MARGUERITE D'ANGOULÉME A LA REINE
[Autographe. — Manuscrits de la Bibliothèque du Roi , à Paris , u" 8540.]
Madame, combien que je ne double [que vous] aurés en souvenance, de faire dresser ce qui touche les serviteurs de Tempereur, dont sur vostre parolle leur ay faict promesse, toutes fois, pour ce que le temps aproche , il me desplairoit faillir à mon mot. Je vous suplie, Madame , faire donner ordre qu'il y soil satisfait aux jour et lieu qui fut conclus à Cambray; et vous me ferés plus de plaisir que si c'estoit pour moi-mesme. Car toutes affaires s'en dresseront de mieux à vostre désir et au mien.
Car sur toutes choses. Madame, je désire que
cette tant liourcuse ot fructueuse paix, que Dieu nous a faict cette grâce de faire, puisse à tous jour<^ durer, comme celle qui sera à jamais.
Votre plus que lionue sonir, Margieiiite.
IMadamc, vous rocognoistres, s'il vous plaist; cette marque '.
Au dos ; « Mnilanjo ^laflnnie tna bonne sœuf. »
REMARQURS SUR LA LKTTRE PRÏ^:r.I^:DFA'Tr.
Cette lettre, pour ùlvc de Marguerite, est d'une grande simplicité. Cependant l'auteur n'y abdique pas tout à fait son atîéterie habituelle. Celle qui aimait tant à signer, voire pis que morte ^ voire pis que malade y quand elle écrivait sur sa mystique pénitence à son confesseur, l'évéque de Meaux, et qui prodiguait des paroles si affectueuses à tout le monde, ne peut pas s'empôcher de signer, en écrivant à Éléonore de Portugal qu'elle vient de marier à son frère , « Votre plus que bonne sœur. » Marguerite ne peut pas s'empêcher de mettre pour elle un signe spécial. Sauf ces traits caractéristiques, elle écrit une simple lettre d'affaire, claire, trop claire même, car, en vérité , les présents donnés aux servie teUrs de Vempereur jouent un trop grand rôle dans ces négociations. Du moins est-il certain que ce ne sont pas des présents, que ce sont des marchés, qu'il y a eu des paroles
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données, que la plénipotentiaire ne peut pas faillir à ces paroles. 11 y a plus. On a fait des stipulations et on a fixé des termes. Le temps aproche, dit Marguerite. Ce n'est pas tout. Les négociateurs ont pris leurs sûretés. Si les sommes n'arrivent pas, il y a péril ; si elles arrivent, dit l'auteur, toutes affaires s'en dresseront de mimix à vostre désir et cm mien.
La preuve que les sommes qu'il a fallu assurer aux serviteurs de Charles-Quint ne sont pas minimes, c'est que Marguerite n'a pas pu prendre sur elle de les promettre sans l'intervention de la reine , et la preuve que ces moyens n'ont pas plus été du goût de François P' que ceux qui lui étaient proposés par sa sœur à Madrid, c'est qu'elle n'ose pas s'adresser à lui , c'est qu'elle écrit à la reine , princesse qu'elle suppose facile pour les serviteurs de son frère.
Marguerite le sent eile-mème : aux yeux de son frère, à elle, tout n'est pas régulier dans cette affaire, et on dirait que son rôle de négociateur lui pèse. Ce rôle est difficile, il est pénible entre deux rois, deux beaux-frères qui ne peuvent ni vivre en paix ni tirer l'épée comme ils l'entendent. C'est dans ce sentiment de peine qu'elle ajoute : Et puisse cette heureuse ci fructueuse paix que T)îeu nôu,^ o fait fa fjrâcp défaire, à tous jours durer.