JAMES WOLFE
Donné à notre quartier général, à la paroisse de Saint-Laurent, île d'Orléans, ce 27 juin 1759.
Lettre écrite de lu part des Anglois
Eté 1759.
M. le curé de l’Ange-Gardien a reçu depuis peu une lettre de M. de Vaudreuil, du 25 de juillet, où a il mande entre autres choses, de lui faire part de tout ce qu’il pourroit apprendre d’extérieur, c’est-à-dire de lui servir d’espion, Pour que M. le curé soit en état de donner des nouvelles à M. le marquis de Vaudreuil, on lui apprend que le corps des troupes, campé près du Sault, est à peu près la moitié de l’armée angloise, et que, si M. le marquis de Vaudreuil veut le connoître à fond, il lui sera permis de passer la rivière, avec toute son armée, au Sault et au camp de Repentigny, sans qu’on lui tire un seul coup de canon, et sans la moindre opposition. C’est le moyen le plus court de terminer la
dispute, de se débarrasser des Anglois, de faire tranquillement la récolte, et de joindre cela à la brillante journée du 31 juillet,
On remarque aussi dans la lettre de M. le marquis de Vaudreuil que ce seigneur persiste toujours dans ses calomnies, Il assure que les Anglois extermineroient entièrement tout ce qui est canadien, Cela, dit-il, est plus qu’évident, Les Acadiens nous en fournissent un exemple frappant, La vérité de cette histoire est que MM. les gouverneurs du Canada se sont donné des peines infinies pour faire soulever ces pauvres Acadiens contre leurs princes légitimes. Ces Acadiens n’avoient à se plaindre d'aucune injustice de la part du Roi d'Angleterre, leur souverain, qui les a chéris comme ses autres sujets, tant qu’il avoit la moindre espérance de les ramener à leurs devoirs, Ces Acadiens, autrefois si heureux, se joignirent aux ennemis de leur prince ; et, par une mauvaise conduite, l'ont obligé enfin de les chasser de leurs terres, ce qui ne fut jamais arrivé, s'ils eussent été tranquilles et obéissants,
Pour ce qui est dit dans les lettres de représailles de M. de Vaudreuil, les Anglois ne s’en mettent point en peine. Les habitants de Beaupré peuveut être persuadés que ce qui est contenu dans le manifeste est vrai et de bonne foi. Pour qu’ils en soient pleinement assurés, on leur déclare encore une seconde fois que, s'ils ne mettent pas les armes bas avant le 20 de ce mois, leurs maisons et leurs granges seront brûlées, et leurs campagnes ; et l'on verra si M. de Vaudreuil prendra des mesures pour en empêcher l’exécution. M. le curé ne dit pas que les Anglois ne manquent ni de guides, ni d’intelli-