M-^" DE SCUDÉRY A M. NUBLÉ
[Autographe. — Manuscrits Hphendorf, in-folio 135, 2. Bibliothèque impériale de Vienne.]
[Sans date.]
C'est en vain, Monsieur, que vous me fuyez, car ie suis résolue de nous auoir de l'obligation , et de pouuoir dire avec quelque vraysemblance, que vous estes de mes amis \ Je vous deffie mesme hardiment de me reffuser la grâce que ie m'en vay vous demander.
En effest, scachant qu'elle [sic] est vostre vertu et vostre équité , ie ne pense pas que vous puissiez scavoir qu'il y a une orpheline de douze ans qui a besoin de la protection de M. le président de Bailleul , sans auoir aussitôt enuie de luy donner le placetque ie vous enuoie. Car, si vos amis vous connoissent bien, il n'est pas en vostre pouvoir de vous empescher de faire une action de vertu quand l'occasion s'en présente. Je vous promets pourtant, Monsieur, de vous estre fort obligée de vostre solicitation , quoy que ie sache bien que M. le président de Bailleul est un des sages du monde qui a le moins de besoin d'estre solicité, parce qu'il est un des plus équitables. Si vous aimiez les remer-
' Je coQ»ei've l'orthographe , iiiuii» ju corrige lu ponctuation et je meti le» alinéa.
ciments, ie m'engagerais a vous faire remercier par MM. Ménage, Conrart, Chapelain, Pelisson et plusieurs autres de vos amis qui sont des miens. Mais comme ie n'ay garde de vous soupçonner d'aimer une chose si peu solide, ie me contente de vous assurer, qu'en m'obligeant vous obligerez la personne du monde la plus reconnoissante et qui , sans que vous le scachiez, admire le plus vostre vertu.
Madeleine de Scldery.
A rextérieur : « Pour M. Nublé. »
REMARQUES SUR CETTE LETTRE
11 est inutile de dire qu'elle est écrite avec une grâce charmante et qu'on y trouve toute cette abondance de nobles sentiments et d'idées élevées qui tirent la renommée de l'auteur.
Il y a de l'apprêt dans l'ensemble , et le ton qui domine le tout est loin d'être celui d'une élégante simplicité. C'est, au contraire, celui du dicours ingénieux, recherché même. Mais ce qui l'excuse, c'est que ce n'est pas une lettre d'intimité. L'auteur écrit à un avocat qui est homme de lettres et dont' elle désire se faire un ami ; mais sa liaison avec lui n'est pas établie , elle a besoin de s'appuyer, pour se faire entendre , des noms de leurs amis communs. Et cependant elle tient à réussir auprès de M. le président ; car il s'agit d'une orpheline de douze ans. Or, en vérité, quand il s'agit d'une telle œuvre, il faut pardonner à l'auteur de Clélie de montrer beaucoup d'esprit , de s'écrier dès le début : Je vous défie hardiment de me refuser la grâce que je vais vous demander, et d'ajouter;
Si vos amis vous connaissent bien, il 71' est pas en votre pouvoir de vous einpécher défaire une action de vertu, quand V occasion s'en présente.
Je joins à cette belle lettre trois billets de W^'' de Scudéry . Ces petites missives ne signifient presque rien ; mais elles sont si gracieuses qu'on me pardonnera de les avoir imprimées. Les originaux, tous écrits de la main de l'auteur, se trouvent au dépôt indiqué.
Jeudi, [sans autre date].
De grâce, Monsieur, ayez la bonté d'envoyer ma lettre à M. Tabbé de Marment par l'ordinaire de demain, et faites-moy l'honneur de croire que ie suis très-sincèrement vostre très-humble servante ^
Je vous remercie , Monsieur, de Tadvis que vous me donnez.
Je sçay que si les ordres ne changent pas, Fouquet partira demain, dès la pointe du iour.
Ainsi nostre incertitude cessera bien tost'.
Je vous envoyé quatre Hures, que M"'' de Beansen vous prie de donner à i\I. le procureur général de la cour des Aydes.
' Sans dalc ni adresse.
* Sans date ni adresse. Même écriture. Point de signature.
Elle vous sera bien obligée , si vous le priez de donner des conclusions favorables à son parent , lorsqu'il lui portera les pièces qui concernent son affaire.
le vous donne le bon iour, et ie vous prie de vous bien informer de LaMothe. Au palais, la déclaration qu'il a faite fait grand bruit*.