CHAPELAIN A GR0N0V1U
[Autographe. — Bibl. de l'universilé de Munich, cod. 90 , B.]
Paris, 1" juin 1G68.
Monsieur,
Par la response que j'ay receiie à mes dernières que j'escrivois à Mons. Heinsius et que j'avois mises sous votre enveloppe, je voy que vous âVez reccu celle que je faisoisaux deiix vostres, et je me promets que vous m'aurés fait la grâce d'envoyer à M. Graevius celle qui s'adressoit à luy dans vostrc paquet, et je tous éfi i'ends grâce d'avatice.
J'avois espéré d^avoir une réponse de vous à la lettre dottt M. dôlbért àvoit accompagné la gratification du roy, et qui estoit pour vous une nouvelle grâce. 11 ne s'y agissoit pas d'un grand discours, mais à\\n témoignage de ressentiment de cet hotineur qu'il vous a fait , et qu'il est d'un devoir indispensable que vous y salisfaciés avec tout le respect et toute la civilité possible. J'attens de vous ce compliment la par le premier ordinaire, afin que je le puissejoindre a buit autres que j'ay receues des gratifiés du fonds de l'Allemagne et de Tltalie, desquels j'ay suspendu jusques-là la présentation
en votre faveur, de peur que vous fussiés remarqué comme le seul qui auriés manqué à vous en aquiler.
Les autres marques publiques que vous luy en voules donner viendront a loysir. Pour cette particulière cy il n'y a pas un moment a perdre.
Je suis fort sincèrement,
Monsieur , Votre très humble et très obéissant serviteur
Chapelain.
De Paris , ce l" juin 1668.
• A Monsieur Monsieur Gronovius, prcnjier professeur d'éloquence à l'Académie de Leyde , à Leyde. »
HEMARQUES SUR CETTE LETTRE
Il n'était pas possible de rien écrire de plus pressant , de plus explicite; de tancer une reconnaissance négligente avec plus de verdeur et de gravité.
« M. Colbert a bien voulu accompagner d'une lettre la dernière gratitication. Vous n'avez pas répondu. Il est indispensable que vous le fassiez. Que ce soit par le premier courrier. Que ce soit avec tout le respect possible. Vous êtes le seul en retard. Vous pouvez être court. Vous y reviendrez à loisir , car cela ne vous dispense pas des marques publiques de reconnaissance que vous voulez donner au ministre. »
Cela est d'une chuté et d'une précision (jui ne laissent rien à désirer.
La lettre nous apprend en même temps ces trois faits : 1** qu'il y avait des gratifiés en Italie et en Allemagne comme en Hollande ; 2° qu'ils répondaient avec plus d'empressement que Gronovius; 3° que Chapelain réunissait leurs lettres pour en rendre compte au ministre , qui en rendait compte au roi.
Il va sans dire que c'était là une sorte de concours d'éloquence d'un genre à part , et que Chapelain ne manquait pas de signaler, de mettre en relief, le talent déployé.