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MÉMOIRE DES CATHOLIQUES D'ANGLETERRE

A l'occasion du mariage

DE CHARLES, PRINCE DE GALLES [DEPUIS, CHARLES l»»).

?I0TE INTROIMJCTIVK.

Le fils de Marie Stuart, Jacques I*', était protestant zélé. Nous venons de voir qu'il dictait à Casaubon des écrits de polémique contre le cardinal Duperron, et qu'il aurait voulu convertir toute la catholicité. Le fait est qu'il se piquait d'ôtre théologien consommé et que son secrétaire, qui ne l'était pas, admirait beaucoup sa science religieuse. Mais ce que le royal docteur tenait surtout à prouver en faveur de son Église , c'est qu'elle était elle-même l'Église catholique. En eifet, plusieurs pages in-folio du Mémoire que je viens de citer et qu'on a publié avec les lettres de Casaubon , étaient consacrées à cette démonstration.

Est-ce cette préoccupation, ou bien est-ce quelque sentiment plus simple et plus enraciné dans son cœur, qui porta le fils de Marie Stuart à vouloir marier l'héritier de son «

trône avec une princesse catholique , à une époque où l'Angleterre abhorrait la papauté? C'est là un problème qui est encore à résoudre.

Quoi qu'il en soit , il envoya son fils et son favori , le duc

de Buckingham , faire la conquête d'une infante d'£spagne, et , aussitôt qu'eut échoué ce projet romanesque , Jacques conçut celui d'unir le prince de Galles à Henriette de France , fille de Henri lY . Dans son opinion , son fils faisait une mésalliance en épousant toute autre princesse qu'une fille de roi. Mais le mariage avec Henriette, sans rencontrer des antipathies aussi vives et aussi fanatiques qu'une alliance avec une infante, excita de profondes défiances chez les Anglais. Us savaient fort bien que le roi de France intervenait activement dans les questions religieuses; que ses ambassadeurs étaient chaînés d'obtenir à Londres , pour les catholiques, la dispense de certains serments ; que les catholiques ne cessaient de diriger vers Paris des regards pleins de supplications et d'espoir. L'empressement de quelques-uns d'entre eux à profiter des circonstances , augmenta les craintes du peuple anglais. En effet, dès qu'il fut question d'obtenir pour le prince de Galles la fille de Henri IV , ils demandèrent dans des mémoires présentés à Louis XIII , comme condition de l'alliance «projetée , les mômes libertés qui avaient été stipulées en leur faveur dans les articles d*Es^ pagne, c'est-à-dire dans les conditions faites à Madrid pour le mariage projeté entre Charles et l'infante. Ils demandèrent qu'on exigeât du roi d'Angleterre un engagement formel, une lettre écrite ou du moins signée de sa main. Ils donnèrent même la formule de cette lettre.

Voici cette formule :

[Copie. — Manuscrits Hohendorf» d** 4S, in-fol., p. 3G5. Ribliolhèque

impériale de Vienne. ]

Le roi de la Grande-Bretagne écrira au Roi très chrestien, qu'en considération de son très cher fils et de la princesse Madame, soeur du Roi très

chrestien , il accordera à ses subjects catholiques romains, tandis qu'ils se contiendront dans les termes de Tobéissance de bons subjects, qu'ils seront libres et exempts de toute persécution à cause de leur religion, et qu'ils ne seront cou* traints de faire nul acte de protestantisme, ni puis punis pour l'exercice de la religion catholique.

Pourveu que cela se face sans scandalle , c'està-dire dans les maisons particulières.

Quoy faisant sa Mayesté leur estendra ses faveurs , les faisant jouir de plus grandes libertés et franchises qui [sic] ne leur avùit esté accordé par les articles d'Espagne»

rbmâbques sur gb document.

Rien ne montre mieux que cette pièce ^ gravement et consciencieusement délibérée , où en étaient les mœurs religieuses y SOUS le point de vue de la tolérance , un siècle après l'origine de la réforme ; et nous sommes fort aises d'ajouter que rien n'explique mieux que de pareils documents la grande tÀche qui était réservée au xvnr siècle.

En effet , les demandes formées par la minorité religieuse d'Angleterre, sous Louis XIII et pour le mariage de Charles I*', ces demandes que Charles II eût pu adresser, un peu plus tard , à Louis XIV, au nom de la minorité religietise de France ; ces demandes , disons-nous , sont d'une modération extrême. Elles sont tout ce qu'on peut Imaginer de plus inoffensif; elles sont la plus simple expression ,

non pas de la liberté du culte , mais de celle de la conscience , j'allais dire de la respiration religieuse. Tout ce que désirent les catholiques d'Angleterre , c'est : l"" d'être exempts de persécutions ; 2"" de n'être contraints à aucun acte d'une religion autre que la leur ; 3° de pouvoir faire acte de la leur , autant que cela se peut , sans choquer personne , c'est-à-dire dans les maisons particulières.

Et de ces grâces si minimes , de ces &f eurs qui n'en sont pas , de ces droits qu'on ne saurait leur refuser plus longtemps sans une injustice extrême , ils ne prétendent jouir qu'aussi longtemps qu'ils seront les sujets soumis et fidèles du roi.

N'était-il pas impossible de demander moins et de ne pas désirer plus?

Et cependant oes demandes parurent inadmissibles. Elles n'étaient pas seulement contraires aux mœurs intolérantes du siècle ; on les trouvait incompatibles avec les institutions du pays , avec la paix publique et la prospérité de l'avenir. Le roi d'Angleterre, quelque désir qu'il eût de conclure l'alliance projetée , ne put pas prendre l'engagement qu'on lui demandait.

Mais il en prit un autre; et celui-là il le contracta sans hésitation, ou du moins sans faire de difficulté. C'est celui dont le texte va suivre. Car c'est absolument dans la même formule que la cour de France , que Richelieu et Marie de Médicis , sinon Louis XIII , le firent signer à Jacques et à son fils, le prince de Galles.

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