A GEORGES CLEMENCEAU
Marcelin ; il marqua aux « chandeliers » de l'Église un respect inattendu.
Mais ces troubles, ces inquiétudes, ces insurrections à l'état d'ébauche avaient l'importance tout au plus d'un présage, indiquaient le mauvais œil dont est mainlenant pourvu rhomme en qui la France, depuis l'avant-dernier automne, mit un suprême espoir. Dittatore — JettatorelCe n'est pas seulement la guerre à outrance, la répression brutale de toute volonté qui n'abdique pas devant la voue; même, ce n'est point le silence imposé à n'importe quelle opinion hétérodoxe, la mort promise à quiconque ne pense pas selon vos doctrines ou vos caprices du moment, dont il sied d'incriminervotre dictature. La France vous porta au faîte, homme sans miséricorde ni entrailles ! dans l'espoir d'être IwU^ée aux pieds, bâillonnée et de subir la nagaïka de l'autocrate. Elle aurait mauvaise grâce à chicaner sur le bâillon ou sur les coups. Mais ce qui frappe, d'abord, dans
votre règne, ce sont les calamités surérogatoires, les sinistres en hors-d'œuvre, les malheurs surajoutés, la Peste que vous nommez grippe, la Famine et les exécutions patriotiques de monsieur Loucheur.
L'explosion de la Gourneuve, par exemple, n'est-elle pas un témoignage surprenant du mauvais œil? Ne dirait-on pas qu'un jeu de forces volontaires et conscientes oppose aux crimes excessifs de gigantesques désastres, que le châtiment répond à chaque violation de la justice, par une peine formidable, par je ne sais quel talion démesuré ?
Il est facile de mettre aux fers ses adversaires politiques, desubstituer à la justice l'arbitraire des tzars ou des sultans, de rouvrir la Bastille au profit des haines personnelles, d'essayer le meurtre d'un ennemi par le silence et l'inaction. Désormais, le peuple demeure sans révoltes contre l'iniquité. Le sentiment du droit luisemble retiré par quelque abominable vivisection. Chef d'Etat, plus que le Prési-
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dent lui-même, vous avez congé au xx" siècle, de braver toute pudeur; vous pouvez, sans crainte, mettre aux fers un ancien président du conseil, un homme dont les conceptions, en dépit de la calomnie et du mensonge, apparaîtront à la fois comme l'expression de la raison la plus haute et du plus fier patriotisme. Le bonhomme Démos approuve, contresigne. A Lyon comme à Paris, la police prête main/orte à VActiofi Française, polluant de son ordure le grand nom de Joseph Caillaux. Et voici que, tout à coup, des malheurs inouïs se déchaînent comme si la Némésis du polythéisme hellénique donnait à ceux qui fomentent l'iniquité, à vous. Maître, l'avis au damné virgilien : « Apprenez à être justes et ne méprisez point les dieux! » Car les dieux ne sont autre chose que la raison elle-même, le droit qui sauvegarde la cité.
Le Droit, la Raison, vous n'en avez cure. Avec des gestes de clown, vous leur faites la
figue et leur riez au nez. Quand il s'agit de combattre pour la vérité, d'arracher la raison humaine, la pensée et nos libertés suprêmes au naufrage clérical, vous affirmez en ricanant, « qu'il ne vaut pas la peine de se battre pour quelques chandeliers ! »
Ainsi, de reniements en pantalonnades, de meurtres légaux en assassinats collectifs, entre le sarcasme des gens lucides et les baisers de la foule, béni par monsieur Amette, vous marchez vers la fin inéluctable, vers la fin prochaine que vous annoncent, chaque matin, votre acte de naissance et la fuite des jours. Vos courtisans vous feront de belles funérailles, des funérailles dahoméennes, des funérailles de roi nègre, s'ils vous donnent pour sépulture une fosse pleine du sang humain, du sang innocent et pur que vous avez si largement versé.