‹ Lettres et pièces rares ou inédites publiées et accompagnées d'introductions et de notesChapitre 116 sur 137 · TRONCHIN A FORMEY · texte numérisé non relu

TRONCHIN A FORMEY

[Autographe. — Biblioihèciue royale de Berlin. Collection d'autographes, vol. 7.]

Amsterdam , 22 mars 1751 .

Monsieur, S'il étoit aussi facile de mériter Fhonneur que r Académie Royale me fait, qu'il est naturel d'y être sensible , il ne manqueroit à ma satisfaction que l'art de vous l'exprimer. Mais ne trouvant en moi que de l'intention et des sentimens, il faudra ,

Monsieur , que les efforts que je ferai suppléent à ce qui me manque. En dirigeant ces efforts, Texemple les animera. J'en ferai même pour me rappeller tous les prodiges de l'exemple, et dussè-je me faire illusion, j'espérerai du moins un instant ce que je souhaiterai toute ma vie.

Je ne craindrai qu'une résolution , prise peutêtre malgré moi, mais devenue habituelle, [celle] de ne me flatter de rien, laquelle peut empêcher l'effet, même l'effet imaginaire que produirait sur tout autre le nombre , la nature et la force des modèles en tout genre que l'Académie de Prusse fournit.

Son protecteur, vous le savez , Monsieur, mieux que personne , est le modèle des Rois, et il le seroit des hommes, s'il n'étoit né qu'homme.

Les siècles à venir n'ajouteront rien à la réputation de son président, parce que le nôtre aura tout dit; et lorsqu'ils parleront de ses curateurs, ils répéteront aussi.

Ce ne sera qu'en parlant de vous , Monsieur, qu'ils publieront ce que votre modestie m'oblige de taire; ils diront ce que votre siècle a pensé , et que pensera toute sa vie,

Celui qui a l'honneur d'être avec la plus haute

estime ,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur, Théodore Tronchin,

Inspecteur du collège des médecins d'Amsterdam.

REMARQUES SUR CKTrF I.FTTHF

Di^ns cette lettre d'un médecin célèbre, ce n'est plus seulement le style académique qui règne, c'est la coquetterie du bel esprit, c'en est même l'afféterie la plus prétentieuse.

C'est à peine si l'on peut se persuader, en lisant de telles phrases , que l'auteur n'a pas eu l'intention do parodier le genre ou il tombe.

Si Molière eût connu cette pièce, il n'eût pas manqué d'y faire allusion dans ses Précieuses.

Tl faut le dire , cela est tout charmant. Seulement cela a l'inconvénient de s'évanouir de l'intelligence , aussitôt que la lecture en est achevée.

Le document qui suit est d'un tout autre écrivain.

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