REMARQUES SUR LA LETTRE DE LOUIS XL
La lettre, datée d*une résidence fameuse dans les annales du despotisme , est des dernières années d'un despote éminent. Elle est adresséeà Frédéric de Mantoue, à qui la cour de Finance ne donnait que le titre de marquis, mais qui prenait dans le monde et qui porte dans Tfaistoire le titre de duc.
La princesse sa fille , qu'il s'agissait d'allier à une maison de France, est connue dans l'histoire sous le nom de Claire de Gonzague.
Le prince qu'elle devait épouser et que Louis XI , qui s*est allié lui-même à la maison de Bourbon et qui a donné sa fille Anne à Pierre de Beaujeu , appelle le plus bel party qu'on puisse trouver en France, est Gilbert, comte-dauphin d'Auvergne.
Le roi a raison de le qualifier comme il fait. C'est le fils de Louis I*' de Bourbon , comte de Montpensier, devenu dauphin d'Auvergne par son alliance avec Jeanne, fille de Béraud IL
Aussi le marquis tira oultre a la matière. Le mariage de Claire et de Gilbert eut lieu le 24 février 1481.
Il en naquit trois fils, qui moururent sans laisser de postérité, et trois filles dont l'une s'allia à la maison de Lorraine.
Le dauphiné d'Auvergne demeura néanmoins dans la b- . ^mille de Bourbon pendant près de deux siècles. Mais il essuya deux chocs violents, le premier sous le frère de Gilbert, le fameux connétable de Bourbon , qui expia ses fautes sous les murs de Rome; le second sous la célèbre mademoiselle de Montpensier, qui épousa le duc de Lauzun et qui subit aussi la conséquence de ses torts.
En effet, on joignit son dauphiné à la couronne.
C'était une de ces jonctions que LouisXl, qui comprenait Vunité et qui la voulait partout , mais au seul profit de la
royauté , avait préparée avec le plus d'habileté et prévu avec le plus de bonheur.
D ne songeait pas néanmoins à la réaliser de son temps, et il voyait de bon œil , sinon de bon cœur, l'alliance d'une princesse de Mantoue avec un seigneur de France. L*amitié du marquis était précieuse aux yeux d'un homme qui avait le regard fixé sur l'Italie, d'un roi qui n'eût approuvé ni les prétentions aventureuses de Charles VIII sur le royaume de Naples, ni les conquêtes hasardées de Louis XII dans le Milanais , mais qui n'était pas fâché d'avoir pour appuis des voisins de Rome.
C'est là ce qui explique cette lettre écrite avec tant de soin et de tendresse ; cette protestation si caressante pour le duc, s'Use trouve quelque chose, etc., et cette assurance si cordiale pour sa fille, j> fa traicteroy corne wa parante et amye, ^
J'étonnerais un peu si je disais que Louis XI savait aimer, mais je dirai qu'il affectait d'être gracieux, et chacun sait qu'il prodiguait les mots les plus tendres.
' J'ai sous les yeux un billet qui a le tort de ne prouver que cela, mais qui le prouve si bien et qui rachète d'ailleurs le tort de ne pas contenir autre chose par une brièveté si parfaite , que je ne résiste pas au plaisir de le donner.