‹ Lettres familières (volume 2)Chapitre 23 sur 39 · A M. JACQUES DADBLSWARD DE FERSEN · texte numérisé non relu

A M. JACQUES DADBLSWARD DE FERSEN

ser quand et camme bon lui semble. « Les vices des pauvres, c'est la fantaisie du riche. » Quand le riche^ par surcroît, exhibe un nom aristocratique, c'est beaucoup d'honneur qu'il fait aux jeunes roturiers en les favorisant des suprêmes outrages.

Les familles patriciennes qu'a grandies la lassesse, le maquerellage fleurdelisé, prennent ainsi leurs droits sur les vilains. Descendre des prostituées de Versailles est un blanc-seing qui permet les plus excessives libertés aux gentils* hommes d'à présent. Gomme Sabran-Pontevès qui vient — souffrez que je ne me montre pas plus élégant que Marie-Thérèse — d'une pute héraldique, votre gloire se réclame de l'amant salarié par T Autrichienne, ce Fersen, votre aïeul, qui fut « le Pompadour » de Marie-Antoinette, comme Schwalow celui d'Elisabeth de Russie.

Pour cette royale coucherie, ne convient-il pas que sa lignée ait le droit de recommencer les amusements chers à Vendôme, à Monsieur, et de goûter les « infâmes délices » que le duc de Satnt-Simon était seul à honnir dans l'entourage du Grand Roi ? Les lettres de la Palatine découvrent, sans aucun ménagement, ce que les ruelles et les petits cabinets de Versailles abritaient sous leur pompe froide et quel prurit de luxure accouplait entre eux, mêlait aux animaux ces grands seigneurs qui n'usaient jamais

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de bains. Vous savez dans quel vase prit racine la fortune d'Alberoni et quel usage Monsieur faisait de ses reliques. Vous perpétuez noblement la tradition. Vous faites, malgré vous, le geste héréditaire.

N'ayant aucun besoin de pécune, puisque votre pieuse mère, qui laisserait, à coup sûr, crever de famine tous les claquepatins de l'univers plutôt que de leur donner cent sous, offre aux journaux de Gamelle un petit présent de dix mille louis, vous n'égorgez qui que ce soit. Les grandes ombres du comte de Horn, du duc de Praslin, du comte de Bocarmé, n'attirent point votre dilettantisme. Vous faites modestement la noce dans les bois de Sodome, au lieu de vous vautrer sur la grand 'place de Cythère ! Cela dégoûte les bourgeois, qui trouvent monstrueux de recevoir d'un éphèbe les mêmes services obscènes qu'ils se glorifient d'exiger, moyennant quelques écus, des servantes d'amour emmurées ou non dans les ergastules du préfet.

Remonter à V « orgie romaine » pour trouver des précédents aux ébats de votre garçonnière, comme le font depuis cinq jours les reporters qui n'ont lu ni Martial, ni Juvénal, ni Virgile, ni Pétrone, ni l'histoire d'Auguste, qui ne connaissent Fabulus et Névolus, Virron et Codrus, Alexis et Giton, Héliogabale et Zoticus euxmêmes que par les on-dit facétieux d'un Larousse

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vulgivague, remonter à l'orgie romaine peut sembler oiseux, parler d*Oscar Wilde inexact et rebattu. Vous êtes un bon Français de France, digne de la cour des Valois ou du Palais-Royal, un page agréable à Tun et Tautre sexe, un représentant de la noblesse française qui triche aux courses, marche sur les femmes quand le feu prend aux saute-chiens du baron de Mackau, se fait entretenir, prélève des droits sur les mau vais lieux, communie, hurle : « Mort aux juifs ! », crache sur Loubet qui la remercie, et provoque les socialistes quand elle n'est pas plus de cent contre un.

Les papiers publics, les tartufes salariés de la « bonne presse » ont entamé déjà Tantienne de votre irresponsabilité. Ceux de la préfecture comme les autres. Or, Puybaraud, il y a deux ans, expédia Eugène Vigo à la Petite-Roquette, sous couleur (car ce rond-de-cuir modèle parle dans son privé Targot des souteneurs) qu'il « avait Tair d'une tapette », et, sans autre motif, lui décerna douze mois de tortures.

Vous, opulent, favorisé de tous les dons sociaux qui remplacent les facultés naturelles, vous, pour qui la prison, comme le régiment, eût été un séjour de fête, vous n'aurez pas môme Tennui d'une <( saison » à la Santé. Les cachots réservés aux libres penseurs, aux écrivains probes et courageux, ne sont pas assez douillets.

pour une femme de votre monde. Vous purgerez votre pdae dans un sanatorium, ou de robustes infirmiers délégués par votre mère se tiendront à votre service : la vieille dame prendra soin que vous puissiez vous amuser à votre gré.

Vous relirez Huysmans, dont la sottise vous réchauffe. Vous penserez aux messes noires de jadis, chez la Pilastre ou la Voisin, quand TaJDbé Guibourg saigtnait un enfant véritable sur le ventre nu de la Montespan. Votre directeur spirituel se eontente d'une poule, ce qui enlève au geste cette parure d'exécration qui Tennoblissait un peu. Votre snobisme relève, en effet, de la fille de cuisine et non du Grand-Pénitencier.

Substituer aux racoleurs du Scarabée les potaches de Carnot, constitue une faute vénielle quand, pour la faire absoudre, on apparaît comme vous garni d'un numéraire persuasif.

Badaud précieux, cacographe, libertin médiocre, poète sans génie, et débauché sans tempérament, vache à lait d'Hamelin de Warren, vous êtes la première victime de cet or maudit que l'héritage, la constitution moderne de la famille et de la propriété, met entre vos mains débiles au détriment de la masse laborieuse.

Vienne le jour où Ton vous fera, sans pitié, sans haine, rendre gorge, où vous restituerez jusques au dernier sou 1 Ce sera jour de fète> non seulement pour les exploités, les misérables,

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