‹ Lettres et pièces rares ou inéditesChapitre 112 sur 142 · LETTRE DE FONTENELLE Â FORMEY · texte numérisé non relu

LETTRE DE FONTENELLE Â FORMEY

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Né le 11 février 1657, mort le 9 janvier 1757» Fontanelle , neveu du grave Corneille , fut dans sa jeunesse Tami de l'abbé de Saint-Pierre et de Tabbé Yertot , ainsi que l'adversaire de Racine et de Boileau. Dans sa vieillesse» il fut Tami de tout le monde , avec un penchant si décidé pour les nouvelles idées qu'il ne put s'empêcher de les mettre dans ses productions.

Fontenelle avait d'ailleurs trop de goût et tenait trop à son repos pour se faire ouvertement l'antagoniste des idées et des choses sous lesquelles il avait vécu pendant les cinquante premières années de sa douce carrière.

Aussi n'aborde-t-il rien de sérieux dans la lettre qui suit, et qu'il écrivit à l'âge de quatre-vingt-dix ans. Mais eUe est d'une finesse de pensée et d'une grâce de style bien dignes de l'auteur de la Pluralité des Mondes, àUsmène, et des Dialogues des Morts. Formey, qui était ministre de la religion , avait insisté dans sa lettre sur l'importance des mœurs dans un écrivain. C'est à cette partie de la lettre que répond surtout le spirituel vieillard.

PONTENELLB A FORMEY.

[Autographe. — Bibliothèque royale de Berlin , NQii^il d'aulogf ap^ ,

vol. 4.]

Monsieur,

La lettres dont nous m'auez honoré , est pour moi une oiroonatanee bien glorieuse » et bien agréable de la grâce que uotre Académie m'a faite.

Il y a long temps que ie connois uotre nom illustre dans la littérature , la grande étendue , et la grande variété de uos conuoissances, et enfin > ce qui dit tout, le choix qu'un Roi, grand connoisseur en tout genre , et qui est en grande ueneration a toute l'Europe, a fait de nous pour être un acteur principal dans une académie dont il est le père , et un père très tendre.

11 est vrai que cette lettre, qui me touche tant, est beaucoup trop obligeante, et trop flateuse, ma uanité même ne peut s'empêcher d'en conuenir, il faut en rabattre, et i'en rabats en effet, bien persuadé cependant que ie n'en rabats pas assés.

11 y a au contraire un article que ie uoudrois grossir en ma faneur, c'est celui ou nous me faites sentir de l'estime pour les gens de lettres qui auroient des mœurs y i'auoOe que ie serois très flaté

' Je conserve Torthographe et la ponctuation ; mais je mets les alinéa et quelques m^uscules.

de n'être pas tout a fait indigne de la vostre par cet endroit là , mais comme nous auriés raison de la tenir a un haut prix, ie serois peut-être trop téméraire d'y aspirer.

Du moins serai ie touiours auec beaucoup de reconnoissance et de respect ,

Monsieur ^

Votre très humble et très obéissant serviteur ,

FoifTENELLE.

De Paris , ce 1 1 janvier 1 750.

Écriture trés-litible mais empreinte des marques de la vieillesse.

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