‹ Lettres et pièces rares ou inéditesChapitre 76 sur 142 · LETTRE DE MÉNAGE A · texte numérisé non relu

LETTRE DE MÉNAGE A

NOTE HCTRODDCTnrB.

Ménage a laissé mieux que sa Requeste, qui n'est plus connue, et ses Origines, ({m ne sont plus consultées. Ce sont ses i4m^i7^5 ( littéraires ) et son Diogène deLaêrce, que les érudits aimeront toujours. Il n'en a pas encore parlé, pas plus que de ses quatre amies les plus chères. Il va nommer les unes et les autres, ses amies et ses publications, toujours en style de gazette, et en une seule petite lettre.

[ Autographe. — Bibliothèque impériale de Vienne. Manuacriti Hohendorf ,

vol. 13&,in-fol., t. H.]

A Tancourt, ce mercredi 6 aou8t^

Je VOUS écrivis dimanche touchant le Diogène Laerce et les Amosnitates , que vous me demandiez ; et comme je ne doute point que ma lettre ne vous ait esté rendue, ie ne vous répéterai pas icy ce que ie vous ai dit de ce tems là\

* La date de la lettre est donnée par celle du voyage de M"^ de Sévigné, qu'elle indique.

' Dès cette époque.

Je prends la liberté de vous adresser une lettre pour M^ la mareschale de Clairembaut^ à qui ie vous prie de la faire rendre , si elle est encore à Paris. Si elle en est partie , vous Fenvoierez, s'il vous plaît y au secrétaire de M* le maréchal de Clairembaut, et le ferez prier de ma part de la faire tenir à M^ la maréchale au lieu où elle sera.

Tattends demain M. Yelejus [?]•

WP^ de Sevigné a escrit à M"* de La Fayette qu'elle partiroit le quinze de ce mois de Paris pour aller en Boui^ogne, et qu'elle passeroit par Tancourt ^ et par Gommerci* : ce qui m'oblige i demeurer icy jusques à son arrivée.

Mille baisemains très-tendres et très-passionnez à M^ de Scudéri.

Le tout vostre et de tout mon cœur.

La lettre n'eit «gnée que par on paraphe, mais récritore ne laitie aucun doute sur l'auteor.

REMARQUES SDR CETTE LETFRB.

C'est, de toutes celles que j'ai eues entre les mains, la plus propre à donner une idée de l'existence sociale et des relations d'un érudit du xvii* siècle. Sauf deux mots sur deux ouvrages de l'auteur, tout est consacré au grand monde : le

«wi

* S^ov d'un ami de l'autew.

' Séjour de M. le eoadjuteur de Reti.

cardinal de Retz, le maréchal de Clairembaut, et surtout aux grandes dames , M"^ la comtesse de Clairembaut , M"** la marquise de Sévigné, M""* de La Fayette, M"« de Scudéry , car cet illustre écrivain elle-même était de la meilleure compagnie de Paris. Ménage , on le sent, est au sein d'une société élégante; il est à Tancourt. On y attend des personnages de marque. M"*« de Sévigné doit y venir. Ménage est donc obligé de l'y attendre. Elle y doit fiiire quelque s^our. Elle doit se rendre de là à Commercy , chez son illustre parent le cardinal, qui est souverain ou damoiseau de ce pays, et qui ne vendra sa souveraineté à la princesse de Lislebonne qu'en 1665 ^ On sait combien la liaison de Ménage avec M"" de Sévigné était intime, et avec quel empressement il saisissait toutes les occasions de lui exprimer, à elle et à sa fille , sa tendresse dévouée '• U est donc tout simple qu'il l'attende et qu'il soit heureux de savoir son itinéraire ' par M"* de La Fayette , cette femme si distinguée par son esprit, cet écrivain si remarquable, dont Segrais et Huet ont été jaloux de partager les travaux. En effet, ils l'ont aidée dans la composition de son plus beau roman, Zayde, et l'évéque d'Àvranches n'a fait son traité sur l'Origine des B(h mans, que pour donner encore plus d'importance à leur composition commune.

L'affection de Ménage pour M">* de Clairembaut est moins connue; mais celle pour M^ de Scudéry, qui l'est suffisamment, est attestée ici de la manière la plus galante, par M mille baisemains très-tendres et très -passionnez, » style du temps qu'il ne faut pas juger d'après le nôtre.

On sait aussi que le très-excellent et très-vain Ménage

* Dumont, Sist&ire de h ville et des seigneurs de Commercy, t. Il, p. 159.

* V. JBgidU MenagU Poemata, S* édîtioa, Amslerd. 16S7, p. 387. — Mémoires sur ¥«•' de Sévigné, par M. le btron Wulckenaer.

affectait une sorte de passion pour M"** de Sévigné, qui, tout en le traitant avec des égards indulgents , ne cessait de l'en railler avec toute la finesse de son esprit et toute la bonté de son cœur.

Ménage n'avait aucun sentiment de ce genre pour VP* de Scudéry. L'amitié très-tendre qu'il professait pour elle était un simple attachement ; c'était de la déférence affectueuse, qui prenait volontiers le langage à la mode, ou, si l'on veut , le jargon de l'hôtel Rambouillet. M"* de Scudéry méritait des soins; elle était un des ornements de la société. Elle était en correspondance avec les hommes les plus distingués de son temps.

Une de ses lettres va nous l'apprendre.

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