M»^" D'AUBIGNÉ [M- DE MAINTENON] A M. NUBLÉ
[Autographe. — Bibliothèque impériale de Vienne, papiers Hobendorf,
fol. 135, 1. 1, lettre 81.]
[Paris, 1660?]
M. de Bruilly ne pouuoit mobliger * plus sensiblement quen me rendant de bons offices auprès de vous , et il na pu vous exagérer assez le cas que ie fais de votre mérite et de lamitié que vous m'avez promise.
* Je conserve l'orthographe , mais je ponctue et je mets les alinéa.
Vous avez perdu un amy si zeelé» en la personne de feu M. Scarron, quil me semble que je dois partager vostre douleur aussy bien que tous partages la mienne.
le vous en suis infiniment obligée, et ie suis plus que ie ne vous saurai dire,
Vostre très humble seruente.
F. AUBIGNE.
Sans date. Adr«fM : « A Moniieur Monaieur NuUé, advocat eo parle» sneDky à Amboiae. »
REMARQUES SUR CETTE LETFRE
On voit que c'est une réponse à une lettre de condoléance écrite par M. Nublé au sujet de la mort de Scarron^
A ce point de vue , rien de plus convenable, mais rien de plus mesuré et de plus sobre. On dirait que M*"' Scarron a lu la lettre que sa belle-sœur vient d'écrire au même M. Nublé, et qui atteste entre eux une intelligence si peu favorable, aux intérêts de la veuve. On dirait que c'est pour cela qu'elle remercie H. Nublé si brièvement de l'affection qu'il lui témoigne et de l'amitié qu'il lui a promise.
n n'y a pourtant pas de sécheresse dans cette réponse : elle n'est que grave et digne ; mais elle l'est à ce point , qu'elle semble par avance porter l'empreinte de la haute destinée qui attend Ut jeune veuve à Versailles.
Sous le rapport du style , cette lettre est un chef-d'œuvre de précision et de finesse. Cela n'étonnera personne : M"** de Maintenon , née en 1635 , contemporaine de l'Académie française , et morte en 1719, a vu toute la gloire de
et qu'on appelle le siècle de Louis UV, à qui elle a sur* vécu de quatre ans.
Madame de Maintenon est une des plus pures expressions de son temps ; elle en a les mœurs , les idées , les préjugés, l'intolérance et la dévotion; elle en a Tinstruction , le langage aisé , brillant et net.
Chacun sait la vie de M"** de Maintenon ; chacun a lu ses Lettres , publiées par Labaumelle y ses Mémoires, mis au jour par le même [9 vol. in-12, 1756] , et par CoUin [6 vol. in-8'', 1807]. Chacun se rappelle son portrait tracé dans tous les Mémoires du temps , et particulièrement dans les SeMenin de M"* de Caylus. Cfateon peut donc juger de l'authenticité de cette lettre. Elle est d'ailleurs écrite tout entière de la main de M'"'' Scarron , qui se plaît à s'appeler M^^d'Aubigné.
J'estime que chacun y reconnattrait l'auteur , n'eût-il consulté sur elle que le facile ouvrage de M. Suard , Madame tte Maintenon peinte pêtr dt^-même, Paris , 18 tO.