MÉNAGE A NOBLE
[Autographe.» Bibliothèque ioipémle de ViêiiM. Pipîiri HalMadorf,
folio 196.]
[Paris,] 16mara 1646.
Monsieur,
le donnay, il y a quatre ou cinq jours^ Tode de M. Chapelain sur la naissance de M. le comte de Dunois à M. Yiaud, et ie ne doute point qu'il ne vous Tait fait tenir. Pour Texemplaire de l'auteur, il vous le portera luy-mème.
le vous envoie une lettre de M. Heinsius pour M. le président de Boissieu , auecque un exemplaire de ses poëmes nouuellement imprimez.
le vous ferai chercher la Mamurreide ^ et vous Tenuoiray au prochain uoïage.
M. le card. Mazarin a veu la Requeste des Dictionnaires. Mais ie ne pense pas qu'il sache que c'est moy qui en suis l'autheur, [ce] dont ie ne suis pas fasché.
M. Naudé est icy depuis quelques iours.
Le chevalier de Guise y arriua hyer.
M. d'Espernon est parti le même iour pour Tautre monde.
ToubUay^au dernier voyage , de vous remercier de vos observations touchant le mot de^ libéral pour libre.
Tai à présent plus de cinq ou six mains de papier d^Origines françaises. Quand i'auray plus de loisir, ie veux dire quand ie seray moins paresseux, ie vous en descriray une ou deux lettres, pour vous faire voir de quelle façon ie m'y prends. M. Rey, qui en a vu quelque chose , trouve l'ouvrage curieux, et me coniure fort de le continuer. Mais pour cela il faudroit que vous fussiez à Paris. Quand est^e que vous y reviendrez?
niyeam qwe te poterit mihi reddere laonn \ mihi féUcem terque quaterque diem !
M* de Saumaise est menacé d'hydropisie.
M. Sarrau a fait faire aujourd'hui une consulta* tion de médecins sur sa maladie. Le public perdroit beaucoup de la mort d'un si grand personnage, et moy infiniment.
Girault vous fait response. Il vient de représenter que le liure de M. Heinsius cousteroit trop à renvoyer par la poste, et nous sommes d'avis d'en oharger M. Yiaud,
Mes baisemains , sUl vous plaist , en toute humilité, à M. de Losidres [?].
Son serviteur et le voslre très-humble et trèsobéissant.
Ménage.
C'est encore une lettre-gazette; même genre de nouvelle et même style de correspondant que dans la précédente.
D*abord, une grande nouvelle, personnelle à l'auteur, celle que M. le cardinal a lu sa Bequeste.
Puis , des nouvelles de cinq hommes de lettres ou érudits , tous les cinq amis de Christine : Chapelain , Naudé, Hein« sius, de Saumaise et Sarrau [conseiller du parlement de Paris et possesseur d'une belle bibliothèque].
Puis encore, des nouvelles du grand monde , du chevalier de Guise, de M. d'Ëpemon.
Ensuite, des nouvelles de personnages plus secondaires, messagers de correspondance ou éditeurs de livres, Viaud et Girault.
Enfin , une grande nouvelle , encore personnelle à l'auteur, celle qu'il avance son travail, les Origines de la Langue française. Il en a cinq ou six mains de papier. 11 est impatient de montrer de quelle façon il s'y prend ! Déjà ceux qui ont entrevu son ouvrage le trouvent bon !
Tout ce qui regarde Ménage est plein de vie et d'intérêt , entremêlé du mot charmant : et moy infiniment. Le reste est sec, même ce qui] se rapporte à la Mamurréide, satire
avec laquelle nos lecteurs feront connaissance dans les MiS" cellanea de Ménage ou dans les Mémoires de M. le baron Walckenaer sur M"** de Sévigné.
Ce nom me fidt remarquer de vilaines distractions dans les deux lettres-gazettes de Ménage. En eflTet, l!auteurdu pU quant Mémoire sur les Femmes célèbres de l'antiquité n'y dit mot de ses quatre meilleures amies, M** la mauéchale de Clairembaut, M^ de Scudéry, M""* de Sévigné, M"« de La Fayette. J'ai cherché ces quatre noms dans toutes les lettres de Ménage , et je les ai enfin trouvés réunis tous les quatre dan^ un billet qui m'a paru mériter une place ici.