Discours sur Nicolas Poussin
étudiant les faits de plus près, en ménageant davantage leurs adversaires, en cherchant à poser contre eux des conclusions moins absolues, mais moins contestables. Je ferai la cause moins belle peut-être ; mais je me flatte de la faire meilleure, et, en n'exigeant pas trop de nos juges, d'obtenir d'eux davantage.
La question est intéressante par elle-même : elle touche à l'histoire de la vie de Poussin, au caractère de son génie et de ses œuvres, aux influences qu'il a subies, à celles qu'il a exercées ; elle touche à l'honneur de la ville normande qui l'a vu naître, de l'École française dont il est le chef. L'étude où elle nous conduit jettera quelque lumière sur le passé ; elle ne sera peut-être pas indifférente à l'avenir. Qui sait si l'exemple des Andelys et de l'injuste procès dont ils ont tant de peine à sortir, ne fera pas réfléchir sur la véritable nature du droit que le pays natal invoque pour revendiquer sa part dans la gloire de ses enfants, et ne nous avertira pas des conditions qu'il faut remplir pour que ce droit, auquel chaque province, chaque ville attache tant de prix, soit réel à ses propres yeux et dans l'opiûion du monde ?