Avant-propos de VHUtoire de Russie
tardif; mais dès le temps où il donnait son livre au public, et dans la première ivresse du succès, Voltaire, pressé de réparer la faute qu'il n'eût pas encore avouée sans doute, annonçait à ses amis le Siècle de Louis XfV, c'est-à-dire une histoire où l'esprit philosophique, dont on pouvait regretter l'absence dans le récit de la vie de Charles XII, a tout réglé, le choix du sujet, le plan de l'ouvrage, le point de vue et la mesure des jugements.
Dès les premières lignes de l'introduction, Tauteui exprime assez clairement cette intention de s'engagei dans d'autres voies et de faire mieux qu'il n'avait fait, a Ce n'est pas seulement, dit-il, la vie de Louis XF qu'on prétend écrire ; on se propose un plus grand ol jet. » Quel est cet objet? C'est de faire connaître, « noi les actions d'un seul homme, mais l'esprit des hommes dans le siècle le plus éclairé qui fut jamais. » Ainsi après avoir trop donné à la renommée d'un faux héros ^ Voltaire n'entend plus souffrir que l'histoire s'occupa ^-i-^e uniquement ni des héros, ni des politiques. Il y ^ ^
quelque chose dans la vie des peuples qui import^^ plus que le détail infini des combats, des sièges di ville, et même des traités de paix. Ce qui pei peindre le génie et les mœurs des hommes, ce qin peut servir d'instruction et conseiller l'amour de vertu, des arts et de la patrie, voilà ce qui mérite « l'ar lention de tous les temps r> et réclame le labeur di^ historiens. A ce titre, Voltaire veut s'occuper ^ Louis XIV, du siècle auquel il a donné son noi comme Périclès ou Alexandre, comme César ou
guste, comme les Médicis et Léon X ont nommé avant lui les âges les plus heureux dont on ait conservé le souvenir, ceux qui ont servi a d'époques à la grandeur de l'esprit humain. »
La division de l'ouvrage a donné lieu à de sérieuses critiques, et il est manifeste que Voltaire ne pouvait échapper aux abus de la méthode analytique, lorsqu'il remettait au lendemain du traité d'Utrecht et de la mort de Louis XIV pour parler du caractère personnel du roi, des ressources de son trésor et de l'organisation des armées. On est ainsi exposé à perdre de vue les causes prochaines des événements, et, pour parler comme Montesquieu, cette allure principale, ce rapport étroit des choses entre elles, qui fait l'unité d'un règne et son caractère. Les inconvénients de ces divisions tranchées devaient être particulièrement sensibles pour un règne de soixante-douze ans, dont on ne peut guère comprendre et juger les vicissitudes qu'en y distinguant plusieurs époques, et en faisant tour à tour dans ses prospérités comme dans ses désastres, la part de trois générations successives, dont le génie n'a pas moins varié que la fortune. Cependant la raison approuve une division fondée sur la nature des choses, et pour rompre d'une manière éclatante avec cette façon vulgaire d'envisager l'histoire, qui la réduit aux grands événements politiques et militaires, ce n'était pas assez d'y mêler çà et là des observations sur le gouvernement intérieur ou d'indiquer incidemment par des traits épars le changement des mœurs et le progrès des idées. Voltaire a dû séparer nettement les
diverses parties de son sujet, pour que le lecteur fût obligé d'arrêter son attention sur chacune d'elles, et sût manifestement quelle place elle doit occuper dans rtiistoire des sociétés humaines.
Il faut lui savoir gré de n'avoir pas poussé jusqu'au paradoxe le courage de la nouveauté. En réduisant à de justes proportions le récit des guerres et de la politique extérieure, Voltaire ne s'est pas laissé entraîner à en méconnaître Timportance. Les relations de sièges et de batailles sont courtes mais précises, il en a puisé les particularités aux meilleures sources, et il les relève par une vivacité d'expression qui fait sentir à quel point il voit nettement ce qu'il a voulu peindre et s'anime au souvenir des belles actions dont la France s'enorgueillit. Il expose les traités et déroule le fil des négociations en homme qui aurait pu y jouer son personnage et que l'on n'aurait pas aisément payé de paroles. Les ardentes recherches de l'érudition moderne ont sur plusieurs points accumulé les documents et pénétré bien des mystères. Il a été possible d'ajouter beaucoup aux récits de Voltaire : en a-1ron souvent changé les traits essentiels et détruit l'autorité? Prenons, si vous le voulez, la guerre de Hollande, un des événements du règne que les contemporains avaient le plus mal jugé. On en a fait de nos jours plus d'une relation minutieuse, exacte, appuyée sur de bonnes preuves, et cependant animée par la passion. Si j'en lis une, choisie parmi les meilleures, je cède facilement à l'émotion qui m'entraîne, et fais volontiers honneur à la supériorité de notre école historique de
tant de sincérité et de patience, de cette curiosité souvent féconde qui ne se lasse pas d'examiner les événements dans le détail, sous tous leurs aspects, enfin de ce sentiment de justice trop éclairé pour se laisser surprendre, et qui tient sous le coup de représailles tardives tous ceux qui ont abusé de la force contre le droit. Quels progrès, dira-t-on, depuis Voltaire! Et puis, si nous revenons, par aventure, aux courts chapitres du Siècle de Louis X/K, c'est pour nous reprocher de n'avoir pas vu plutôt que rien ou presque rien n'avait échappé à Voltaire ; qu'en vingt pages, il avait su indiquer les motifs vrais ou supposés de la guerre, les ressorts cachés de la politique, les causes diverses des succès et des revers, tout, jusqu'aux raisons pour lesquelles un Français ne doit pas regretter de voir échapper à l'ambition de Louis XIV la gloire déplorable d^anéantir une nation, de ruiner un pays créé, comme les institutions qui font sa force, par la liberté, et de laisser les flots de la mer « détruire le plus singulier et le plus beau monument de l'industrie humaine. )• Seulement, Voltaire seh&te; il ne fait étalage ni de retendue de ses informations, ni de la sagacité de ses conjectures, ni de la rigueur de ses jugements. C'est la réflexion qui nous avertit que très-souvent là où se donne camère la probité d'un annaliste, il a fait assez en mettant un mot, sachant d'ailleurs tout le reste, mais fidèle à cette règle si complètement tombée en oubli, que les paroles sont précieuses et que a tout ne mérite pas d'être dit. » L'auteur du Siècle a le coup d'œil rapide et per-
çant; il avait beaucoup questionné, beaucoup lu, trop vite, j'en conviendrai plus d'une fois, mais il allait droit à ce qui est important, décisif, il écoutait d'ailleurs d'un esprit libre les témoignages opposés, discernant bien ce qu'il fallait rabattre des griefs injurieux d'un pamphlétaire, ou des hyperboles naïves d'un panégyriste , plus capable , comme il le dit de Pellisson, « de bien écrire que de ne pas flatter ; » il excellait à deviner ce qu'ignoraient ceux mêmes dont il consultait les souvenirs. Son secret, c'était de connaître la mesure du possible, du vraisemblable, de remonter des effets aux causes, et de savoir, lui poète, aussi bien que des hommes blanchis dans la pratique des affaires, quelles sont les conditions ordinaires du succès d'une entreprise, de la puissance d'un souverain et de la force d'un État. 11 cherche ainsi, avec une pénétration singulière, dans des règlements de finances, dans des mesures d'administration, dans la prodigieuse activité d'un Colbert et d'un Louvois, dans la sage conduite ou dans les vices d'un gouvernement intérieur, une des raisons principales qui expliquent tant de faciles triomphes suivis de revers certains et mérités. Il sait également qu'elle est, dans les retours de la fortune, à côté des (( mille accidents incompréhensibles » ; qu'il n'est pas sage de chercher à expliquer la part de la prévoyance des hommes, ou de leurs fautes et de leurs passions. Le moraliste accoutumé à faire du développement d'un caractère le ressort d'une action tragique, se retrouve à l'aise pour observer les grands personnages qui jouent leur rôle
sur le théâtre du monde ; sous le masque, il voit le visage ; sous les paroles, il lit dans le cœur, sans ou* blier tout ce que Tablme des cœurs peut cacher d'incertitudes et de contradictions. De là, ces libres peintures où le parti pris ne sacrifie pas à la rigidité des contours, à la vigueur des coloris, la vérité de la res« semblance , et l'impartialité , un peu moqueuse , de ces jugements où Thistorien se pique d'observer les nuances, de faire la part du bien et du mal, même quand Tun et l'autre sont extrêmes, comme chez Cromwel, et de tenir la balance égale, malgré Técueil * du parallèle et les séductions de l'antithèse, nou-seu« lement lorsqu'il compare Retz et Mazarin, Condé et Turenne, Colbert et Louvois, mais lorsqu'il oppose au héros de son livre ce Guillaume d'Orange, qui fut son inconciliable ennemi et deux fois son rival heu« reux.
Voltaire n'emploie pas moins de quatre chapitres à faire connaître par des anecdotes la vie privée du roi et l'esprit d'une cour qui avait enseigné à toute l'Europe la politesse et les agréments de la société. Il paraît craindre lui-même de s'être amusé trop longtemps à ces détails qui pourraient <x rebuter un philosophe ; » du moins a-t-il soin d'avertir qu'en pareille matière il faut être circonspect, a écarter le frivole, réduire l'exagéré, » fermer l'oreille à la satire. Il a, pour son propre compte, observé cette règle autant qu'il l'a pu, et fait sentir, à quelles conditions, un récit grave admet des particularités propres à jeter une lumière inattendue sur l'histoire lorsqu'elles peignent le^
mœurs du temps et donnent la clé d'un caractère, mais qui la falsifient et qui la dégradent lorsqu'on en grossit l'importance jusqu'à vouloir expliquer par des secrets d'alcôve ou des commérages d'antichambre les grands événements dont il est heureux pour l'humanité que le cours se règle moins par des accidents particuliers et mystérieux que par des causes générales, connues et publiques.
Ce n'est pas un médiocre honneur pour Voltaire de s'être arrêté sur une pente où l'entraînaient le goût du temps, son penchant pour les épigrammes et les souvenirs d'une jeunesse passée dans une société où l'on aimait à médire du roi et à rire de toutes choses. Par une rencontre mémorable, au moment où Voltaire achevait à Postdam le Siècle de Louis XIV (1751), Saint-Simon mettait, secrètement, la dernière main à ses Mémoires. Saint-Simon avait un amour sincère pour la vérité, et, en somme, quelles que soient l'âpreté de sa verve et la vivacité de ses rancunes, il a rendu à la mémoire d'un roi qui ne l'avait guère écouté, plus d'un hommage éclatant : c'est un sacrifice que sa conscience exigeait et qu'elle a obtenu de lui ; on y sent la contrainte et un reste d'amertume. Le jeune ami de Ninon de Lenclos et de Chaulieu n'a pas eu autant de peine à oublier les soupers du Temple, à se dépouiller des préventions de sa vingtième année, pour juger à cette distance un règne dont il n'avait connu que le déclin sur la foi de témoins plus sûrs que lui-même. Il y voit des malheurs, des fautes, des crimes ; mais les comparaisons qu'il a faites à loi-
sir avec le passé, avec le présent, ravertissent de n'en pas tirer de conséquences trop rigoureuses, et, dans sa pleine liberté d'esprit, il ne lui en coûte pas de teconnaître que ce siècle, malgré bien des taches, était un grand siècle, que ce roi naturellement idolâtre de gloire, aveuglé bientôt par des succès trop faciles, gâté surtout par le long usage d'une autorité sans contrôle, avait sans doute largement payé son Wbutaux faiblesses de l'humanité, mais que, à tout prendre (comme eût dit le vieux Commines), c'était un roi. Telle a été la conclusion impartiale de Voltaire. Nourris des maximes de la Révolution française et ^s-peu sensibles même aux avantages les plus évidents d'un régime où l'égoïsme et l'orgueil du prince peuvent devenir les lois de l'État, nous avons dû reprocher à Voltaire des complaisances dont l'excès a quelque péril sans doute , mais il est périlleux aussi de porter un jugement sur le passé sans tenir compte de ia différence des temps ; l'étude désintéressée des faits ûous a rapprochés du point de vue où Voltaire s'était placé pour être équitable, et convaincus que la vérité 4« riristoire y trouvait son compte aussi bien que le patriotisme de l'historien.
L'esprit de modération, qui fait que Voltaire passe sur beaucoup de choses lorsqu'il traite de la politique àt Louis XIV, ne l'abandonne que lorsqu'il aborde rhistoire ecclésiastique et religieuse du dix-septième siècle. On comprend qu'il lui répugne de s'engager dans les épines des querelles théologiques, et qu'il ne puisse voir sans un dégoût mêlé quelquefois d'hor-
reur les subtilités de la controverse aboutir à des emportements et à des violences qui étaient dans le siècle des beaux-arts un reste de la barbarie du moyen âge. Mais, quelles que soient les réserves de sa foi ou de son scepticisme, Thistorien n*est-ii pas tenu d'examiner sérieusement et de chercher au moins à entendre des questions où des générations entières, et, à leur tète, de si grands esprits, de si nobles cœurs ont mis l'intérêt de leur vie et enfermé volontairement le puissant essor de leur pensée? Il est trop facile de se tirer d'affaire avec Pascal, avec Bossuet, avec Jurieu, par un sarcasme ; et terminer le Siècle de Louis XIV en se moquant des missions chinoises et des quatre croix lumineuses que des jésuites disaient avoir vues au ciel , non-seulement c'était finir sans conclure, ainsi que l'a dit M. Yillemain, mais c'était trop sortir des limites et surtout de l'esprit de son sujet.
La partie du livre la plus admirée, ce sont les beaux chapitres où Voltaire a tracé le brillant tableau du progrès des sciences et des beaux-arts au dix-septième siècle. Lorsqu'il parle des artistes proprement dits, d'un Lesueur, d'un Puget ou d'un Lully, il est trop manifeste qu'il n'a pas, comme Rousseau, le sentiment passionné de la musique, qu'il ne goûte ^ les beautés de la peinture et de la statuaire, comme Fénelon, comme Diderot, ou môme comme Montesquieu, à son retour d'Italie. Jusque dans ses jugements sur la poésid et l'éloquence, on a relevé sans peine des traces de légèreté ou de prévention. Mais chacun de ces jugements mérite que l'on s'y arrête ; le plus sou-
vent, vrais ou faux, ils appartenaient à Voltaire en propre. Voltaire n'a pas répété servilement ses devanciers, et, depuis plus d'un siècle, ce que Voltaire a pensé, ce que Voltaire a dit, se répète encore à satiété dans les écoles comme dans le monde.
Beaucoup de ceux qui continuent à réciter ces ora^ des, sont un peu surpris lorsqu'on leur rappelle quel est le dieu qui les a rendus. N*avons-nous pas oublié aussi que ces chapitres sur les beaux-arts étaient, dans le genre historique, une des nouveautés dont Voltaire a donné l'exemple et dont notre siècle a profité? Rappelons-nous, en effet, les trois grands siècles littéraires auxquels Voltaire opposait le siècle de Louis XIV. Celui de Périclès a eu ses historiens, et, à leur tête, le maître du chœur, Thucydide. On n'accusera pas ce puissant esprit de négliger la recherche des causes, ni de méconnaître le génie d'Athènes et rinfluence que les choses de l'esprit ont exercée sur ses destinées. Et pourtant les étés et les hivers se succèdent; Périclès fait place à Cléon, à Nicias, à Alcibiade, et le livre de l'historien philosophe est interrompu sans que nulle part on y rencontre des noms tels que ceux de Phidias, de Sophocle, d'Aristophane ou de Socrate. Il est douteux que Tacite lui-même, un moraliste si attentif à découvrir ce qui se passe dans les esprits et dans les cœurs, se fût beaucoup occupé de Virgile, ou d'Horace, ou de Tite-live, en racontant l'histoire d'Auguste : s'il a nommé Lucain et dit un mot de ses vers, c'est que Lucain conspire et meurt en adressant à la vie le stolque adieu qu'il avait
mis, naguère, dans la bouche d'un soldat blessé; il parle longuement de Sénèque, de sa faveur, de sa disgrâce et des derniers instants de sa vie ; aurait-ce été un hors-d'œuvre die jeter un coup d'œil sur ses écrits pour y chercher une image de l'esprit du temps ou marquer Tinfluence exercée par sa doctrine sur les âmes que la contagion des lâches exemples n'a pas corrompues? Passons avec Machiavel, le premier écrivain de rage nouveau qui se rapproche de Thucydide et de Tacite, au temps de Léon X et dans la ville même qui fut le berceau des Médicis : Machiavel est un artiste aussi bien qu'un homme d'action; il compose l'histoire de Florence, cette autre Athènes; etpour* tant, lorsqu'il retrace avec un pinceau vigoureux et sobre, comme celui des anciens, les intrigues des factions et les luttes engagées sur la place pu« blique, ni la nature de son sujet, ni le tour propre de son génie ne l'enhardissent à nommer l'architecte de Sainte-Marie-des-Fleurs, ni les peintres et les sculpteurs qui ont donné le branle à la Renaissance des arts, ni les poètes, pas même Pétrarque, dont il emprunte les vers pour exhorter l'Italie à reconquérir sa liberté, ni Dante, dont la vie et les œuvres appartenaient cependant à la politique.
Il a fallu que le seizième siècle achevât de faire de la république des lettres une sorte d'État idéal, et plaçât dans le respect des peuples un penseur, un poète ou même tel érudit fameux au niveau des princes et des capitaines, pour que le président de Thou osât, dans l'histoire de son temps, non-seulement marquer la
date de leur mort, mais saisir cette occasion pour perpétuer le Souvenir de leur vie et de leurs ouvrages. Ce qu'il avait fait d'une manière prolixe et confuse, dans des annales rédigées en latin, destinées, par conséquent, à être oubliées vite et sans avoir jamais été populaires, Voltaire le jBt dans un ordre méthodique, avec cette mesure qui prévient les objections et cette perfection de la forme qui, en donnant à une idée juste la clarté de Tévidence, assure la durée de son action. De ce jour, et pour la première fois, Thistoire littéraire eut dans l'histoire générale sa place réglée et certaine.
Voltaire rendait ainsi à l'histoire, aussi bien qu'à la critique, un très-grand service. Pour accomplir leurs tâches, qui sont distinctes, n'avaient-elles pas beaucoup à s'emprunter l'une à lautreîLa critique, autour de Voltaire, et chose curieuse, dans la plume de Voltaire lui-même, tournait dans un cercle étroit ; trop souvent, elle usait sa peine sur des arguties pédantesques et sur de frivoles questions de mots ; il était temps qu'on l'avertit d'observer l'allure des choses, Tesprit d'une époque, sous peine de ne pas comprendre les œuvres qui en sont l'expression la plus intime et la plus vivante, ou qui ont contribué pour une part à le changer. L'histoire, à son tour, devait apprendre à mettre en lumière ces souvenirs de l'art et de la science qu'elle avait si longtemps, par un faux scrupule, rejetés hors de son cadre. Fidèle aux leçons de Voltaire, elle sait désormais que l'objet le plus important de ses recherches c'est la suite laborieuse des progrès
de la raison humaine, et que les chefs-d'œuvre de la pensée sont la meilleure part de ce patrimoine du passé dont elle se glorifie d^assurer aux générations à venir Tétemelle possession.