ENGAGEMENT DU PRINCE DE GALLES
(CHARLES h') A l/OCCASION DE SON MARIAGE AVEC HENRIETTE DE FRANCK.
NOTR INTUODLCTIVË.
La cour de France était au fond très-flattée de la demande ^ de Jacques 1", mais elle connaissait parfaitement l'humeur polémique de ce prince, et plus les catholiques d'Angleterre fondaient d'espérances sur le mariage du prince de Galles avec la fille de Mario de Médicis , plus cette princesse et Richelieu redoutaient une conversion de la fille de Henri IV à l'Église anglicane.
Pour éviter un tel événement , on demanda non pas seulement des promesses formelles , mais des engagements écrits de la main du prince et de celle du roi, engagements séparés et contre-signes par un ministre.
Voici celle de ces pièces que signa le prince qui régna sous le nom de Charles I".
[Copie. — Manuscrits Hohendorf , in-fol., n° 48 , p. 373, Bibliothèque impériale de Vienne.]
Je soussigné, Charles, prince de Galles, duc de Cornouailles, et cetera\ j'ay promis sur les saints
' On voit, par ces mois, que cVsl !;> copie <l<* in loiiuule do l'aclo, (>t non pas celle de TîmIc.
Évangiles de Dieu, de ne tascher par quelque voye que ce puisse être, de faire renoncer Madame à la religion catholique, apostolique et romaine, ny la porter à chose quelconque qu'il [qui] y soit contre.
En temoingnage de quoyj'ay voulu que ce mien acte , signé de ma main et contre-signe d'un ministre d'Estat , soit donné aux ambassadeurs.
A Cambridge, ce 12' jour de décembre 1624.
Charles.
Edouard Coeuray [Conway].
REMARQUES SUR CE DOCUMENT
Toute cette affaire fut traitée , de part et d'autre , avec le plus grand soin , deux ambassadeurs ayant été délégués à cet effet par chacune des cours contractantes.
On peut voir les clauses principales stipulées au contrat de mariage, dans le grand recueil de Rymer [tome XVII, années 1624 et 1625]. L'engagement à prendre par le roi d'Angleterre y est mentionné expressément. Il n'y est pas question de celui du prince. Mais on y trouve des conventions très-précises sur les libertés de culte dont jouira la fille de Henri IV. Cette princesse aura des chapelles dans toutes les maisons royales et elle pourra inscrire jusqu'à vingt-huit prêtres sur l'état de sa maison. Cela indique évidenmient qu'on voulait assurer à un grand nombre de ministres de sa religion le moyen de s'établir en Angleterre sous sa protection.
Ces conventions furent-elles sérieuses ? ou bien les deux puîssiinces curent-elles en les signant pour objet principal d'abuser la cour do Rome?
Le sceptique Hume, pour employer une épithète reçue, me paraît ici trop affirmatif , si réservée que soit d'ailleurs sa parole , lorsqu'il met presque hors de doute, que certains articles du contrat de mariage, favorables aux catholiques, n'y furent insérés «« que pour amuser le pape, et qu'aucun des deux partis n'eut jamais dessin de les exécuter. » [Histoire de la 7?}(iison de Stnart, année 1625.]
Cela peut être fondé en partie, par exemple en ce qui concerne l'éducation des enfants issus de ce mariage. Ces enfants, selon le contrat, devaient être élevés sous les yeux de leur mère jusqu'à l'iige de treize ans. Par ces mots d'une ambiguïté parfaite , on avait l'air de laisser à Henriette de France une action profonde sur l'éducation religieuse de ses enfants. On ne prenait cependant aucun engagement précis, et il est certain que cet article ne fut pas même observé dans son sens le plus large. Il ne pouvait pas l'être dans des temps d'une ombrageuse intolérance. Mais pour tout le reste , la tille de Marie de Médicis insista si bien et exerça sur l'esprit du roi lui-même une action religieuse à ce point efficace , qu'un des plus grands griefs articulés contre Charles I*^*^ par la révolution , ce fut précisément le penchant qu'on lui supposait pour la foi de la reine. 11 le savait si bien que, dès le commencement des guerres civiles, il adressa aux Églises réformées du continent un mémoire où il cond)attait ce soupçon , en appelant en témoignage l'éducation protestante qu'il faisait domier à ses enfants. [Rusworth, vol. V, p. 572.]
On sait conmient ces enfants, Charles II et Jacques 11 , embrassèrent, l'un en secret, l'autre publiquement, la n^ligion de leur mère, et amenèrent ainsi la révolution de 1688, (jui lit perdre au dernier de ces princes la couronne d'An-
gleterre pour la même raison qui avait fait perdre à son aïeule la couronne d'Ecosse , un siècle auparavant.
Peu d'engagements politiques ont été suivis de conséquences aussi graves, et pour ainsi dire aussi immédiates, que celui du petit-fils de Marie Stuart épousant la fille de Marie de Médicis. Et s'il était vrai de dire avec Hume, que Louis XIII et Richelieu avaient mis dans le contrat de mariage des jeunes époux des articles pour amuser le pape, Charles I" aurait payé bien cher ce funeste caprice. Mais tout fut, au contraire, sérieux dans cette affaire. A cette «'poque les mœurs étaient noil-seuîement religieuses, elles étaient intolérantes. L'union entre les lois de l'Église et celles de l'État était encore intime, et Ton ne pouvait garder sur la tète certaines couronnes qu'en gardant dans le cœur certains articles de foi.
Sous ce rapport, une illustre princesse, contemporaine (le Charles I", et qui succéda en Suède à Gustave-Adolphe, comprit les mœurà de son siècle, mieux que Charles I". Christine abdiqua dès qu'elle se sentit un penchant décidé jiunr un autre culte que celui de son pays.