TROISIÈME PARTIE
De par Son Excellence James Wolfe, major général, colonel d'infanterie, commandant en chef les troupes de 4 Majesté Britannique,
Le Roi, mon maître, justement irrité contre la France, résolu d'en rabattre la fierté et de venger les insultes faites aux colonies angloises, s'est enfin déterminé à envoyer en Canada l'armement formidable de mer et de terre que les habitants voient avancer jusque dans le centre de leur pays, Il a pour but de priver la cou-
ronne de France des établissements les plus considérables dont elle jouit dans le nord de l'Amérique,
C’est à cet effet qu’il lui a plu de m'envoyer dans ce pays à la tête de l’armée redoutable actuellement sous mes ordres.
Les laborieux colons et paysans, les femmes, les enfants, ni les ministres sacrés de la religion, ne sont point l’objet du ressentiment du Roi de la Grande. Bretagne ; ce n’est pas contre eux qu’il élève son bras, I prévoit leurs calamités, plaint leur sort et leur tend une main secourable,
Il est permis aux habitants de revenir avec leurs familles dans leurs habitations, Je leur promets ma protection, et je les assure qu’ils pourront, sans craindre la moindre molestation, y jouir de leurs biens, suivre le culte de leur religion, en un mot jouir au milieu de la guerre de toutes les douceurs de la paix, pourvu qu'ils s'engagent à ne prendre, directement ni indirectement, aucune part à une dispute qui ne regarde que les deux Couronnes.
Si, au contraire, un entêtement déplacé et une valeur imprudente leur fait prendre les armes, qu’ils s’attendent à souffrir tout ce que la guerre offre de plus cruel, sil leur est aise de se représenter à quel excès se porte la fureur d’un soldat effréné.
Mes ordres seuls peuvent en arrêter le cours, et c’est aux Canadiens, par leur conduite, de’se procurer cet avantage. Ils ne peuvent ignorer leur situation présente :, une flotte considérable bouche le passage aux secours dont ils pourroient se flatter, du côté de l’Europe,
et une armée nombreuse les presse du côté du continent.
Le parti qu’ils ont à prendre ne paroît pas douteux, Que peuvent-ils attendre d’une vaine et aveugle opposition ? Qu'ils en soient eux-mêmes les juges.
Les cruautés inouïes que les François ont exercées contre les sujets de la Grande-Bretagne, établis dans l'Amérique, pourroient servir d’excuses aux représailles les plus sévères ; mais l’Anglois dédaigne cette barbare méthode ; sa religion lui prêche l'humanité; et son cœur en suit avec plaisir les préceptes.
Si la folle espérance de nous résister avec succès, porte les Canadiens à refuser la neutralité que je leur propose, et leur donne la présomption de paroître les armes à la main, ils n'auront sujet de s’en prendre qu’à eux-mêmes, lorsqu'ils gémiront sous le poids de la misère à laquelle ils se seront exposés par leur propre CHOIX.
Il sera trop tard de regretter les efforts inutiles de leur valeur indiscrète, lorsque, pendant l'hiver, ils verront périr de famine ce qu’ils ont de plus cher,
Quant à moi, je n'aurai rien à me reprocher, Les droits de la guerre sont connus, et l’entêtement d’un ennemi justifie les moyens dont on se sert pour le mettre à raison, Il est permis aux habitants du Canada de choisir,
Ils voient, d'un côté, l'Angleterre qui leur tend une main puissante et secuurable; son exactitude à remplir ses engagements est connue; elle s'offre à maintenir les habitants dans leurs droits et leurs possessions,
De l’autre côté, la France, incapable de supporter
ses peuples, abandonne leur cause dans le moment le plus critique; et, si, pendant la guerre, elle leur a envoyé des troupes, à quoi leur ont-ils servi? A leur faire sentir avec plus d’amertume le poids d’une main qui les opprime au lieu de les secourir,
Que les Canadiens consultent leur prudence ; leur sort dépend de leur choix.