MARGUERITE D'ANGOULÊME AU ROI FRANÇOIS \\ SON FRÈRE
[ Autographe signé. — Manuscrit de la Bibliothèque du Roi , n" 85 i G , 1. 1 , in-fol. p. 55.]
[Monfrin, 1530?]
Monseigneur *, encores que ce ne soit à moy à louer une chose où mon estât " me veut ignorante % sy ne me puis-je garder de vous escripre que tous les capitaines m'ont asseurée n'avoir jamès veu un camp sy fort ny sy à propous que celuy-cy.
Une chose ne puis-je ignorer, [c'est] que c'est la plus nette place, fusse [fut-ce] ung cabinet, que je vis oncques ramplie des plus beaux hommes en très grant nombre , les meilleurs visaiges , les
' il n'y a dans Toriginal aucun alinéa, aucun signe de ponctuation, aucun accent.
' Klle veut dire ma qualité de femme.
' Cette pièce, inédite quand j'ai commencé mon recueil, se trouve maintenant imprimée dans les Lettres publiées par M. Fr. Génin, au nom de la Société pour l'histoire de France.
D'autres éditeurs ayant suivi dans quehjues parties du texte une orthographe un peu plus moderne que celle «le l'original , ce qui n'oflVc pas d'inconvénients réels, les amateurs de Torlhographe primitive de Marguerite seront peut-être bien aises d'avoir cette dernière, que j^ai conservée au risque de rendre la lecture de la lettre moins agréable.
meilleurs propous, monlrant renvyc qu'il[8] hont de \ous faire service, qu'on sauroil souhaiter.
Il est vray, Monseigneur, que vous leur avés baillé ung chef quy est tant digne d'estre voslre lieutenant que je croy qu'en tous le monde n'en lieussiez trouver ung ([uy en toutes chosse aprocho tant de vous que luy \ Car parlant à luy l'on oit [ouït] vos propous, qui sont pour asseurer toutes les craintes dont ceux quy contrefont les saiges veulent [s']uzer, vous asseurant, Monseigneur, que en paroles, en faits et estrême diligence et vigilance, en doulceur envers ung cliascun, en prompte justice et ordre, en pacience à escouster chascun, en prudence de conseil , il monstre bien qu'il est fait de vous même, et apris de vous seul. Car de nul aultre ne peut-il estre disciple. Car de toutes les vertus que Dieu vous a données il en a pris sy bonne part, que vous trouverez en toutes choses vostre voulonté suyvye.
Ce que je vous dis n'est point de moy seulle; mes [mais] après avoir parlé à tous les capitaines, l'ung après Fautre, de toutes les sortes et nations que vous aués au camp, ilz m'ont dist tout cç que je vous mande et mille foys davantage, luy portant une amour et une obéisance sy grande que encore entre eux ny a heu nul débat. Et sont ceux quy, de
* Awît Uu Mouluiuiency. Maigu-crilc en fuit uii porliail de iaolaisie qui
nature, estoieut contraires comme frères liunys *cnsamble.
Le conte Guillaume m'a distque je vous escripve, qu'il y a bien difterance du purgatoire honteux d'Itallye au paradis glorieux de ce camp, et m'a dist desfaultespacées, que j'ayme mieux qu'il vous conte que moy; car il sont importables, principalement vovant, Dieu mercv, tous le contraire en cette armée, qui est telle que je ne voudroys pour tous les biens de ce monde ne Tauoir veue. Car je l'estime tant que je vous proumes ma foy, Monseigneur, que si Tempereur feust venu quant j'y estoys, j« n'en housse point bougé, estant toute seure quMl ne peult nuire à une telle compaignye.
Au pis aler je seroys trop heureuxe de mourir avesques tant de vertueuses personnes. Je ne vous diray point l'onneur^ que m'a fait Monsieur le grantmestre, lequel ne savoit riens de ma venue ni nul de mes jans [gens]. Il m'a monstre tout vostre camp auesques ces deux vieux pères, et ces jeunes princes, et sy grant nombre de jans de bien que James ^ pantazilléo ne feust receue en tel honneur, lequel procède de vous à qui je le retourne. Sy suis-je soure que l'empereur en tiendra deux jours conseil davantaige, pour deuyner' la cause q«y m'y a fait aler '" et sy en fera[y] là où je
' Ailleurs elle nicl honncnr.
' Les édilionii portent jamais. C'est une faute.
^ et * Les cdjUao»<|ui^orli;nl«y/u- et </<,TOW- diffèrent tlel'uriiiiniij.
>oys bien mon proufist et son domniaigo. Monseigneur, je vins arsoir [hier au soir] en ce lieu de Monfrin , où est la conipaignye du Uoy de Nauarre, que j'ay veue toute en bataille [ passée en revue?].
Je ne vous diray riens des hommes d'armes; mes il y a peu de jans mieux ' montés que les chenaux légers. Vous vous contanteres [serez content] des Gascons , et pleust à Dieu que Tempereur s'esayast de passer le llosne quant je suis ysy [ici], car avesques le secours que vous m'envoyerés, et sy n'en fault pas beaucoup, j'entreprandroys bien, sur ma vie, toute famé que je suis, de le garder de passer. Et n'y a nul que vous quy me peust garder d'y estre. Mes je croy qu'il ne l'entrepraudra pas, iiyaussy d'asaillir le camp, ny encore moins d'aler de vostre cousté, car vostrc demeure luy donne une merveilleuse crainte et grant faveur à votre camp. Se [ce] ne vous est petit honneur qu'ung de vos serviteurs areste Fempereur et le fait mouryr de fain, en ce que, sy Dieu vous preste, comme il faict, sa main , je tiens la victoire ou la pais comme vous la sauries demander.
Et pancés, Monseigneur, voyant vostre santé et vos afaires aler sy bien, en quel contantemant et louanges de Dieu s'en va pryant continuelemant pour vostre prospérité
* Les éditions portent tuieulx. Elles dillèrenl de l'original.
Yostre très humble et très obéissante subiecte et sœur,
Marguerite *.
La lettre n'est pas datée.
Elle porte au dos ces mots : t Au Uoy mon souverain seigneur. »»