‹ Lettres et pièces rares ou inédites publiées et accompagnées d'introductions et de notesChapitre 72 sur 137 · ISAAC VOSSIUS · texte numérisé non relu

ISAAC VOSSIUS

Amsterdam, 34 février 1645.

REMARQUES SUR CETTE LETTRE

Le début en est gracieux et décrit parfaitement la perte de temps qu'éprouve au retour un homme qui a longtemps été absent , et qui est obligé de conter à tous ceux qu'il visite ce qu'il a vu et ce qu'il a fait en pays étranger. Isaao Yossius [né en 1618], le plus illustre des cinq fils de Gérard-Jean , était très-sensible à cette perte de temps. Il revenait d'Italie, où il avait recueilli des Incdita, et il aimait son indépendance au point de refuser de belles chaires et de gros traitements. A cet égard, il changea un peu plus tard, et abdiqua sa liberté pour l'honneur de diriger la biblio-

thèquede Christine. Mais au fond c'était là une chaîne fort douce et fort attrayante pour un amateur de livres tel que Vossius.

Ce goût, qui le domina trop et qui l'aveugla, comme font tous les penchants exclusifs , perce vivement dans sa lettre. Il est avide d'avoir le bel ouvrage de BouUiau , Astronomia philolaïca. Ce livre , si important pour l'histoire ancienne, vient de paraître^ [il a paru en effet en 1645], M. de Saumaise, professeur à Leyde, le tient déjà, et Vossius ne l'a pas encore ! Il sera obligé de faire le voyage de Leyde pour pouvoir admirer cette nouveauté, et il se propose de le faire. Il n'en veut pas dire davantage. H ajoute cependant qu'il aime et qu'il admire tout ce qui lui arrive de BouUiau , et notre savant compatriote a eu l'âme aussi dure que l'oreille , s'il ne s'est pas hâté d'expédier un exemplaire de son livre à Vossius , à Vossius qui avait déjà tant de motifs de jalousie à l'égard de M. de Saumaise , et qui devait rompre avec lui d'une manière si fâcheuse, non à propos de livres, mais à propos d'un peu d'argent qu'il avait prêté au fils prodigue de son illustre rival.

De Philolaiis , le savant d'Amsterdam passe à Théon de Smyrne , autre astronome, que BouUiau a publié en 1644, mais dont il n'a pas tout donné encore ; et enfin , à l'édition de Y Histoire byzantine de Ducas, travail qu'on appelle ici tout simplement une histoire de Constantinople , et que BouUiau n'a publié que quatre ans plus tard.

Vossius sent qu'après avoir tant pressé son ami sur ses travaux , il convient de lui laisser entrevoir quelque chose des siens propres. Il a d'abord recueilli environ trois mille inscriptions , qu'H met en ordre. Il a laissé là, pour des raisons qu'il ne dit pas, les Épigrammes de Martial, qui occupaient alors tant d'érudits; mais lia du temps à donner aux

* Matter, Histoire de l'École d'Alexandrie , 2' édition, t. H, p. 76.

questions historiques , et il aborde immédiatement une de ces questions, pour démontrer avec une joie qui se comprend qu'un fripon [nebulu^ s'est joué de la finesse du grand Érasme au sujet d'une version grecque de saint Jérôme. Vossius a des doutes sur Sophronius, etBoulliau est allé sans doute à la Bibliothèque royale, comme moi, pour y chercher la confirmation de ces doutes. 11 y est certainement allé faire les compliments que l'ami des frères Dupuy leur adressait sur leur récente nomination à la Bibliothèque, où bientôt ils reçurent tous les jours leurs intimes, et surtout l'abbé Guyet, l'ami de Vossius.

En eflet, les Dupuy furent visités de tout le monde savant , et ils montrèrent leur reconnaissance en rendant aux lettres des services considérables , dans le gouvernement de la précieuse collection qui leur était confiée.

Les relations de Vossius à Paris ne se bornaient pas à ces deux frères et à Boulliau. II était lié également avec Guyet, latiniste passionné, qu'il avait vu sans doute à Rome, ainsi que son élève, qui fut depuis lecardinal de la Valette. Vossius le fait saluer ici avec d'autant plus de soin que l'amitié de MM. Ménage , de Thou , de Balzac et d'autres hommes de mérite lui donnait plus de considération à Paris.

On le voit , les savants de cette époque sont à ce point associés dans leurs travaux que chacune de leurs lettres, faites d'ailleurs avec grand soin , nous conduit au milieu des choses les plus curieuses et des personnages les plus remarquables de l'époque.

Un fait nouveau surprend , au premier moment , dans ces correspondances savantes. L'érudit de cette époque paraît moins désintéressé que celui des générations précédentes. Il aime l'argent, et non-seulement il accepte des pensions , mais il en cherche.

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