LETTRE DE SCARRON A M, NUBLÉ
NOTE INTRODCCTITE.
M"'* de Maintenon , présentée à Louis XIV par M"* de Montespan , dont elle élevait les en&nts ill^itimes , avait elle-même vécu dans une société peu austère, celle de Scarron. Mais jusque dans cette condition si humble, elle avait ennobli les revers de la fortune par tout ce que la pureté du cœur, Télévation de Tesprit et une admirable convenance dans toutes les relations , peuvent conférer de dignité au malheur.
Son mari avait de la décence. On connaît ses lettres, qui méritent d'être lues, aujourd'hui que ses romans ne le sont plus. En voici une fort touchante , qui m'est tombée entre les mains par une véritable bonne fortune. Elle est touchante par l'aveu si naïf de cette pauvreté que chacun sait ; par l'aveu, plus naïf et plus méritoire encore, de cette laideur que Scarron connaissait lui-même , et qui le faisait se qualifier de « raccourci de la misère humaine. »
Il était malheureux , en effet , malgré la pension de quinze cents livres qu'il tenait de la bienveillance de Fouquet; malgré son marquisat de Quinet , car c'est ainsi qu'il qualifiait le bien que lui valait la vente de ses livres par Quinet.
U était malheureux en dépit de tout son esprit, de son humeur joviale et de sa forte raison.
Mais la Providence lui avait ménagé de brillantes com-
pensations, et surtout l'union avecM*^ d*Âubigné, dont les grâces firent de sa maison le rendez-vous des personnages les plus distingués , de Turenne, de Mignard, deMM"^* de Sévigné et de La Sablière.
Son orthographe étonne. II était né en 1610, et il vécut jusqu'en 1660.