Claude, sur saint Mathieu
OBSERVATIONS 8Un CB DOCUMBNT.
A la suite de ses deux catalogues, le rédacteur met une table d'auteurs qui embrasse les deux bibliothèques et dont le nombre total s'élève à 81 .
Dânft cette table , les noms propre^ sont un peu mieut orthographiés que dans les catalogues mômes. Cependant, il s'y rencontre enoore dei fautes bien gr()Sdièro8 : Eugip* pius , Jaseppus , Alchunus ; Gresmus « Serecas , Pruisius , Ladten.
Ce qui est étrange , c'est que les mots Vitœ Ccesarum et Historia Alexandri tiennent la place de deux noms d*auteurs.
Mais ce qui l'est davantagd , c*6st que le rédacteur de la tiblë y met des écrivains qu'il n'avait pas cités dand lés catalogues de ses bibliothèques, teli que S. Ejfrem %\ Têrtullien; tandis qu'il ne met fa& Didyfnus, Aniantu, FetrandHê, Bachaivs, Solinus, Umasius, etc., dont il avait enregistré les ouvrages.
Il était difficile de procéder avec plus de légèreté pour une bibliothèque souvent maltraitée , et qu'on vouiftit db^ puter désormài« à de nouvelles dilapidutiond.
Lt &it eftt , que pour les 350 à 400 ouvrages ou traité! que possédait la bibliothèque de Murbach, il y avait à indiquer environ oent auteurs , et si le frère Sigismond eût été réellement aussi dévoué aux lettres qu'il voulut bien le paraître aux yeux de son noble chef et l6 dire à la suite du catalogue dressé par Tordre dé Barthélémy d*Ândlau , il eût fait avec plus de soin et d exactitude un travail ^ qtt*en U qualité de poète et de prosateur, il était plus capable qu'au* cun autre de faire avec intelligence.
Son amour-propre y était d'ailleurs engagé.
En effet, voici ce qu'il dit à la fin de sa table : «Et plûtà Dieu que par les soins du révérend seigneur Barthélémy d'And-
lau , tou0 [lêê ouDrofêM ] eutaent été trouvés ou pussent être ricouyrés avec ceux que je me suis efforcé d*y ajouter I h
Cettd ardeur à rechercher ce qu'on ue possédait plus , ou pas encore, Sigismond la manifeste, à chaque occasion, dans le cours de son catalogue. Mais , en ce cas , il fallait rédiger ce dernier avec beaucoup moins de précipitation et surtout prendre plus de peine pour en bien dresser la table.
On ne trouve d'excuse pour Sigismond , qu'en considérant sa qualité de poëte.
Cette qualité le domine et l'aveugle au point, nous l'avons vtt « qu'il met ses ouvrages au milieu des plus im^ portants et plus anciens de la collection. Il va plus loin. Dans une lettre écrite au supérieur qui a restauré la bibliothèque de Murbach, la nidveté de son amour-propre lui promet que jamais le temps ne pourra rien contre la gloire de Barthélémy.
• Si mea poèmes ont quelque puissance S lui dit-il, ton nom passera à travers les âges , sans que les siècles puis* sent couvrir ta renommée. »
Sigismond aimait réellement la littérature et les arts. La lettre que noua venons de citer, et qui a pour objet la des-^ erfption de quelques tapisseries que possédait Murbach *, lettre qui sera publiée*, en fournit la preuve , malgré la barbare incorrection de son style.
Si l'on noua demande maintenant ce qu'est devenue la bibliothèque si généreusement rassemblée par le seigneuf d'Andlau , abbé de Murbach , et décrite avec tant d'amour et d'orgueil par le frère Sigismond , notre réponse sera trèa^ embarrassée. Les abbés de Murbach n'ont pas fait de dettes comme les dues et les duchesses de Bourgogne. Leurs livres
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* M ^tf MM êatmlHtt pôtiimt,
* EfitMia 4% am^eit lapttiii in itioaaitério MorèMeati. *Pl»ll. Hafot>r«p^.
n*ODt pas été saisis par d'avides créanciers. Leur bibliothèque s'est accrue de génération en génération . Aux manuscrits se sont joints les imprimés. Cela était facile près de Sélestat, où vivait Béatus Rhénan us ; près de Strasboui^ , où imprimaient Gutenberg, Mentel et tant d'autres.
Mais elle a été d'abord transportée de Murbach à Guebeviller, au nom et par les soins de l'abbaye.
Elle a été transportée ensuite de Guebeviller à Golmar, au nom de la république et par les soins de ses administrateurs. Elle a souffert dans l'une et l'autre de ces émigrations. A la suite de la seconde , la préfecture et la bibliothèque de Colmar se sont partagé ses dépouilles ; cependant la première n'a eu que les pièces d'administration ; la seconde, qu'un petit nombre des manuscrits cités dans notre catalogue.
Que sont devenus les autres? Se retrou veront^ils? C'est le cas , pour M. Hugot , de répéter avec Sigismond , plût à Dieu qu'ils se fussent retrouvés et qu'il fût possible de les joindre à ceux que je me suis efforcé d'y réunir!
Au temps de l'abbé d'Andlau , cette collection de manuscrits, refaite devant Fust et Gutenberg, était non-seulement d'un grand prix pour ce temps ; mais elle nous ofire encore , comme miroir de l'époque , un puissant mtérét. Elle nous montre l'état de l'instruction sérieuse dans une maison riche et grave, dirigée par des hommes qui se livrent à la méditation religieuse par devoir, et aux lettres par goût. La femme ou l'homme du monde , nous l'avons vu , lisait beaucoup les recueils de ballades , de fabliaux , d'histoires troyennes , de romans de tout genre ; on y ajoutait un peu de politique, de médecine et d'astrologie, de jurisprudence et de religion.
Ici , nous ne trouvons pas un seul roman , pas un livre de politique. Il y a un seul traité de médecine ou d'astrologie, quelques traités de grammaire , de rhétorique , d'arithmé-
tique, mais il n'y a point de droit, point de physique. Et surtout point de livres français, point de livres allemands!
Ce qu'on estime avant tout à Murbach , ce que frère Sigismond met à la tête de son catalogue , et ce dont tout le reste n est que l'accompagnement plus ou moins apprécié, ce sont les œuvres de saint Cyprien, de saint Ambroise, de saint Jérôme, de saint Augustin, de saint Hilaire, de saint Grégoire; ce sont celles de Gassien, de Cassiodore et de Bède.
On a raison , c'est là ce qu'il faut aux frères ; c'est là ce qui décore une maison religieuse de TËglise latine.
Les Pères grecs sont moins recherchés à Murbach. C'est à peine si l'on y a quelques lambeaux latins des œuvres de saint Basile, de saint Cyrille et de saint Chrysostome. Ce dernier nom n'y paraît pas même connu; on y appelle barbarement l'illustre orateur Os aurei.
C'est que le grec est inconnu à Murbach, seize ans après l'invention de la typographie et en pleine renaissance. On y possède un texte hébnuque , on n'y a pas de texte grec. Encore le texte hébraïque n'est-il pas la Bible, c'est un livre de médecine.
En général, on n'a pas ou l'on ne mentionne pas à Murbach , une seule Bible , pas même un Nouveau Testament. On n'en a pas plus en latin qu'en grec.
Pour le grec, frère Sigismond déguise admirablement son ignorance de la langue d'Homère. En parlant de l'ouvrage mal traduit et plus mal amendé de saint Athanase , il ne dit pas qu'il l'a mieux traduit, il dit qu'il l'a corrigé, comme H l'a pu , selon le sens, C'est^-dire autant que devait le faire un homme qui consultait le sens , ne pouvant consulter le texte.
Mais ce qui surprend davantage , c'est que le frère Sigismond n'enregistre ni un missel , ni un bréviaire , ni un graduel , ni un onlre. On n'avait donc de ces volumes
lodiBpmsftblei que ce qu'il y kvnii entra les maint de chacun.
Enfin « il est étrange aussi qu'une maison si riche et si Jalouse de ses belles tapisseries , n'ait pas un seul volumie à miniatures.
Du moins Sigismond n'en parle pas. Or, le chantre des tapisseries de Murbach n'eût pas négligé de mentionner des ouvrages de peinture , si négligent qu'il soit , d'ailleurl. Pour négligent , il l'est en efiet , il n'indique pas , au sujet d'un seul manuscrit ^ soit l'écriture, soit le papier ou le parchemin , soit la reliure , la conservation , le format.
Parmi tous les paiens de Murbach ^ il n'y avait pas un philosophe, un orateur, et non^seulement on ne possédait ni un dialogue de Platon ni un discours de Démosthène , mais on n'y recherchait pas même un livre d'Horace ou de Tacite. On n'y avait pas encore le Yelléius que Béatus Rhenanus y trouva au xvr siècle, et qui a disparu de nouveau.
L'histoire profane était si peu goûtée , qu'on n'avait ni une chronique de France ni une chronique d'Allemagne.
Il en était de même de la poésie. On a cru , on a dit et imprimé qu'il y avait eu à Murbach, dès le W siècle f un recueil de poésies nationales , c'est-à-dire allemandes. Ou cite souvent ce recueil. On a supposé , vu le voisinage d'une villa de Charlemagne , que ce recueil aurait pu être celui-là même que ce prince, passionné pour les vieux chants de son peuple, avait fait recueillirs Des indications qui m'ont été données par M. Jacques Grimm et M. Lachmann , de l'Académie de Berlin, m'ont conduit à des recherches obstinées sur ce sujet. Un cataloguede la bibliothèque de Murbach, dressé au ix* siècle et déposé aujourd'hui à la bibliothèque publique de Genève , mentionne un volume de poèmes ailemands, carmirha theodisca. Ce volume pouvait être le reoueil de Chariemagne. J'ai voulu en suivre l'histoire ; je me suis rendu à Golmar, à la bibliothèque de la ville , aux archives
de la préfectitre , pour avoir iur 1m dâsUûAti dos manu*flcrita do Murbach tous l«a renseignemonia poMiblOa. Jo iH ai eu«, ot jo n'ai acquis sur ce volume que la certitude qu'il avait disparu do la dite bibliothèque dès avant la rédaction du catalogue de Sigismond . En effet , ce dernier ne le nomma pas. Gomment a^t^il pu être cité , comme existant à Murbach , antérieurement et postérieurement au document si authentique que Je publie 7 le l'ignore , è\, en attendant te catalogue de Genève, je reviens à l'analyse de cette collection .
Rien ne montre mieux que cette bibliothèque le triste état des études ) même après le milieu du xv« siècle. Les Pères latins exceptés , tout le reste est si peu de chose qu'une initiation sérieuse aux sciences et aux lettres devenait impos^ sible, même dans des maisons de choix. La scolastisque elle-même ne se trouvait pas à Murbach , pas un volume de saint Thomas , d'Anselme, d'Abélard « de saint Bernard I
Quoi qu'il en soit , le noble d'Andlau et Sigismond méritèrent bien des études et de l'histoire des lettres , l'un en affectant les trésors de l'abbaye à de nombreux achats, l'autre en enregistrant avec des regrets et des soupirs mêlés de quelques mouvements d'orgueil ce qu'il était parvenu à rassembler.
Bientôt devait luire un jour nouveau. La typographie et la renaissance , cette glorieuse résurrection des lettres anciennes , devaient jeter sur toutes les questions les lumières des plus beaux âges de l'humanité. Cette résurrection fut complète , et de l'immense mouvement qu'elle jeta dans les esprits , sortit naturellement une métamorphose aussi profonde dans l'état des mœurs que dans celui des lettres.
Au bout de soixante ans ce changement fut accompli ; la Grèce et Rome étaient ressuscitées ; aux Pères latins se joignirent les Pères grecs; aux théologiens, les philosophes; aux légendes et aux actes des saints , l'histoire des plus grandes nations de l'antiquité. Alors, Rome et Athènes,
qui avaient résumé et surpassé toute Tantiquité , dominèrent le monde. Les langues qu^elles avaient parlées, les monuments et les textes qu'elles avaient laissés , devinrent l'objet d'un enthousiasme qu'on n'a jamais poussé si loin pour aucun autre genre de che&--d'œuvre du passé. Homère n'était pas adoré jadis aux écoles d'Alexandrie et de Pergame , comme le fut Platon aux académies de Florence et de Bologne , les .types de toutes les autres. Chose singulière, le monde chrétien , réveillé par la renaissance, se divisa sur sa foi , mais demeura d'accord sur les enseignements du polythéisme; il étudia , publia, et imita avec une sorte de culte tout ce qu'il avait jadis repoussé , abattu et enseveli avec une sorte de fanatisme.
Malgré les progrès de la typographie , les collections de manuscrits conservèrent leur importance; nous allons en signaler encore une des plus curieuses.