‹ Lettres et pièces rares ou inéditesChapitre 92 sur 142 · THÉVENOT A GRONOVIUS · texte numérisé non relu

THÉVENOT A GRONOVIUS

[Autographe. — BibUothèqae de rtmiverBÎté de Munich, cod. 100.]

Paris, 1671 [?].

Monsieur, La saison est bien avancée pour passer les Alpes cl faire le voyage d'Italie. Ainsi Monsieur vostre Qls

feroit mieux de venir passer avec moy le mauvais tems, comme vous lui escrivez, que de s'aller enfoncer dans les neiges du mont Seni, ou de Barba gelata : mais à moins que vous ne lui envoies un ordre en forme y je ne puis pas espérer qu'il me fasse cette grâce»

Je plains bien la mauvaise fortune de M. Heinsius et je ne croyois pas que, dans une république comme la vôtre, un homme de son mérite pût manquer de protecteurs. J'avois pris la liberté, pendant qu'il estôit en Moscovie , de lui écrire. Je mMmàgiùe que ma lettre se sera perdue'; c^estoit principalement sur le sujet de quelques oraisons de Photius et de quelques autres manuscrits qu'il avoit espéré de trouver à Moscou; et aussi pour sçavoir, s'il n'auroit point de copie d'une relation de Voyage qu'un Moscovite a fait dans ces derniers temps f par terre « de son pays iusques à la Chine , et entendu parler de quelques autres découvertes qui se sont faites dans la Tartarie. Car ces relations acheveroient fort un recueil que i'ay de beaucoup d'autres pièces sur le mesme sujet»

Je me charge de vous choisir des greffes des meilleurs fruits de nos quartiers ; je vous en aurois déia «nvoié , si le temps y avoit esté propret

Tout de bon. Monsieur, vous deuriez envoler à Monsieur vostre fils Tordre dont je vous solicite ici ;

* Je laisse subsister ce qui caractérise Torlbograplic , mais je ponctue et je nieti des alinéa.

c6la ne changera point seê meiiuresi et j'en aurai le plus grand plaisir du monde.

Je suis 9 Monsieur,

Vostre très humble et très obéissant serviteur.

Thbvbnot.

• MoBMMr lloiiM«ur Groaoviui , à Leyde. »

RBMARQUBS SDR €BTTB LETTRE.

Cette lettre n*est pas datée. Thévenot avait bien Tinten- Uon d*y mettre le jour du mois , mais ne le sachant pas , il s'abstint. U est d'ailleurs aisé de suppléer à son ignorance. Le fils de Gronovius dont il s'agit, Jacques, vint à Paris peu de temps après la publication de son Polybe , qui est do Tan 1670. Or , il y resta assez peu de temps t la mort de son père l'ayant bientôt rappelé à Leyde. Cette lettre est donc probablement de 1671.

Ce qui s'y rapporte à Heinsius n'est en apparence qu'une incidente, qu'une phrase retournée de la lettre de Gronovius sur l'infortune de son ami.

Cependant on y voit percer la passion dominante de Thévenot, son amour pour les relations de voyage, dont il publiait alors même un recueil , qu'il a pu achever définitivement en 1672, en quatre parties in-folio.

II sait cependant se détacher de cette passion pour satisfaire les goûts pomologiques de son savant ami , et il lui promet des greflfes de bons fruits « de nos quartiers. » Nos quartiers, dans sa bouche, étaient Issy. Mais Gronovius, qui avait uni par aimer les fruits et les fleurs comme un vcri-

table Hollandais , après avoir longtemps aimé les lettres de change de Paris et les chefe-d'œuvre de Rome et d'Athènes, et après avoir répandu sur Thistoire du Musée d'Alexandrie plus de jour qu'aucun de ses prédécesseurs, Gronovius, dis-je, ne profita pas pour lui des greffes de son ami. C'est à peine si la mort lui laissa le temps de les recevoir. Elle l'enleva en décembre 1671.

Son ami Thévenot lui survécut vingt ans, heureux garde de la Bibliothèque du roi , mais heureux aussi de quitter à la fin cette charge pour aller mourir dans sa retraite d'Issy.

Thévenot est un des savants qui ont le plus contribué à la fondation de^l'Académie des Sciences.

Jacques Gronovius eut à peine rendu les derniers devoirs à son père qu'il revint à Paris , pour passer de là en Espagne et en Italie, et en visiter les bibliothèques. A cette époque on n'était pas un véritable érudit à moins. L'Italie était pour les savants de ce temps une sorte d'Académie des inscriptions. Deux lettres de Bigot à Heinsius vont nous faire voir ce que les érudits de France et de Hollande cherchaient alors chez ceux d'Italie.

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