‹ Lettres et pièces rares ou inéditesChapitre 45 sur 142 · LETTRE DE MARGUERITE DE VALOIS · texte numérisé non relu

LETTRE DE MARGUERITE DE VALOIS

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Les lettres de cette princesse sont remarquables sous plus d'un rapport. Elle a joué uo rôle considérable dans les affaires religieuses et politiques de son temps. Nous Tenvisagerons tout à Theure sous ce point de vue, mais d'abord nous ne voulons voir en elle qu'une des femmes les plus spirituelles, qu*un des écrivains et des peintres de mœurs les plus distingués de la renaissance. Elle mérite, à ce titre , une attention spéciale.

Née à Angouléme le 11 avril 1 4d2 , morte au pays de Tarbes le 21 décembre 1549 , peu de mois après son frère , et après Henri YUI , Marguerite, qui parut dans l'ancien monde au moment même où se révéla le nouveau , assista à tous les grands débats de cette époque , et y prit une part sérieuse, surtout au mouvement des études. Elle s'appliqua aux lettres profanes et aux lettres sacrées. Elle apprit les deux plus belles langues d'Occident, l'italien et l'espagnol ; elle apprit le latin pour lire Éi^asme , le grec pour lire Sophocle et le Nouveau Testament. Elle apprit enfin celle des langues d'Orient qu'il importait le plus de con» naître dans un temps où Ton remontait jusqu'aux sourc^es de la révélation , l'hébreu. Devenue par ses deux mariages duchesse d'Alençon en 1509, reine de Navarre en 1527 , elle ne cessa dans ces positions de s'entourer des

hommes les plus distingués. Elle protégea les études, et les libertés qu'elles réclament, dans la personne d'Amyot, d'Érasme, de Lefèvre d'Ëtaples, de Charles de Sainte* Marthe , de Benvenuto Cellini et de Robert Estienne ^

Elle étendit cette protection jusque sur ceux qui demandaient la liberté religieuse , Berquin , Dolet, et Calvin luimême. Elle fit des sacrifices pour ceux que l'intolérance avait jetés dans l'exil, à Genève, à Strasbourg, à Zurich. Elle en fit au risque de se faire accuser d'opinions qui chez elle étaient tout au plus des penchants, et qui s'expliquent d'autant plus aisément, qu'à cette époque d'éman> cipation philosophique son âme ardente sentait avec plus de vivacité le besoin de s'élever librement aux plus hautes questions de la religion et de la science. En effet , elle discutait tour k tour, en y prenant un plaisir égal, avec les poètes et les savants, des sujets de littérature et de philosophie. Elle fit porter de quatre à douze le nombre des chaires du collège de France. L'amour des lettres était comme l'étiquette de sa cour, et plusieurs de ses valets de chambre, Clément Marot était de ce nombre, se distingu^"rent comme hommes de goût ou écrivains. Elle leur donnait l'exemple. Elle composait beaucoup; elle dictait et écrivait avec une grande facilité.

Ses ouvrages sont de trois genres : Contes , Morale et Lettres.

Elle fit des contes à l'imitation de ceux dont l'Italie avait fourni le goût et l'exemple à la France. Elle préféra ceux de Boccace à ceux de Louis XI, et elle laissa loin derrière elle, par la grâce de son style comme par celle de ses idées, les Cent Nouvelles des écrivains de la cour de Bourgogne. On sait que La Fontaine ne dédaigna piis de puiser dans les Contes de la reine de ^ava^re, dont lu

' Voy. rexcellente notice de M. Crapelal mr R« Estieiioe, p. h et 8.

plus belle édition est celle de Berne (1780, trois volumes in-S"*); et s'il eut réellement le tort de reproduire de son temps ce qui pouvait choquer même au xvr siècle, il eut au moins le mérite de Tembellir.

En morale religieuse , Marguerite fut moins bien inspirée. Elle composa, sous le titre de Miroir de Tâme pécheresse, titi*e reçu depuis long-temps S un recueil de poésies où son esprit se déploya avec d'autant moins d'aisance, que son cœur plus mal engagé, et agité de sentiments divers qui tourmentèrent toute sa vie, était plus partagé entre l'amour sacré et des affections profanes.

Le genre de composition où elle brille le plus , ce sont ses Lettres. Elle en a laissé un grand nombre , trois volumes in-folio^, et qui sont à mettre presque toutes au nombre des plus précieux documents de l'époque.

Nous donnerons deux de ces lettres, l'une à la reine, et qui nous montre Marguerite chargée d'une négociation politique, l'autre au roi , et qui nous la fait voir inspectant un camp militaire.

L'une et l'autre peignent des mœurs bien étranges.

La première , adressée à la reine de France, ne porte pas de- date. Mais on devine aisément l'époque à laquelle on doit la rapporter; elle appartient à hpaia: des dames.

Sorti de sa prison de Madrid en 1526, par les soins infatigables de sa sœur habile et dévouée , le roi de France avait immédiatement formé avec le pape , et d'autres puissances , la ligue sainte. La guerre avait recommencé, l'empereur pris Rome , François I"^ le royaume de Naples et le Milanais. Mais aucune de ces conquêtes n'était demeu-

* Un ouvrage latin avait été traduit aous ce titre en français , et la mère de Henri VII , Marguerite de Richeoiont , avait composé , d'après cette version , le Miroir d'or pour les âmes pécheresses,

' Manuscrils français de la Bibliothèque royale, n<> 8546.

rée aux vainqueurs , et habitués à voir les femmes arranger leurs affaires , ils avaient nommé leurs plénipotentiaires , Tun Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas, l'autre Marguerite d'Angouléme, reinede Navarre. Une autre princesse, la sœur de l'empereur, Éléonore de Portugal , reine de France , était intervenue également pour aplanir les difficultés par ,ces formes gracieuses qui sont plus particulièrement à la disposition des femmes. 11 parait qu'à ces moyens moraux il s'en joignait de plus communs , et qui , sous le titre de cadeaux diplomatiques , jouent bien leur rôle encore. Seulement ce n'est pas tout à fait de cadeaux, je crois, c'est tout simplement de marchés faits entre la plénipotentiaire de France et les gens de Temporcur qu'il est question.

Voici d'ailleurs la lettre :

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