‹ Lettres et pièces rares ou inéditesChapitre 133 sur 142 · LA CONDAMINE A FORMEY · texte numérisé non relu

LA CONDAMINE A FORMEY

Au château d'I^iuuilli , près Hatn en Picardie, le 28 sepletubre ilbd,

^loiisieur, j'ai reçu par M. Tabbé Trublet, le 1 7 sept.9 la lettre que vous m^avez fait Thonneur de m'écrire^ du 30 aoust, en réponse à la mienne.

Je sais que feu M. de Maupertuis vous était attaché par les liena de Testime et de Tamitié. Je Tai toujours counu rempli de ces sentimens pour vous. J*ai été touché de voir l'expression des vôtres envers T illustre défunt, dans la lettre que vous avez écrite à M. de Tressan^ qu^il m'a communiquée, ainsi que le discours que vous avez prononcé le 23 aoust dans l'Académie.

J'attends de M. Moreau de la Primerais, son cousin germain et son exécuteur lesta meu taire, des

mémoireB sur leg premières années de sa vie» ei les dattes des faits qui peuvent entrer dans l'éloge académique dont M. de Fouchy est chaîné comme secrétaire de l'Académie. Je ne manquerai pas de vous en faire part.

En attendant Je vous eqvoye le premier jet de 1^ première ébauche d^une épitafe que M. U pomte de Tressan m'avoit demandée pour le défunt.

M. Bernoulli m'a mandé qu'on n^en pouvoit fttire usage , qu'elle est trop étendue pour la pierre du monument de Dornac , lieu de la sépulture , à laquelle il fait travailler. Il s'est adressé ^ un de aes amis I et il me mande que Tintention du défunt etoit qu'on n'en fit point. Si sa famille veut élever, dans quelque église de S. Malo^ un autre monument a sa mémoire, ils verront sils jugent a propos de tirer parti de mon projet d'épitafe. En attendant je vous l'eavoye ; vous y trouvères peut être quelque circonstaqce qui vous etoit inconnue. Il y a plusieurs choses à réformer, et je profiterai avec plaisir des avis que vous voudrés bien me donner} et que je vous demande , quoique j'ignore encore le parti que prendra sa famille a cet égard.

J'ai vu dans votre lettre a M* de Tressan i que vous croyés que M. de Maupertuis etoit de 1697. M. Moreau, qui a son extrait batistaire, me mande qu'il est né le 28 sept. 1698; aia^i il n'avoit pas encore 61 an [s]. Toutes les gazettes se sont trompées sur son âge , même celle de France , quoique

j'eusse eavoyé cette datte a Tauteur. Elle n'p^t exactemeat que dans le Mercure de septembre y où je Fai corrigée sur Tepreuve i^f^ême,

4e d^sirerois savoir en quelle apnée 1q Hoi 4e Prusse la honoré de Tordre du ipérite ; jç crois ^ Monsieur, qpe vous seul pouvés m'en instruire.

Je Viens en ce montent même de recevoir quelques mémoires de M. Moreau de La Primerai^ sur les premières années du défunt, jusqu'il son arrivée à PariS| et son entrée à l'Académie. Il me les envoyé pour M. de Foucbi, qui en doit fçiire u^ge ^ \^ rentrée publique de la 8. Martip. Je vops en enver<rai une copie, a laquelle je joindrai ce que je pourrai savoir d^^illeurs. Vous n'en êtes pas pressé , a ce qu'il me paroit^ n'en pouvant faire usage avm^t le mois de jçinvier. Je ne prens ce délai qne pour tacher de rendre le mémoire plus complet, et j^ vou^ renverrai plustot, si vous \^ désirés.

Je desirerois fort que S. M. f. S qui n^a pa» dédaigné prendre sa défense contre Y. ^, eut le loisir de faire a S£^ mémoire le même honnenr qu'il a f^it a celle de plusieurs acs^demiciens qni lui ont été attachés; je doute que le^ circonstance^ présente? le lui permettent, quoiqu'il trouye.du temps poqr tout, et qu'on puisse dire de ce monarque;

Pluribus iDtentus superest ad singula sensns.

J'admire, Monsieur, votre tranquillité philoso-

' Sa Majesté Prussienne. — > ' Voltaire.

"phique au milieu des troubles préseus : elle est comparable a celle d'Archimede, mais elle sera plus heureuse. le ne sais comment vous^ pouvés suffire a vos travaux et trouver du tems pour tout. Je serois très flaté d'entretenir avec vous une correspondance réglée , mais je craindrois qu^elIe ne fut pas aussi régulière de ma part que je le desirerois. Je suis fort arriéré de toutes celles que javois en peis étrangers. Mon nouvel état ^ a multiplié mes occupations; et mes voyages fréquents en Province , ou je passe la moitié de Tannée, n'étant pas en état d'avoir un ménage a Paris , ne me permettent de remplir que fort imparfaitement les devoirs de la société. Mes amis particuliers sont ceux de qui j'exige le plus d'indulgence ; mais vous me trouverez très ponctuel , Monsieur ^ quand il sagira de quelque affaire qui vous intéressera personellemeot et qu'elle dépendra de moi ou de ma bonne volonté.

J'ai prisy sans avoir Thonneurde vous connaitre particulièrement, le plus tendre intérêt a la perle que vous avez faite de Mesdemoiselles vos filles.

Je saiS) Monsieur, que vous travaillez au Journal encyclopédique y qui donne de très bons extraits et qui me parait, de tous les journaux d'Europe, le plus répandu.

J'ai appris aussi que vous aviés fait une traduction de Pline, ouvrage qui me paroit exiger la vie entière d'un homme très savant et très laborieus»

* La Condamine avait épousé sa jeune nièce.

ouvrage que M. de Malesherbes avoit eu dessein de confiei^ à plusieurs savans, en chargeant chacun de sa partie, et auquel je vois qu'il a renoncé.

Tout cela ne vous empêche pas de faire vos fonctions de secrétaire de T Académie , qui seules rempliraient le tems d'un autre; de prêcher régulièrement^; de faire un ouvrage périodique, et avec cela d^ entretenir régulièrement des correspondances. Je n'imagine pas comment un copiste pourroit suffire a ce qui sort de votre plume; a plus forte raison comment vous avés le tems de composer. Le peu que j'écris me coûte beaucoup de tems, et je ne le recopie point sans trouver de quoi faire plus d'une rature a chaque ligne '.

Je ferai part a M. le comte de Tressan des mémoires que m^a envoyés M. de la Primerais, pour tjuMl les remette à M. de Solignac; car, pour lui, il n'en fera pas d'usage, du moins directement'. Il a reçu une lettre de M. de V. \ qui poursuit le défunt jusqu'au delà du tombeau, et M. de Tressan ne voudra pas se brouiller avec cet homme dangereux. Je n'avois personellement lieu que de me louer- de lui; il y a plus de trente ans que je l'ai connu et vu familièrement ; nous nous écrivions même, et je me suis souvent fait honnir en prenant sa défense; mais depuis qu^en me remerciant de

* Korniey éuil puleur delà coluoie fraoçaise de Berlin.

' La CoiidamÎDC paniol cnlio à rAcadciuic française. — ' fclrreur.

* Vvttaii t% dont les querelles avec Maupertuis sont connues.

quelques remarque» que je lui avois envoyées sur le siècle de Louis XIV, il m^ajssura qu'il n'avoit pas la moindre part à toutes les satyres et libelleB qui couroient contre M» de Maupertuis (et c'etoit dans le temps même ou il ecrivoit YAkakia^ qui avoit été précédé de quelques autres ) — ^ depuis qu'il me réitéra la même assurance dans la même lettre ; depuis ce temSf dis-je, j'ai cessé tout commerce avec lui. Je nç lui ai pas même parlé a Plombières , ou je Tai rencontré ^

Je doute qu'il hérite de la présidence de TAcadémie^ qu'il convoitoit et qu'il envioil beaucoup.au défunt, 11 se vante cependant de recevoir des lettres de la main de S. M. P, (je crois qu'il en montre de vieille datte) et des invitations de retourner en le laissant, dit-il, le maitre des conditions. Mais celui qui dit cela est le même qui m'assuroit n'avoir aucune part aux libelles.

M* de Voltaire sait que Tamour propre des autres doit être humilié de sa supériorité , il a voulu les consoler, mais il les console trop.

Jai l'honneur d'être avec une estime respectueuse, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

La Condàmine.

' Voltaire a eu de mauvaises chances à ces eaux ; il lui fallul une autre fois y retarder son arrivée de trois semaines pour y éviter Maupertuis.

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