‹ Lettres et pièces rares ou inéditesChapitre 84 sur 142 · FOUQUET A GRONOVIUS · texte numérisé non relu

FOUQUET A GRONOVIUS

[Original. — Muoicb , bibliothèque de rUniversiic, cod. 90, B.l

Paris, 11666?]

Monsieur^

L'ouvrage que vous m'auez parliculièremeut donné, en le mettant au jour pour le public ,

respond fort bien à la réputation que uous auez acquise entre les gavants , et m^a esté tresagréable.

Je doibs, premièrement , approuver et toute la sincérité auec laquelle voua auez traitté la mémoire des grands hommes de nostre nation , en ce mesme genre de littérature , et ensuitteS ie me tiens obligé que TOUS m'ayez voullu gratiiBer du présent de vostre trauaily qui est une pièce illustre, et comme le dernier ornement d'un édifice qui a exercé Térudition de plusieurs siècles. Ne doutez point que la France I qui ne manque pas d'estimateurs justes et sans enuie, ne donne à vostre liure le prix et le rang qu'il mérite. Pourmoy, qui ne puisrecognoistre Taffection que uous m' auez monstrée, par Taprobation de la doctrine, les occupations publiques m'ostant le loisir de m'y appliquer autant que ie le desirerois et n'ayant peut estre pas assez d'acquis pour en estre un digne juge, je vous prie de vous satisfaire 9 pour le présent , du tesmoignage que je vous rends, d'auoir trouvé merueilleusement beau tout ce que j'en ai pu parcourir, et de la gratitude que je conserverai, pour recognoistre par mes services en vostre personne et en celles de vos amys l'honneur que vous m'avez fait , et la bien-

' Jo conserve l'orthographe de l'original ; il m'eût été impossible cTeii conserver la ponctuation , tant elle est bizarre*

veillance que vous avez prise pour moy , qui suis.

Monsieur,

Votre Ires humble et très affectionné serviteur,

FOUGQUET.

Le compliment et la signalure sunl de la main de Fouquct. On voit , par ce document , qu'il faudrait écrire Foucqiiet, et non pas Fouquei, « A HoDsieur Honsieui* Gronovius , etc. , à Deventer. »

REMARQUES SUR CETTE LETTRE

Elle ne porte pas de date ; mais elle est évidemment contemporaine de celle de Wicqfort, qui la précède. Celle-ci annonçait un ouvrage présenté à M. le procureur général. Ici , c'est la réponse ou le remerciment de Fouquet.

Ce remerciment se borne, pour le présent, à des sentiments de reconnaissance et d'affection ; mais il laisse entrevoir autre chose. M- le surintendant promet de reconnaître /)ar ses services la gratitude dont il est pénétré pour un ouvrage si merveilleusement beau.

Quel est cet ouvrage?

C'est ce que le silence de la lettre et le nombre des publications de Gronovius ne permettent plus de déterminer. Mais ce qui est certain , c'est que l'auteur y avait voulu plaire à la France , et qu'il y avait mis pour les écrivains français tous les éloges les plus propres à séduire M. le surintendant des finances. Cela n'était pas difficile. A cette époque , la France et la Hollande étaient à ce point amies ,

du moins quant à la politique littéraire , que Tune avait autant d*empressenient à jouer le rôle de protectrice , que lautre ^ celui de protégée.

Les lettres de Chapelain viennent en témoignage de ce grand fait, que n'atteignit aucune révolution ministérielle , et qui se manifeste avec les mêmes caractères sous ladministration de Colbcrt que sous celle de Fouquet.

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