‹ Lettres et pièces rares ou inéditesChapitre 44 sur 142 · RBWAROUËS SUR LE BILLET DE LOUIS XI · texte numérisé non relu

RBWAROUËS SUR LE BILLET DE LOUIS XI

AD i4IIOIf BVMQCHAOt.

Si court que soit œ billet « il est précieux pour Thistoii^e intérieure d'un règne sévèrement jugé, et celle d*un prince que Ton n'a pas toujours apprécié avec des vues assez étendues.

Il atteste , d'abord , une affection véritable , par cela seul qu'un roi a pris le soin de récrire; car il est bien de iouis XL S1I n'est pas de sa main , il est de son Ame , j'ai* lais dire de son «our. En etiet, on n*eût pas écrit avec la signature du roi , on eût écrit tout simplement au nom du

roi , s'il n'eût été question que d'une affaire de service , d'un rendez-vous pour un lever. Évidemment le rendezvous que donne Louis XI a un objet important. Le prince cauteleux l'indique môme en prévenant Dubouchage , qu'il devra lui dire sil faict ban a ÇorbueiL

Je ne devine pas cet objet, faute de connaître la date du billet, et les intérêts que Louis XI pouvait avoir au lieu qu'il désigne.

Quant à la date , je présume qu'elle est antérieure à celle de la lettre précédente. La signature du roi en est plus ferme. Elle Test à ce point qu'elle pourrait être d'une époque où ce prince se livrait encore à l'une de ses passions favorites, la chasse.

Mais Louis aurait-il fait venir pour un tel soin un de ses conseillers les plus considérables? Je l'ignore. Je ne suis pas sûr non plus que ce soit de Boutigny près d*Êtampes que le roi date sa missive. Ce n'est pas du moins une de ses résidences habituelles. De plus savants que moi déchireront ces voiles. Quant à moi , ce qui me fait croire qu'il s'agit d'une aflTaire sérieuse , c'est le ton cordialement intime des trois lignes , ce sont les deux caresses qu'elles renferment.

Le baron Dubouchage était d'ailleurs, et à juste titre, fort avant dans la confiance, sinon dans les confidences de Louis XI. Il n'était pas seulement son conseiller, il était encore un de ses chambellans. C'est un des six personnages que ce prince recommande en mourant aux déférences de son fils. Il est vrai que Dubouchage partage cet honneur avec Olivier et Guy Pot ; mais à la confiance d'un tel prince il est des titres divers , et ceux du baron étaient du meilleur aloi. C'est à lui que Louis XI écrivit la lettre où est exprimé le dessein d'établir en France une seule coutume écrite en français , pour éviter au pauvre peuple les pUleries des avocats; le projet d'introduire l'unité du poids et de la mesure, et Tintention

de comparer pour ce travail les coutumes de Florence et de Venise*.

J'ajouterai que la sœur de François I*' appelait dans sa correspondance une dame Dubouchaige sa niepce; mais j Ignore ce qu'était cette dame au conseiller de Louis XI. Ce qui me fait dire qu'au fond il ne s'agit pas plus d'un lever que d'une chasse dans le petit billet de l'auteur des Cent Nouvelles nouvelles , c'est le haut rang de Dubouchage.

Voici une dernière observation que je rattache à ces deux documents: c'est qu'à une plus grande cordialité dans les rapports se joignaient , chez nos pères , même dans les régions les plus élevées , une plus grande déférence et de plus vives protestations d'attachement. Cela peut étonner au premier aspect. Cela est cependant très-vrai , et toute l'histoire des mœurs nous montre le même fait. Plus les mœurs sont polies et raffinées, plus elles visent à la concision et à la simplicité du langage. Les mœurs sinon primitives, du moins peu avancées, sont plus verbeuses. Celles qui joignent un commencement d'instruction à un commencement de civilisation ont la parole plus affectée ^que sincère , et ne croient jamais en avoir iissez dit, témoins les peuples de l'Orient et le siècle de la renaissance.

Nous allons donner deux lettres remarquables sous ce» rapport , adressées toutes deux à François I^', l'une par une sœur chérie , l'autre par un rival , un adversaire dissimulé quelquefois mais constamment implacable.

' Preuves dcVnclos (Hist. de Louis JT/}, IV, 440.

vm.

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