réserver toujours un certain nombre disposées tout autour des remparts pour être lancées, comme nous avons dit, dans le fossé, en cas d’insulte au corps de la place.
I faudra souvent changer de place les batteries de mortiers, afin de rendre les coups de l’ennemi plus incertains. Elles ne pourront être démontées que par les bombes et les pierres. Nous venons d'exposer les maximes générales. Voyons maintenant les choses en détail.
De l'ouverture de la tranchée.
Si nous supposons aux ennemis les mêmes connoissances du terrain que nous en avons, ce que nous saurons bientôt après son arrivée, il fera du grand ravin qui est en avant du dernier camp de Languedoc et Guyenne le dépôt de sa tranchée. Il y apportera facilement la nuit sur des bateaux, matériaux, artillerie et munitions ; tous ces transports seroient trop difiiciles sur l’autre front, et la longue communication qu’il lui faudroit faire pour parvenir à la redoute en terre compensera du reste le foible avantage qu'il pourrait y rencontrer. D'ailleurs il seroit bien prompt à saisir les premiers moments du printemps, s’il ne nous donnoit pas le loisir de mettre le front de la grande demi-lune en aussi bon état que l’autre, ce qui lèvera certainement toute indécision à cet égard *.
* Quand le front de la grande demi-lune ne seroit pas achevé, il seroit étonnant que l’ennemi fit choix de cette atta-
Il faudra n'épargner aucun soin pour être instruit du moment de l'ouverture de la tranchée, On fera tenir à cet effet pendant la nuit trois ou quatre hommes des plus braves ventre-à-terre ou bien derrière quelques pointes de rocher, le plus près qu’on pourra du grand ravin, lesquels viennent avertir du moment où ils entendront déboucher les travailleurs, qu’on éclairera aussitôt de balles à feu, pour diriger l'artillerie et le feu des arquebuses à croc, espingoles, mousquets de remparts et autres armes dont la portée est plus longue que celle du fusil, 11 ne faut pas négliger d’en envoyer trois ou quatre autres de la même manière du côté de la redoute en terre, pour être instruits si l'ennemi faisoit quelque mouvement de ce côté-là. Dès la première nuit, l’ennemi commencera, s’il veut, à établir quelques mortiers dans le grand ravin * ou bien dans celui qui est au delà de la baraque de M. le chevalier de Lévis. Les bombes seules et le ricochet pourront l’inquiéter; mais le ricochet de front n’est nullement dangereux ; cependant il faudra bien en faire usage.
que. Le fort commande trop supérieurement dans cette partie, et les gens peu accoutumés à faire des sièges, comme fa Anglois, seront toujours plus effrayés de ce désavantage qu'on ne doit l'être réellement.
* Si l'ennemi se sert de ce ravin pour ouvrir la tranchée, comme il y a apparence, on pourra l’inquiéter par eau avec les redoutes flottantes de M.Jacau. Le canon de ces redoutes seroit fort utile la nuit pour enfiler les tranchées et surtout pour ns tes les dépôts. Il faudroit tenir ces redoutes cachées le jour pour que l’ennemi n’en eût pas connoissance, les soutenir par des bateaux armés et des détachements à terre, les seconde et troisième nuits, et se déterminer à les perdre à la fin ; mais elles auroient pu être utiles.
Il travaillera, dès cette première nuit, ou au moins à la suivante, à l'établissement de ses batteries de canon, Elles ne peuvent être mieux placées que sur la crête d'en decà de l’un ou de l’autre de ces deux ravins, pour ruiner les défenses du petit front du fort, et, sur sa gauche, une autre batterie pour tirer sur sa grande demi-lune,
S'il établit ses premières batteries de canon à la baraque du chevalier de Lévis, elles seront à la portée du coup de fusil, n'étant qu’à cent dix ou cent vingt toises de l'angle du chemin couvert en avant du saillant de la petite demi-lune, S'il se presse de les mettre au camp de Languedoc et Guyenne, elles feront moins d'effet, mais elles seront hors de la portée de fusil, étant à plus de soixante-dix toises plus éloignées, Cependant il faudra toujours y hasarder quelques coups, et se servir des arquebuses à croc, fusils de rempart, etc., etc., pour tirer dans les embrasures.
Pendant l'ouverture de la tranchée et l'établissement des batteries, le canon doit être servi vivement, comme nous l'avons dit, le jour et la nuit, pour retarder tant qu'on pourra le moment fatal où l'ennemi fera usage du sien *,
Il ne faudra pas manquer, de même qu’à la première nuit, de mettre en usage dans les suivantes les balles d'artifices pour éclairer les travailleurs. Ils chercheront
* D'ailleurs l’escarpement du plateau où l’ennemi doit cheminer continuant jusqu'au fossé du fort, peut servir à faire de petites sorties fréquentes et plus éloignées qu’on n'oseroit les faire sans ce secours.
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à en empêcher l'effet, soit avec des barils sciés par la moitié, soit à force de terre ; mais il faut qu'il entre quelques grenades dans leur composition pour servir de frein aux plus empressées,
Du progrès des assiégeants.
Après l'établissement des batteries, l'ennemi présumera peut-être assez de leurs effets et méprisera assez la place pour s’en tenir là et croire pouvoir la réduire sans cheminer davantage, Si cela arrive, les assiégés doivent le regarder comme la plus grande faute que puissent faire les ennemis et ce qui peut leur donner lieu à une longue défense, Sitôt qu’ils l’'auront reconnu, ils doivent faire leur capital de ménager leurs hommes, leurs vivres, leurs munitions et de nettoyer leurs fossés, réparer leurs parapets, raccommoder leurs blindages et leurs casemates, etc., etc., etc.
Ils doivent donc ne pas balancer à diminuer le nombre d'hommes exposés, à l'exception des travailleurs, qui, de jour, doivent préparer tout ce qui sera nécessaire pour réparer de nuit tous les parapets. On pourra nettoyer les fossés de jour. Il faut avoir soin de les faire décombrer exactement toutes les gurdes, autrement les décombres ‘s'accumuleroient à un point qu’on regarderoit comme au-dessus des forces de la garnison de les enlever.
Pourvu qu’on ait beaucoup de fer, de charbon et des forges, on ne doit pas être embarrassé d’avoir de quoi raccommoder les parapets. Il faudra, toutes les nuits remplacer les pièces qui auront été enlevées le jour, et
les arrêter solidement avec de grandes chevilles de fer ébarbelées, et des liens de fer. S’il arrive que le parapet de toute une face soit rasé, il faut faire les derniers efforts pour en faire un nouveau. On prendra, à cet effet, après avoir nettoyé la place, des pièces de pin de douze ou quinze pouces de largeur et de huit ou neuf d'épaisseur au plus, pour être plus légères, On en mettra plusieurs rangs les uns derrière les autres à la distance d’un pied ou d’un pied et demi, jusqu’à ce que le parapet ait l'épaisseur convenable, On arasera les intervalles de terre bién damée ; puis, sur ce premier lit, on mettra d’autres pièces en travers pour servir de corps morts ou de clefs, aussi à la distance d’un pied et demi, et on les chevillera solidement les unes et les autres avec de longues chevilles de fer ébarbelées. Les trous de tarière doivent être faits d'avance et toutes les mesures prises de jour, afin que rien n'arrête la célérité de l'ouvrage. On continuera de faire des lits de pièces dont les uns seront en long et les autres en travers, et on remplira les intervalles de terre bien battue. Enfin on fera surmonter tout l’ouvrage d’un pied et demi ou deux pieds de terre pour éviter les éclats du bois. Remarquer que les pièces en long peuvent être de différentes longueurs, parce qu’elles se suivent; mais que les pièces en travers doivent être toutes égales à l'épaisseur du parapet. C’est surtout les épaules et les faces du bastion qui souffriront le plus et qu’il faut s'attacher à réparer solidement, Quand on seroit obligé de rendre l’angle flanqué un peu camus pour le faire plus solide, il ne faut pas s’en embarrasser,
Les pièces qu'on tirera de la démolition des bâtiments pourront suffire pour ce travail. Si l’on peut parvenir à réparer à mesure le dégat que fera l'artillerie des ennemis, on pourra compter sur une longue défense. Sinon la terreur s’emparera des esprits, et l’on sera perdu.
Enfin, si la matière manque ou que le canon ennemi enlève toutes les pièces, à mesure qu’on les remplacera, il faudra se contenter de garnir le front attaqué en terre dans des gabions ou sacs à terre, ou, si on est trop pressé, d’y creuser une tranchée tout autour, ce qui doit être la dernière ressource. L’ennemi couvaincu bientôt de l’obstination de la garnison à se défendre jusqu’à ce qu'il y ait brèche praticable au corps de la place, se déterminera à pousser ses attaques. Ses progrès seront lents et ses logements mal faits, parce que la terre est dure, et qu’en ava.. lu pied du glacis il se trouve près de cinquante toises de rocher pelé en plusieurs endroits, Lorsqu'il en sera parvenu là, il trouvera un peu de terre autour de la baraque du major général ; mais il
aura peine à y cheminer longtemps et tâtonnera vraisemblablement pour trouver le chemin le plus facile ; car, s’il se jette trop sur sa gauche, comme ce seroit la route naturelle, il trouvera un rocher vif ; s’il préfère d'aller au travers des anciens ateliers, la terre lui manquera bientôt, Là-dessus il peut arriver trois choses différentes : la première, qu'il tienne la route la moins dégarnie de terre, et il courra risque d’être entilé, écharpé ou vu du revers du saillant de la grande démilune ; la seconde, qu’il chemine pied à pied, en se défilant bien et profitant de toutes les terres qu’il trouvera sur sa route, en faisant apporter le surplus dans des
paniers et sacs à terre, méthode longue et meurtrière, s’il ne met un grand ordre duus ses travailleurs, et s’il n’a de bons sapeurs ; la troisième, qui seroit à mon gré la meilleure et la plus expéditive, qu'il couronne par une parallèle large et profonde tout le terrain où nos ateliers en sont restés, qu’il y amasse quantité de fascines, gabions, surtout sacs remplis de terre, qu’il parte ensuite de là une belle nuit pour établir une parallèle vers le pied du glacis, ayant en même temps derrière lui une foule de travailleurs diligents à transporter les matériaux nécessaires à la communication de cette parallèle. Le logement du glacis sera fait en deux heures à l'abri du coup de fusil, et il ne s’inquiètera guère devant une aussi foible garnison si la communication n’est pas tout à fait perfectionnée. On s’apercevra qu’il médite cette manœuvre par les amas de matériaux qu’il fera, et il faudra ée préparer à l’éclairer de balles à feu de quart d’heure en quart d’heure, et lui lancer une grêle de pierres, de bombes, du canon à cartouche, une mousqueterie des plus nourries ; en un mot, s’il a fallu jusque-là ménager les efforts de la garnison, ce n’est que pour en faire un usage plus vif dans cette occasion et les suivantes ; car, à mesure que l’ennemi approche, la défense doit augmenter de vivacité. Si par le moyen des balles à feu ou autrement, on peut reconnoître à peu près les endroits où on aura placé du monde ventre-à-terre pour soutenir les travailleurs, d'ordinaire c’est sur la droite, la gauche et au centre, ce sera ici la première occasion où on pourra faire sortir par les intervalles deux ou trois petits pelotons de huit À dix hommes chacun, qui feront leur décharge en
criant : Tue ! Tue ! et s’en retourneront au plus vite. Souvent il n’en faut pas davañtage pour mettre du
désordre parmi les travailleurs et leur faire perdre la moitié de la nuit *.
De l'attaque du chemin couvert.
L'ennemi débouchera s’il veut du pied du-glacis pour venir couronner le chemin couvert; car de faire l’honneur à cette place de cheminer pied à pied-sur le glacis et de s'établir par la sape sur le chemin couvert, il ne faut pas l’espérer. Il faut que quelques jours auparavant on ait préparé des traverses à chaque rentrant et dans les branches voisines du front d'attaque, afin de
. pouvoir retourner dans toutes les parties sur lesquelles l'ennemi ne sera pas logé. Ces travérses pourront se faire d’une palissade de chevaux de frise, derrière laquelle on pourra creuser une espèce de tranchée.
Si, jusqu’à ce jour, l'attaque a été molle, qu’on ait pu reconnoître peu de vigueur dans la conduite des ennemis et une grande appréhension d'en venir à un coup de main, que d’ailleurs la garnison, ayant peu perdu, ait une violente envie de se signaler et le commandant d'acquérir une haute réputation, on pourroit disposer le
* Ces petites sorties sont bonnes dans ce cas j mais quoi qu'en disent les Mémoires de Vauban, lorsqu'on n'a pas fait quelques sorties plus tôt que contre la troisième parallèle, l’on ne connoît pas l'ennemi à qui on a affaire assez tôt. Rien de plus essentiel que de le tâter dès les premiers jours ; c'est
sur sa foiblesse ou sa fermeté qu’un commandant règle sa défense,
pervers ar | rame
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chemin couvert pour en soutenir l'attaque de la manière suivante :
Les branches du chemin couvert ayant dix-neuf, vingt ou vingt-deux toises, on en prendroit cinq ou six à commencer du rentrant pour les renforcer en mettant au pied de la banquette une grosse palissade jointière A, absolument cachée du dehors pour n'être pas en prise au canon et pour ne donner aucun soupçon. Sur le talus de la banquette, au pied de cette palissade, on creusera un petit fossé B de deux ou trois pieds de profondeur pour recevoir les grenades des saillants. Sile chemin couvert étoit large, on en creuseroit un pareil en C. On pratique deux barrières en Det en E et deux autres en F et en G.
Lorsque l'ennemi seroit sur le point de donner l’assaut, voici quelle seroit ma disposition, trente hommes dans chaque demi-lune, dont dix chargés uniquement de lancer des grenades et des artifices, et les vingt autres à faire un feu continuel de mousqueterie sur les saillants au moment qu’on les abandonneroit, cinquante hommes à chacun des deux rentrants qui sont entre les
demi-lunes et les faces du bastion de la citerne. Ces cinquante hommes fourniroient huit ou dix homires à chacun des trois saillants voisins, lesquels auroiert ordre, sitôt que l’ennemi déboucheroit, de se retirer par les barrières F et G entre les deux palissades, où ils devroient faire un feu des plus vifs sur les saillants, de même que ceux qui seroient en H et en I. Le reste de ceux qui sont derrière la palissade de I D E H, seroient alors occupés à fournir des fusils chargés aux autres. Si l'ennemi attaque les rentrants aussitôt après les saillants, ceux qui sont entre les deux palissades rentreront par les barrières D et E, et tout le monde fera le feu le plus vif de mousqueterie ; dès que l’ennemi paroîtra sur la crête du glacis, où il lui sera impossible de se maintenir, étant à découvert des pieds à la tête, et de sauter, à cause de la double palissade.
On mettra en outre quinze hommes à la traverse qui est devant la barrière du bastion du pavillon, et vingtcinq au rentrant, qui est entre la grande demi-luñe et les bastions des fours, Ces vingt-cinq hommes dofvent fournir quelques sentinelles le long de l’escarpement des latrines et à la barrière voisine *,
Le reste de la garnison, pendant toute l'attaque, doit border les parapets de la place et faire un feu continuel
* Cette disposition de chemin couvert est excellente et, comme on dit ici, a toujours réussi. Je crois qu'on ne peut mieux faire que de s'y préparer d'avance, quand même on n'oseroit soutenir l’attaque.lu chemin couvert. Les secondes palissades dans les rentrants assurent le soldat et le font rester avec confiance dans le chemin couvert, où il est sûr de ne pouvoir être emporté. D'ailleurs les préparatifs de cette disposition ne peuvent nuire,
de mousqueterie, bombes, grenades, pierres, artifices, surtout balles à feu pour éclairer l'ennemi, canons chargés à cartouches, s’il en reste, le tout dirigé sur les saillants de crainte d’atteindre ses propres camarades dans les rentrants. C’est alors que le canon des flancs doit tirer, sans relâche à cartouche,
On aura grand soin avant l’attaque de visiter exactement, s’il ne manque rien, autour du rempart, des cuoses plusieurs fois indiquées précédemment pour souveñu une insulte au corps de la place, et de faire en cu n-nce une disposition des hommes qui restent dans l'iitérieur, ne fût-ce que pour se tranquilliser l'esprit.
On ne n'hic:: pas de répandre sur la tête du glacis avant l’attsque Gr: ! «usse-trapes, des planches clouées, etc.., et, si on avait de la mauvaise poudre, une certaine quantité, on pourroit en mettre plusieurs sacs trempés dans du goudron, de distance en distance, le long du parapet du chemin couvert, et charger quelque tête sensée d'y mettre le feu à propos au moyen d’un fil souffré. Toutes les fois que l’on s’est servi de la méthode que je viens d'indiquer pour la défense d’un chemin couvert, jamais l'ennemi n’a pu faire que quelques foibles logements sur les saillants. Sitôt que l'ennemi cessera d'attaquer les rentrants, il faut que les meilleurs tireurs se remettent entre les deux palissades, et fassent un feu des plus rasants contre les travailleurs, qui pour lors seront employés à se loger sur les saillants, et vingt-cinq ou trente hommes pourront rentrer au pied des escaliers sous quelque blindage,
Le temps où l'ennemi se logera est le véritable moment à faire une sortie, qui pourroit être exécutée (après avoir fait le feu le plus vif, qui ait fait rester la plus grande partie de la garnison dans les logements reculés des assiégeants) par cent hommes déterminés, qui passeroient, les uns par la rampe qui est à gauche de la petite demi-lune, les autres sur des madriers posés sur chevalets à la droite de la grande demi-lune, d’autres encore sur d’autres madriers placés aux deux rentrants. C’est au commandant à bien peser s’il lui reste en outre assez de monde pour garnir son corps de place, ses demi-lunes et ses logements du chemin couvert, si l’ennemi est capable de poursuivre chaudement ou non ceux qui rentreront, enfin s’il est assez fort pour hasarder le sacrifice d’une perte de ses meilleurs hommes.
Il faudra se maintenir dans les logements du chemin couvert tout le plus longtemps qu'on pourra. Cependant les assiégeants, qui auront rapproché leurs mortiers sur le glacis, feront pleuvoir tant de pierres, de bombes et de grenades, que la garnison s’en trouveroit trop affoiblie pour pouvoir fournir des gardes partout, Ainsi, quand même les ennemis seroient assez mous pour ne vouloir pas s’en emparer de vive force ou par la sape, on sera contraint de les abandonner. En se retirant, il faudra mettre le feu aux caissons sous les logements des ennemis, ce qui offre encore un temps favorable aux sorties ; mais la garnison est trop affoiblie, pour la conseiller.
Sion ne se sentoit pas assez fort pour risquer le hasardeux effort de soutenir le chemin couvert de la manière que ncus venons d'indiquer, il faudroit se res-
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treindre aux demi-lunes, au COrps de place et aux traverses faites aux branches voisines du front d'attaque, sauf à rentrer dans celles que l’ennemi n’auroit pas couronnées. Ce parti est plus prudent, moins dangereux et moins fatiguant pour la garnison. Les circonstances doivent faire juger du parti le meilleur à suivre,
Outre le canon des flancs, on ne doit pas oublier qu'on peut encore tirer parti de quelques embrasures biaisées des courtines pour tirer contre les logements des ennemis sur le chemin couvert,
De la conduite des assiégés après la prise du chemin couvert.
La perte du chemin couvert est regardée avec raison dans tous les sièges comme le prélude de celle de la place. A Carillon où il est sans contredit la meilleure défense du fort *, on ne pourra plus douter.d’une prochaine reddition dès qu'il sera perdu. Il ne s'agira que de montrer de la valeur et de la conduite jusques au bout. En effet, ce qui restera alors de fortifications à la garnison est si étroit et sera battu par les ennemis sur un front ai étendu, que l’on y sera écrasé partout de bombes, pierres et grenades.
Cependant il faudra obliger par son opinitreté les assiégeants d'établir leurs batteries de brèche. Sitôt qu'elles seront prêtes à tirer, on mettra le feu aux fourneaux, si on en a fait sous le glacis; ils doivent avoir leur communication dans le fossé, dont on sera resté
* Les caissons, fougasses et mines sont la meilleure défense des places ; mais il ne faut pas se flatter de trouver des mineurs en Canada.