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poux peu qu’on lui opposât quelque résistance, D'ailleurs, j'ai été obligé de traverser en canot en revenant, les roues de ma voiture que je faisois passer à gué avoient de l’eau à un demi-pied au-dessus du moyeu, Cette rivière se jette cependant dans le fleuve par un saut de plus de quinze pieds de haut; apparemment que, malgré cette chute, la marée montante y cause un reflux qui la gonfle au point d'en rendre le passage dangereux.
Ces trois bras passés, on entra dans le bois du cap. Le chemin parallèle aux bords Gu fleuve en est éloigné d’une lieue ; il est mauvais et rempli de gros cailloux qui embarrasseroient bien l'ennemi, s’il avoit un train d'artillerie à y faire passer. Ila une lieue de long; après quoi, on en fait un quart sur un terrain mouvant, où la moindre pluie fait enfoncer jusqu'aux moyeux. A l'issue de ce passage désagréable, on se trouve sur la pointe au Foin, d'où l’on voit l’île aux Grues, d’une demi-lieue de longueur, A sa pointe règne un banc de sable d'autant, qui veille à basse mer, et sur lequel on communique de pied sec à l’île aux Oies ; ce qui ne peut se faire à haute mer, Le fleuve a dans tout ce trajet plus de trois lieues de large, et ses bords sont escarpés depuis douze jusqu’à vingt pieds de hauteur,
On arrive de là à l’église de la pointe à la Caille, où le fleuve devient sensiblement plus large. Ses bords sont peu escarpés; mais à trois ou quatre cents pas règnent deux élévations de quatre à cinq toises chacune, qui forment un amphithéâtre très favorable à une défense, 11 «::duit jusqu’à la paroisse de Bon-Secours, où se voit l’üette qui n’est qu’une presqu'île à basse
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mer, Après un intervalle d’une demi-lieue l’amphithéâtre recommence jusqu’à la rivière des Tortues, que l'on passe sur un pont de bois à une demi-lieue de l'église de Bon-Secours, Elle est étroite et peu profonde. Le fleuve paroît avoir au point où il la recoit cinq à six lieues de large. On n’y voit plus d’iles, mais quelques rochers et bancs de sable à demi-lieue de la côte. Le bord dans cette partie n’est point du tout escarpé et exigeroit quelques travaux si l’on vouloit en rendre l'accès difficile. A une lieue de cette rivière, on retrouve les deux élévations de terre dont je viens de parler avec une rive plate et cultivée, jusqu'à la rivière aux Trois-Saumons, que l’on passe sur un pont de bois, et où les chaloupes peuvent remonter à haute mer, ce ‘qui seroit impossible à marée basse ; car elle se jette dans le fleuve jar une espèce de saut, Là les bords s’escarpent et sont boisés jusqu’à la rivière du Port-Joli qui n’a rien de différence de celle des Trois - Saumons. Ils continuent de même jusqu’à l'église Saint-Jean d'où l’on aperçoit la pointe de l’île aux Coudres. Cette église est située entre le fleuve et le bois de Saint-Jean, que L: ch:min traverse pendant une lieue; après lajuelle 1 se rapproche du bord de l’eau, où il n’y a point d’escarpement, mais qu'il seroit facile de retrancher., Après une lieue de marche, on arrive à l'église Saint-Roch et l’on passe la rivière Ferrée, dont le lit est étroit, mais les bords fort escarpés, ce qui forme un bassin assez profond, où les chaloupes remontent à haute mer jusqu'au pont de bois sur lequel on la passe. Il n’y a rien à remarquer dans cette paroisse, On trouve à quatre cents toises
de l’église Sainte-Anne la rivière de la Ferme, plus petite que la rivière Ferrée, Cette église est dans une anse fort vaste où les bords du fleuve ne sont point escarpés ; mais le contour de l’anse est terminé par une chaîne de rochers qui enveloppe l’église et quelques habitations. A quelque distance de cette paroisse est le cap Martin, célèbre par la descente qu'y firent les Anglois, où ils n’eurent point de succès. Les chemins sont fort mauvais de Saint-Roch à Sainte-Anne et remplis de rochers éparpillés, de passages difficiles au travers des bois bien fournis en quelques endroits, et que les rivières dont je viens de faire mention rendent encore plus incommodes, lorsqu'il est question de conduire des attirails et des voitures à quelque distance de l’église Sainte-Anne. La chaîne de rochers dont je viens de parler laisse un intervalle étroit, au travers duquel passe le chemin. (Cette chaîne se sépare en deux, ce qui conforme une gorge de près d’une demilieue, où un petit détachement pourroit arrêter une armée, Le bord du fleuve est alors très escarpé. Après ce petit trajet, les rochers s’aplatissent et le fleuve n’a plus d’escarpement. Alors commence la Grande-Anse, Elle est traversée par la petite rivière Saint-Jean et par le grand et petit ruisseau, à un quart de lieue de distance l’un de l’autre, Toute cette anse est d’un accès facile de pleine mer; mais que deviendroient les ennemis s'ils vouloient y faire un débarquement ?
Il leur seroit difficile de pénétrer dans les terres d'aucun côté. S'ils le tentoient jamais, je penserois qu’il faudroit les laisser faire en les observant des hauteurs voisines ; après quoi, il seroit aisé, selon le parti qu'ils
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prendroient, de les écraser dans quelques défilés et peut-être même de leur couper la retraite. La rivière Ouelle termine cette anse au nord-est ; son lit est large de vingt à vingt-cinq toises. On peut la passer à gué, de basse mer, précisément à son embouchure, à un quart de lieue au-dessus, et deux lieues plus haut, Elle est fort profonde partout ailleurs, et, de haute mer on y remonte des bâtiments de plus de soixante tonneaux. Le commerce exigeroit encore un pont sur cette rivière, Les Anglois y débarquèrent autrefois et furent vivement repoussés par une poignée d'habitants. Ils s’en tireroient peut-être encore plus mal aujourd’hui, L'embouchure de la rivière Ouelle fait deux pointes qui n’ont point d’autres noms que la pointe Sud-Ouest et Nord-Est. A un quart de lieue de cette dernière est la pointe aux Iroquois ; à une demi-lieue de celle-ci, celle aux Orignaux, le tout parsemé de rochers et de bois, Après avoir passé la rivière Ouelle, le chemin de Roi s'éloigne du fleuve de plus d’un quart de lieue et traverse un bois qui n’est à proprement parler qu'un rocher chargé d'arbres, Après ce trajet, le bois continue sur la droite, et les rochers, mais moins impraticables. C’est ce qu’on appelle les Coteaux. Ils sont terminés au sud-ouest par le gros cap connu par les navigateurs, sous le nom de Cap-au-Diable, Il forme l’une des pointes de l’anse du Petit-Kamouraska, assez profonde mais bien boisée, Elle est terminée au nord-est par le cap Blanc. Dans cette anse passe la rivière du Petit- Kamouraska et les ruisseaux des Plaines et de Dumont, On voit plusieurs rochers et banes de sable, à un quart de lieue dans le fleuve, l’île aux Corneilles, l’île Brulée ;
celle de la Providence, des Patins et la Grosse-Ile, Les chemins deviennent alors encore plus difficiles, et je ne pense pas que l'ennemi tente jamais rien dans cette partie.
Après cette anse, on cotoie le bord du fleuve d'assez près, qui est fort escarpé et boisé, On s’en éloigne de dix à douze arpents pour passer sur un pont de bois la rivière Kamouraska que les chaloupes ne peuvent remonter qu'à haute mer. On arrive à l’église Saint- Louis qui est la dernière paroisse sur cette côte.
Le fleuve n’a dans cette partie aucun escarpement à marée basse, Il faut faire près d’une lieue dans la vase, pour arriver sur le bord, ce qui rend la marche très difficile. De haute mer, l’eau vient jusqu’au bord du chemin et passe même quelquefois par-dessus.
Au sortir de Kamouraska, on retrouve des bois à droite et à gauche, et l’on passe entre des rochers qui font une anse d'environ trois lieues. On passe la rivière à Fouquet, plus petite que celle du Kamouraska. Au nord-est de cette rivière est un gros rocher qui continue en chaîne sur les bords du fleuve, jusqu’à la rivière des Caps, éloignée de l’autre d'environ une demi-lieue, On voit de là les îles aux Pèlerins. Aux deux côtés de cette petite rivière sont deux petites îlettes. Les rochers forment alors une courbe dont le plus grand diamètre peut être d’une lieue et demie Les chemins deviennent alors si mauvais que je n’ai pas cru qu’il fut nécessaire d’aller plus loin.
Il faudroit supposer aux ennemis une très grande imprudence s'ils tentoient un débarquement à la côte du sud, Quelque point qu'ils voulussent choisir à cet
effet, comment viendroient-ils jusqu’à Québec avec des trains d'artillerie et de voitures au travers des bois, des gorges et dans des chemins coupés de tant de rivières et de ruisseaux? Ils auroient de la peine à réussir quand on ne leur opposeroit même aucune résistance, Pour peu qu'on voulût ajouter aux difficultés des différents passages, en escarpant des ruisseaux et par des abatis d'arbres, qui sont communs dans toute cette partie, ils n’en pourroient venir à bout, Arrivés d’ailleurs à la pointe de Lévis, ils seroient obligés de traverser la rivière sous le canon de la place, que l’on a multiplié avec autant de soin que d'intelligence.
S'ils font quelque tentative à cet égard, le grand point est d'en être averti promptement et d'aller à eux. Dans quelque paroisse que l’on se trouve, on pourra les chicaner par des embuscades, qui auront du succès ; ar le pays est très propre à cette guerre de chicane,
L'objet essentiel est de protéger nos vaisseaux dans le fleuve et d'y inquiéter ceux de l'ennemi, s'ils y avancoient, La nécessité où nous nous trouvons de tirer de France des secours de plus d’une espèce fait assez sentir la vérité de cette proposition. Si les ennemis s'emparoient de quelques-unes des îles que l’on est obligé de ranger de près, ils pourroient troubler notre navigation avec des mortiers et des canons établis à cet effet. L'île aux Coudres est peu habitée, et par conséquent sans défense ; celle d'Orléans n’est protégée de rien et d'un facile accès,
I seroit peut-être à propos de faire quelques travaux
à la pointe nord-est de cette île, et de construire deux batteries qui se croiseroient, l’une à cette pointe, et
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l'autre à l'ile Madame. Les vaisseaux forcés de passer sous leur feu, en seroient fort incommodés, Une batterie au cap Tourmente seroit d'autant plus avantageusement placée que l'ennemi ne pourroit s’en emparer.
La pointe de l’île d'Orléans, la plus voisine de Québec, exigeroit une bonne batterie construite solidement et de manière à pouvoir en diriger le feu en tous sens, Il faudroit qu’elle répondit au point de la côte du Nord, où l’on appuiera la droite des lignes dont on ne peut se dispenser d’envelopper la ville ; car il me semble qu’il seroit dangereux de laisser approcher l'ennemi trop près de nos fortifications. Il est toujours avantageux d’ailleurs de rétarder sa marche et ses approches, et de le tenir éloigné de l'objet qu’il a dessein d'attaquer. Ces chicanes lui feront employer sans succès un temps précieux dont il espéroit tirer tout un autre parti.
(sans signature)
Etat des mémoires présentés au ministère en janvier 1759, par M. de Montcalm à M. Berryer.
1.— Positions et projets des Anglois dans l’Amérique septentrionale ; situation de la France dans le Canada, relativement aux forces, munitions de guerre et de bouche,
place de défense, frontières menacées.
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Il.—Ce qu'il faudroit que la France envoyât pour mettre les affaires en Canada dans une inégalité moins grande. Si elle ne le peut ou ne le veut, ce qu’elle ne peut se” dispenser de faire pour qu’on puisse au moins tenter de se défendre ; dispositions à faire à cet égard.
III. — Ordres à envoyer de la Cour relativement à la campagne prochaine.
IV.—Ce que la France peut faire de son côté pour la défense de Québec ; dispositions à faire et ordres à donner relativement à cet objet,
V.—Dans quel temps doivent partir les vaisseaux pour le Canada; conduite qu'ils doivent tenir.
VI.—Québec pris, faut-il rendre le Canada ? Le Canada perdu, la France peut-elle soutenir la Louisiane? Dispositions à faire, ordres à donner relativement à ces objets,
VII. —Si la France pouvoit et vouloit faire un armement considérable pour dégager le Canada, par quelle opération y réussiroiton le plus efficacement ?
A. MM. de Belle-Isle, Crémille, Berryer, de Choiseul, d'Estrées, et à Mme de Pompadour pour le conseil du Roi.
VIII.—Précis de tous les mémoires précédents, réduits à un tableau sommaire.
IX.—Mémoire particulier et détaillé sur le projet de descente à la Curoline, les moyens d'exécution, l’espace et quantité de forces à employer, le temps de l'exécution, les opérations politiques et militaires à faire chez l'ennemi, le calcul de la dépense,
X.— Projet contre la baie d'Hudson et autres, dépendant de circonstances connues du ministère seul.
XI.—Quelle est aujourd’hui la probabilité de l'issue qu'auroit une descente en Angleterre, une en Ecosse, une en Irlande ?