‹ Lettres et pièces rares ou inéditesChapitre 88 sur 142 · COLBERT · texte numérisé non relu

COLBERT

A Saint-Germain en Laye, le 11 janvier 1667.

« A Monsieur Monsieur Grooovius , pramter professeur en éloquence en l'Académie de Leyde, à Leyde. «

LETTRE DE CHAPELAIN A GRONOViUS.

NOTE INTRODVCTIVE.

Ce document prouve que le très-fin Gronovius donnant de Tencens pour des lettres de change, ne s'y épar-^ gnait pas. II a non-seulement fait ses lettres de remerctment et ses quittances, il a fait une préface, et dans cette préface, qui sera réimprimée aussi longtemps que ses notes sur Pline, sa reconnaissance envers Chapelain a si bien surpassé celle des autres gens de lettres , que l'auteur de la Pucelle en est tout étourdi. « Sa pudeur n se croit obligée de protester , tout en encourageant du fond de sa modestie troublée la violence qu'elle a subie , qu'elle est toute prête à subir encore. Cela choque un peu dans cette pièce. Elle est faite néanmoins avec toute l^abileté d'un homme qui comprend l'honneur des lettres et la dignité du talent. Je ne connais rien qui , sous ce rapport , soit comparable au langage de Chapelain. On va s'en convaincre.

CHAPEUIN A GRONOVIUS.

[Autographe. Méoie dép^l.]

Paris, 27 décembre 1667.

Monsieur,

J'attendois une occasion qui ne vous fust pas opé* reuse, pour vous rendre très humblement grâces

des deux éloq[ueiites] pièces qu'on m'a apportées , comme je croy, de vostre pari, il y a quelque temps, lorsque M* Thevenot me Ta fournie, en me faisant tenir TÉpistre dédicatoire qui doit estre addressée à vostre serviteur, à la teste des notes que vous aués faittes sur le fameux historien de la nature *•

Je vous mcntirois, monsieur, si je vous dissimulois la joye que j'ay sentie à la vue d'une si belle marque de vostre amitié; mais je ne vous mentirois pas moins, si je ne vous témoignois à quel point j'en ay esté surpris, et la honte que j^ay encore de Tauoir si peu méritée.

Mais ma pudeur s'est bien accreûe> lorsque j'en suis venu à Tendroit où vous vous étendes sur mon sujet, et où, parmi quelques vérités que ma candeur m'empêche de des'avouer , vous coulés tant de choses qui me sont étrangères et où je ne pourrois sans présomption me promettre jamais de m^élever, quelque effort que j'y pusse faire.

Je reconnais pourtant bien , en cette occasion , qu'on ne sçauroit retenir l'affection dans de certaines bornes, et je n'entreprens pas de vous persuader d'en reprimer les élans, ne sachant pas si en cas pareil je pourrois reprimer la mienne propre. Je vous laisse donc maistre de vos paroles, pour ex-

Pline.

cessives qu'elles soient sur mon chapilre, et je me contenteray de vous dire que je les reçois seulement comme une grâce et nullement comme une debte , priant vos lecteurs de n'y regarder que l'éloquence qui farde si bien mes défauts qu'on les prendroit pour des perfections , demeurant au reste fort vostre redevable de la violence que vous avés faitte à vos lumières pour me faire croire aux autres tout autre que je suis.

Je ne vous le suis pas moins, monsieur, de ces deux riches productions de votre esprit » où j^ay appris beaucoup de choses exquises , et particulièrement dans la louange funèbre de M. Golius.

Je vous dois presque d'aussi grands remerciments pour une grâce que vous ne pensés peut estre pas m'avoir faitte , je veux dire pour l'accueil humain que M. Thevenot me mande avoir receu de vous 9 suyvi de mille rares courtoisies , qui est comme si je les avois receues de vous moy mesme; car c'est Tun de ces hommes d'honneur dont la bienveillance seule fait ma bonne fortune , et une espreuve de plusieurs années me Ia fait connaistre digne de ne luy préférer aucun de mes plus intimes amis. S'il y avait encore quelque chose à faire auprès de vous^ pour vous le faire assister de votre authorité dans les nobles desseins des estudes qui l'ont mené en vos quartiers, je partagerois avec luy l'obligation qu'il vous en aura.

Et ce que vous luy accorder éa ou ferés accorder sera comme bî c'estoit ,

Monsieur I

Votre tree humble et trea obéiasant aerviteur

Chapelain.

De Parii i QO 97 décembre 1667.

« Monsieur Gronovius , premier profeMcur en éloquence et en biitoire > à Leyde. •

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REMARQUES SUR CETTE LETTRE

La lettre de Chapelain est d'autant plus belle qu'elle prête des motifs plus élevés aux flatteries de Gronovius , qui passeriMent pour de l'adulation si je les mettais sous lef yeux de mea lecteurs peu enthousiastes pour celui qui en est l'objet. L'auteur est ingénieux au delà de toute expression dans cette tâche ipgrate. «C'ç9t une grâce que vous me fieûtes; ce n'est pas une dette que vous payez. Vos lecteurs n'y verront que les merveilles d'une éloquence qui sait convertir en perfections jusqu'à des défauts. »

Cette lettre est belle enfin par l'éloge de Théyenot , éloge échappé au cœur , mais abondant comme on aima lea éloges de l'amitié.

Nous reviendrons tout à l'heure sur le voyage de Thévenot en Hollande. Mais auparavant, il nous faut encore produire , du trésor qui s'est ouvert pour nous, une lettre au moins de Chapelain, lettre qui prouve que le fécond, l'excellent Gronovius lui-même , à force de ftdre de l'éloquence reconnaissante , a fini par s'épuiser ; que sa verve s'est enfin éteinte ou qu'il s'est dit le Satprata biberunt.

Or cela n'est pas du goût de Chapelain , de Colbert , de Louis XrV , et une mercuriale va faire sentir au savant que sa paresse compromet ses intérêts.

CHAPELAIN A ûftONOVlUS.

[Autographe. — Bibl. de Tuniversilé de Munich, cod. 90 , B.]

Paris, l«r juin 1668.

Monsieur,

Par la rosponse que j'ay recette à mes dernières que j'escrivois à Mons. Heiqaius et que j^ttypis

mise^ 90118 votre enveloppai je voy que vous avez

receu celle que je faisoisaux deux vostres, et je me promets que vous m'aurés fait la grâce d'envoyer à M. Graevius celle qui s'adressoit à luy dans vostre paquet 9 et j9 vott» Cil rends graoe dVance.

J'avois espéré d^avoir une réponse de vous à la lettre dont M. Colbert avoit accompagné h {);rati(}cation du roy, et qui estoit pour vous une nouvelle grâce. 11 ne s'y agissoit pas d'un grand discours , mais d'un témoignage de ressentiment de cet hon^ neur qu'il vous a fait, et qu*il est d'un devoir indispensable que vous y satisfaeiés avec tout le respeet et toute la civilité possible. J'âttens de vous ce compliment la par le premier ordinaire , afin que je le puisse joindre a huit autres que j'ay receues des gratifiés du fonds de T Allemagne et de Tltalie, desquels j'ay suspendu jusques-là la présentation

en votre faveur , de peur que vous fussiés remarqué comme le seul qui auriés manqué à vous eu aquiter*

Les autres marques publiques que vous luy en voules donner viendront a loysir. Pour cette particulière cy il n'y a pas un moment a perdre.

Je suis fort sincèrement.

Monsieur , Votre très humble et très obéissant serviteur

GHAPBLAlIf.

De Paris, ce l*«jiiin 1668.

« AHooftieur Monsieur Gronovîus» premier professeur d*éloqueDce à r Académie de Lejde , i Leyde. »

REMARQUES SUR CETTE LETTRE

Il n*était pas possible de rien écrire de plus pressant , de plus explicite; de tancer une reconnaissance négligente avec plus de verdeur et de gravité.

« M. Colbert a bien voulu accompagner d'une lettre la dernière gratification. Vous n*avez pas répondu. II est indispensable que vous le fassiez. Que ce soit par le premier courrier. Que ce soit avec tout le respect possible. Vous êtes le seul en retard. Vous pouvez être court. Vous y reviendrez à loisir , car cela ne vous dispense pas des marques publiques de reconnaissance que vous voulez donner au ministre. »

Cela est d*une clarté et d'une précision qui ne laissent rien à désirer.

La lettre nous apprend en même temps ces trois faits : V qu'il y avait des gratifiés en Italie et en Allemagne comme en Hollande ; 2' qu'ils répondaient avec plus d'empressement que Gronovius; 3"" que Chapelain réunissait leurs lettres pour en rendre compte au ministre , qui en rendait compte au roi.

Il va sans dire que c'était là une sorte de concours d'éloquence d'un genre à part , et que Chapelain ne manquait pas de signaler, de mettre en relief, le talent déployé.

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