‹ Lettres et pièces rares ou inéditesChapitre 102 sur 142 · SCARRON A M. NUBLÉ · texte numérisé non relu

SCARRON A M. NUBLÉ

[Autographe.— Bibliothèque impériale de Vienne, manuscriu Hohendorf,

13&, }, lettre 303.]

[Avant 1656 *.]

Monsieur,

Vay une extrême enuie de vous voir , mais je ne puis sortir, faulte d'habit d'esté , et je noseroispas ciuillement' vous prier de faire le long trajest du Marais au fauxbourgi pour venir voir une personne qui ne faictque vous donner de la peine et ne vous sert de rien.

Je ne sortiray point de toute la semaine. Si vous venes ches monsieur du Puy, ou quelque aultre part près de mon logis, vous mobligeres infiniment si vous vous donnes la peine de me venir voir.

Je ne scay si madame de Choisy aura leu ma co-

* La lettre n*est pas datée. Comme die cite un des frères Dopuy, fignore lequel, et qu'ils sont morts l'un en f65f , l'autre en 1054, il eat éfldent qu'elle est antérieure à cette dernière date. Le nom dé M"* de Choisy pourra fournir peut-^étre une indication plus précise*

* « Sans manquer à la cifilité. »

medie et si elle lui aura pleû ; Jay bien peur quelle m'aura donné auprès délie la réputation d'un grand fou.

Tel que je suis^ je Ihonnore extrêmement; et monsieur son mary aussy .

La première fois que je sortiray i jiray soandalliser encore toute leur maison pour ma figure irrégulière.

Ce pendant je suis comme je serai toute ma vie,

Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serriteur,

SCÀRRON.

REMARQUES SUR CETTE LETTRE

Scarron ne peut sortir faute d'un habit d'été. Quel trait de mœurs ! C'est d'abord une preuve de pauvreté dans un tel écrivain, mais ce n'est pas là tout ce qu'il faut y voir. Sa pauvreté fut réelle, et avant d'obtenir son canonicat, comme depuis qu'il y avait renoncé pour se marier, il vécut souvent de gratifications. Il obtint ensuite cette pension de Mazarin qu'il perdit trop tôt et celle de Fouquet, qu'il garda toujours.

Mais la pauvreté de lauteur n'est pas tout ce qu'il faut voir dans sa lettre. Ce qui doit frapper davantage, c'est qu'en ce temps on était à ce point esclave de la mode ou riche en toilette , que le même habit ne pouvait se mettre en des saisons diverses.

D'un autre câté, Scarron ne voulait pas se permettre d'engager son ami à faire le trajet du Marais au faubourg

[Saint*Gennain, sans doute]. Il n*osc demander une visite que dans le cas où son ami serait dans le quartier, chez M. Dupuy, par exemple, avec qui nous avons (ait connaissance tout à rtieure. C'est qu'il a quelque demande à Caire , car il demandait volontiers.

A cette lettre de Scarron nous en joignons une de sa aœur, et quelques billets de M"* d'Âubigné, depuis M">* Scarron , plus tard M"*" de Maintenon.

La première de ces pièces donne quelques détails sur la situation de la veuve de Scarron, et sur les sentiments qu'elle montra de la perte de son mari.

Les autres caractérisent la femme illustre qui les écrivit.

M"* SCARRON A M. NDBLÉ.

[Autographe. — Vienne, Bibl. imp., mannscriu Hobendorf.]

[Puis, 1660.]

Monsieur^

Je vous escris la mort de mon frère avec toute la douleur imaginable.

Sy quelque chose me peut consoler , sest la fin quil a faite , qui est la plus belle du monde.

Je vous prie de prier Dieu pour luy.

Jay desja parlé de vos interrests. Lon dit que tout ira en déconfiture et par conséquent tout a la vefue. Je crois quil seroit bien appropos que vous vinssiez faire un voiage icy. Vous scaves Tinterrest que jy ay. Nayant point fait mon partage , lon ma conseillé de me prendre a la terre de madame Cigonne. Je croy que je ne vous ay point donné de consentement quand vous Tauéz acheptée. Je vous prie de men mender la vérité, comme tout sest passé , le plustost que vous pouvez •

Ma belle sœur* sest misse a la petitte charité , fort affligée de la mort de son mary.

I If»

M*- Scam>n (M*** d'Aubigné ).

Je vous demende la grâce de me conserver une part a la mitie que vous auiéz* pour luy, et de me croire plus que personne du monde,

Monsieur,

Yostre très humble seruente*.

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