‹ Lettres et pièces rares ou inéditesChapitre 125 sur 142 · UNE NOUVELLE DE · texte numérisé non relu

UNE NOUVELLE DE

[Copie. ^ Bibliothèque Royale de Munich, cod. GaU. 400.]

Puis, 1751.

.... Il semble (ju'un esprit de vertige s'empare des tètes, et sème la division dans tous les États.

Le directeur d'une troupe de oomédiens établie à Marseille ayant fait venir M*^ Dumesnil , la première actrice de notre théâtre pour le tragique , et l'étant engagé à lui donner 8,000 liv. pour quarante repré-» sentations, il a obtenu en conséquence la permission du duc de Yillars , gouverneur de la province, d'augmenter le pri;ic des places. Mais n'ayant pas eu y attention d'en prévenir le public, ce même publie, offensé, a déserté d'un commun accord le spectacle, au point que le malheureux directeur a été obligé de quitter la ville.

II est allé s'établir à Âix*

Cet événement a donné lieu aux deux lettres dont on donne ici la copie*

La première est de M. le comte de Saint-Florentin, ministre secrétaire d'État, aux échevins de Marseille., et la seconde est la réponse de ces mêmes échevins.

Elles n'ont besoin de commentaire ni Tune ni Tautre pour être bien entendues***.

LETTRE DE M. LE COMTE DE S^FLORENTIN A MM. LES tCHEVINS DE MARSEIUE.

Je suis informé^ Monsieur^ que dani l'espérance d'une diminution du prix deg places de la comédie, et pour la rendre pour ainsi dire nécessaire, il «*est fait des cabales pour ne plus y aUar; qu^l y a des paris ouverts à qui n'y ira pas, et qu'il y a eu des gens assés mal intentionnés pour tâcher de dimi->* nuer le crédit des directeurs.

Les bontés que j'ai pour la ville m'engagent à vous prévenir des inconvénients auxquels elle s'expose*

11 n'y a absolument aucune diminution à espérer] le Roi ne veut pas en entendre parler*

Si par entêtement , par intérêt ou par fausse vacuité , on s'obstine à abandonner le spectacle , et que par ce moyen et par d'autres manœuvres le direc** teur ne puisse plus se soutenir, je proposerai au Roi de donner des deffenses pour qu'il ne puisse à l'avenir s'établir aucune troupe dans la ville.

Vous ne scauriés trop communiquer ma lettre » ni faire trop d'attention à ce que je vous marque ^ parce que TefiFet suivra certainement la menace.

Je suis, etc.

LETTRE DE BfM. LES ÉCHEVINS DE

A M. LE COMTE DE SAINl-FLORENTIN.

Monseigneur,

Nous avons répandu dans le public, suivant les ordres de V. G. , la lettre qu*il nous a fait Thonneur de nous écrire le 23.

Les tenans de la Comédie , ceux qui la frequen*toient avec le plus d^assiduité, n'en sont plus empressés.

Peut-être Téloquence et le zèle de M. l'évèque ne contribuent pas moins à ce changement que Yinté^ rét, Ymtêtemeiit et la fausse vanité.

Le prélat déclame et fait déclamer sans cesse contre le théâtre, les spectateurs et les spectacles.

Si le Roi deffend qu^il ne s^établisse à Tavenir aucune troupe dans notre ville, nous reprendrons une des anciennes coutumes de nos illustres ancêtres. Vous savez, Monseigneur, que dans les beaux jours de notre République , lorsque nous donnions des loix au lieu d'en recevoir, nous fermions scrupuleusement nos portes aux histrions, de crainte qu'ils ne vinsent altérer la pureté de nos mœurs.

Nous avons Thonneur d'être , Monseigneur, etc.

VERS PJîlS MARSEILLAIS

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