LEL'CERE VII
SILLERY, Juin, 1888.
Hail to thee, blishe spirit, Bird thou never wort That from heaven or near it Pourest thy full heart.
The Skvlark—SHELLY.
J'entend user librement du laisser-aller du genre épistolaire : pardonnez-moi donc mes digressions.
Aujourd’hui, je vais vous relater un incident de voyage qui m’a laissé une impression bien vive: il s’agit d’un ami*de notre enfance, au beau pays de nos aïeux: le s£y/ark d'Angleterre, l’alouctte des champs de la vieille France.
Que fois, sans doute, enfant, vous avez devancé l'aurore, pour écouter les roulades de cet incomparable ménestrel, libre à l’état de nature; moi, moins heureux, une seule fois exceptée, je ne l'ai jamais entendu chanter qu’en cage.
M. Henry Knight, tailleur, rue du Palais, bien connu à Québec, et grand amateur d'oiseaux, avait réussi a élever, vers 1865, des couvées d’alouettes en captivité : les mâles chantatent à ravir.
L'alouette d'Europe, comme vous savez, est un oiseau célebre. Ce fut l'emblème national des Gaulois: elle dut les suivre avec l'aigle romain, sous Brennus, à la conquête de Rome. Jules César avait, paraît-il, levé dans les Gaules, une légion de guerriers d'élite, lesquels portaient sur le casque, une alouette : c'est pour cette raison que cette légion pritle nom de PA/anda. L'alouette de France a trouvé un biographe, un chantre digne d'elle dans ‘TFoussenel, de même que sa sœur, d'au delà la Manche a inspiré les bardes d’Albion, Shakespeare, Wordsworth (*) Shelley, Burns, Bioomtield. Une fois seule, il m'a été donné d'entendre ce prince du chant, libre et planant vers la nue ; devinez où? Te vous le donne en mille,
Up with me! Up with mel into the clouds
For thy song, Lark, is strong.
WooDWORTH.