‹ Lettres et pièces rares ou inédites publiées et accompagnées d'introductions et de notesChapitre 92 sur 137 · ADRIEN DE VALOIS A NUBLÉ · texte numérisé non relu

ADRIEN DE VALOIS A NUBLÉ

I Aulographe.— Bibliothèque impériale de Vienne, manuscrits Hohendorf, i:J5, 2, in-fol, lettre 428.]

Paris, 25 novembre 1G60.

Monsieur,

Lorsque je vous croyois de retour à Paris, votre laquais est venu chez moy, et ne m'ayant pas trouvé au logis, il a dit que le mal de votre œil s'estoit rcnouuellé, et que les saignées et les purgations vous avoient tellcmeiit afîoibly, que vous ne pouviez pas reuenir à Paris sitost; que si je

voulois vous escrire, io n'aurois ([u'à addresscr ma lettre chez M. le président Bailleiil; qu'on vous la fcroit tenir.

Je me sers doncque de cette occasion, pour scauoir de vos nouvelles et pour vous dire des miennes.

J'ay fait imprimer, comme vous le scavies^ h\ défense de ma Disceptation des Basiliques ^ contre le jugement de M. de Launoy. Mais i'attends votre retour pour vous en présenter un exemplaire. Vous y estes deux fois nommé et avecque éloge. M. Launoy, pour répliquer, va troubler le repos de mon fils qui est mort il y a quatorze ans, et va publier partout une noire calomnie d'un chandelier d'argent, qu'on l'accusa d'auoir pris ches M. des Hoches. Vous scaves le motif et toute l'histoire de cette affaire.

Voilà une chose horrible et bien indigne d'un prestre et d'un docteur'. Mais il se fait, de cela, beaucoup plus de tort qu'à moi ; car il montre par là qu'il n'a rien de bon à répliquer, et que la passion l'aveugle. M. de La Rivière, au cabinet de M. de Thou, comme il avoit commencé à raconter cette belle histoire, luy ferma la bouche en lui disant : Mess, de Valois sont honnestes gens. M. d'Héronval, M. Aubry et les autres qui estoient présents, le secondèrent, en sorte qu'il fut con-

' En ihcologie.

traint de revenir' avecque honte et de laisser son compte [sic] imparfait.

Si j'auois esté de son humeur , j'aurois remarqué dans ma défense d'estranges choses qu'il a fait [es] à Navarre- et ailleurs : comme il a tasché d'escroquer un bénéfice d'un sien escholier; comme il a esté balayeur au collège des Jésuites à Rotien; de sa naissance; de mille autres choses.

J'ay appris que ches M. Ménage il a estallé cette mesme calomnie, et qu'il a esté escouté plus fauorablement que ches M. de Thou. J'attribue la faute aux auditeurs qui estoient, tous, ou jeunes gens ou ses disciples et amis , et principalement à M. Mesnage qui, scachant l'affaire, n'auroit pas dû souffrir qu'on débitât une telle calomnie contre ses amis en sa maison. Mais c'estoit peut-estre lui mesme qui la lui auoit apprise.

L'abbé de Marolle s'est aussi rendu complice de la passion du S"" Launoy , son bon ami , et a dit la mesme chose à M. Ogier entr autres, qui s'en est moqué fort ioliment, comme tous les gens sages et honnêtes qui connoissent nous et nostre maison , feront toujours. Le S"" Launoy montre bien en cela et en tout, son procédé, son foible, son fiel et sa malice. Je lui pardonne de bon cœur, car ie ne m'estonne plus de rien, voyant ce que ie vois.

* L'auteur avait commencé d'écrire le mot rengainer.

• Au collège de Navarre.

Je vous souhaite hientosl à Paris, on l)onno santé, et suis de tout mon cœur,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur ,

DE Valois.

Mon frère ^ vous baise très Immblement les mains.

De Paris, ce 25 de novembre IGOO.

« A Monsieur Nublé , aduocal au Parlement, à Amboise. »

* Henri de Valois, seigneur (l'Orcé, honoré de la bienveillan(!e de la reine Christine, de l'amitié du grand Condé, et do celle de tous les savants de l'époque, surtout du père Pétau, de Dupuy et ilu père Sirmon»!. Il était historiographe de France et pensionné par Louis XIV, comme snii frère.

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