LETTRE DE LOUIS XI
MOTB IRTAODirCTnni.
Louis XI , celui de nos anciens maîtres qui a le plus fiiit pour mettre les rois hors de pairs, et placer le peuple au niveau de la noblesse , est non-seulement un des princes les plus célèbres dans Thistoire de nos institutions, qu'il a tout à la fois simplifiées et agrandies malgré ses passions despotiques; mais il est encore un des écrivains notables de la nation , quoiqu'il soit peu mentionné , et à peu près inconnu dans Thistoire des lettres.
Il y mérite sa place; elle n'est pas grande, mais elle est plus considérable qu'on ne pense communément.
Né le 3 juillet 1423, mort le 31 août 1483, louis XI a vécu pendant cette période de soixante ans qui a préparé tout l'édat de la renaissance et toutes Jes agitations de la réforme. 11 fut le contemporain de Guttemberg, des Lascaris, de Laurent de Médicis et de Cristophe Colomb; et au moment de fermer les yeux il vit apparaître Lutber et Calvin.
Louis XI prit sa part au mouvement général de son époque, même au progrès des lettres. Jeté au milieu de la cour érudite et galante du duc de Bourgogne, il y fut auteur. II y ox>mposa les Cent Nouvelles nouvelles avec le prince son hôte , avec le maréchal de Chastellux , le sire de Cré-
quis, Pierre de Luxembourg, et Michaut, secrétaire du comte de Charolais et plus savant que ces grands seigneurs.
Ayant contracté le goût des lettres dans la société de Michaut, qui est si souvent nommé dans les manuscrits des ducs de Bourgogne , Louis XI composa encore le Rosier des Guerres, vers 1470, dix ans avant la rédaction de la lettre que nous allons publier de lui.
Louis XI s'est fait aider dans la composition de ses ou* vrages comme dans celle de ses lettres. Mais on reconnaît entre ces écrits un certain air de ressemblance qui ne tient pas seulement à Fépoque, qui tient à l'auteur. Sans doute le roi de France n'a ni peint de sa main ni peutêtre conçu lui-même la lettre d'étiquette princière et de politique affectueuse au duc de Mantoue. Mais outre qu'un homme tel que lui a dû naturellement indiquer la pensée générale du texte que nous publions, un politique bel-esprit comme lui a pu en retoucher la forme , chose si importante dans les affaires de cour.
En effet , on croit entendre la voix humble et câline, on croit voir la figure si gravement hypocrite de l'illustre correspondant , lorsqu'on lit ces paroles caressantes : « Cil est chose que je pusse pour vous, faictes le moy sçavoir, et je le feray de bon cœur. »
Mais tout en lisant cette protestation si gracieuse , on ne peut s'empêcher de se souvenir d'une instruction donnée par Louis XI à ses ministres : « Ils vous mentent bien ; mentez bien aussi. »
Cependant la lettre de Louis XI est aussi afiE^ctueuse que pouvait le désirer le duc, et aussi belle de sentiment et de convenance que de style. La voici.